NB : Cet article a été mis à jour, le 3 août, à la lumière de nouvelles informations.

Si une augmentation de la superficie cultivée de tomates rondes est espérée, pour le moment les producteurs de la plaine de Chtouka, dans la région de Souss-Massa, lancent timidement le cycle de production de tomates rondes et segmentée.

“Le cycle de production a été décalée de 45 jours. Il débutera donc dans les prochaines semaines”, nous explique Baalla Abdelfattah, président de l’Association marocaine des conditionneurs maraîchers (AMCOM). “Les producteurs attendent l’arrivée des semences tolérantes au virus du ToBRFV”, ajoute-t-il. Ce virus du fruit rugueux brun de la tomate préoccupe particulièrement les agriculteurs.

Située à une quarantaine de kilomètres de la ville d’Agadir, la plaine de Chtouka est considérée comme l’épicentre de la production de tomates en tout genre dans le pays. De source officielle, la superficie cultivée de tomates dans la plaine de Chtouka, à la date du 24 mars 2023, est de 7.200 hectares, réparties entre la tomate ronde (3.700) et la tomates segmentée (3.500).

Une source professionnelle sur le terrain, envisage une augmentation de la superficie cultivée de tomates dans la plaine de Chtouka de l’ordre de 20%. Contactée par Médias24 pour corroborer ce scénario optimiste, l’Association marocaine des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (APEFEL) est restée injoignable.

Augmenter le rendement pour baisser les prix 

Après un recul constant ces dernières années, l’Etat cherche à augmenter la superficie cultivée de tomates rondes sous serre, pour éviter de revivre le même scénario de cette année. Il faut augmenter les superficie et veiller à améliorer le rendement. « Selon les variétés et plants utilisés, ainsi que la conduite culturale qui est propre à chaque agriculteur », précise Yassine Belhrache, producteur de la région de Chtouka, chaque hectare, peut produire de 160 à 240 tonnes. 

Le tonnage par hectare est un élément décisif pour fixer le prix de vente au kilo. Plus le rendement est élevé, plus le prix du kilo diminue. Pour le moment, l’estimation du coût de production d’un hectare de tomates rondes sous serre se situe entre 700.000 et 800.000 DH par hectare. Au vu des prix à la production par hectare, le kilo pourrait être proposé par les agriculteurs aux grossistes entre 3,10 et 4,60 DH. 

En termes de charges, « l’achat des plants est la dépense la plus importante », indique notre interlocuteur. « Leur coût peut atteindre 60.000 DH/hectare », ajoute-t-elle. Comme le prouve l’estimation ci-dessous, la masse salariale (ouvriers agricoles) et les engrais complètent le podium. 

À noter que, dans le cas des tomates cerises, la production d’un hectare nécessite jusqu’à 900.000 DH. Les plants de tomates cerises coûtent entre 120.000 et 130.000 DH/ha. La production peut atteindre un rendement de 130 à 180 tonnes. 

La menace de pénurie d’eau plane

La gestion des ressources hydriques dans le Souss n’est pas une mince affaire. Qui plus est à la lumière des besoins agricoles de cette zone, certes productive, mais gourmande en eau. La hantise des producteurs de tomates est d’être confrontés à une pénurie d’eau au milieu du cycle de production, à savoir vers le mois d’octobre. 

« Plusieurs exploitations sont en difficulté à cause de l’assèchement des puits et de la limitation des forages », déplore une source professionnelle. Un constat qui ne date pas d’hier, sachant que la majorité des producteurs de tomates n’utilisent pas l’eau fournie par la station de dessalement de Chtouka. 

Le niveau piézométrique de la nappe de Chtouka a en effet drastiquement baissé. De plus, une étude révèle que l’intrusion d’eau de mer progresse d’environ 2.500 m à l’intérieur des terres. En d’autres termes, le peu d’eau que contient la nappe de Chtouka présente une salinité élevée, et donc en majorité inutilisable. 

La solution trouvée par les agriculteurs consiste à utiliser de petites unités de dessalement pour dessaler l’eau de la nappe. Une solution peu écologique, car les agriculteurs polluent en rejetant une solution salée sur place et dans des bassins non conformes. 

« Cela devient problématique si ces saumures ne sont pas rejetées dans les normes”, déplore le Pr Lhoussaine Bouchaou, expert en gestion des ressources hydriques, qui officie à l’Université des sciences Ibn Zohr à Agadir. « Il faut les évacuer dans des bassins avec des membranes », reprend-il. « Sinon elles peuvent s’infiltrer et contaminer l’eau souterraine et le sol. Tout le monde doit en prendre conscience. » 

De ce fait, il est capital d’imposer aux agriculteurs l’installation de bassins dans les normes pour éviter l’infiltration des saumures dans le sol. Sans oublier de renforcer les contrôles. Des mesures contraignantes, mais qui seront bénéfiques aux producteurs de tomates rondes à long terme.