« Afin d’éviter la politisation de certains dossiers relatifs à la culture marocaine, nous allons mettre en place des mesures juridiques reconnues à l’international pour protéger notre patrimoine immatériel composé de nombreux savoir-faire ancestraux », explique Mehdi Bensaïd. Il assure vouloir prévenir une surenchère politicienne sur la question avec le voisin de l’Est qui profite de chaque inscription patrimoniale à l’UNESCO pour s’opposer au Maroc, en revendiquant la paternité de certains pans de l’histoire du royaume.

Un système de protection reconnu à l’international

Sa démarche vise à mettre en valeur le patrimoine du Royaume, en évitant qu’il soit usurpé, grâce à un système de protection juridique qui sera reconnu par les institutions internationales concernées.

« Les garde-fous en cours d’élaboration », par les ministères de la Culture et de l’Artisanat, empêcheront d’éventuelles tentatives étrangères de s’approprier en partie le savoir-faire marocain.

En dehors des départements ministériels et des diplomates qui engageront le cas échéant des requêtes d’opposition auprès de l’UNESCO, la société civile devra aussi, selon Bensaïd, jouer un rôle de lanceur d’alerte, à l’instar de cette personnalité marocaine qui a prévenu son ministère que l’Office algérien de l’artisanat s’était approprié la photo de sa mère pour illustrer « le caractère algérien » d’un caftan.

Multiplier les dépôts de labels 

Tout en préférant rester discret sur le contenu de l’arsenal juridique pour contrer les tentatives d’usurpation, le ministre nous confie que les ministères de l’Artisanat et de la Culture vont s’associer avec les industriels nationaux pour déposer un maximum de labels à l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC).

Une soixantaine de labels ont d’ores et déjà été déposés à l’Office. Ainsi, les artisans de la capitale spirituelle ont pu former un recours  contre une société allemande d’équipements sportifs qui voulait utiliser le motif du zellige de Fès, précise Bensaïd. Il veut continuer sur cette voie en labellisant « pour la première fois au monde » des savoir-faire, d’abord au niveau national à l’OMPIC, puis à l’international.

Faire reconnaître les appellations marocaines à l’instar du Japon 

Sachant que tous les pays reconnaissent l’OMPIC, les deux ministères vont donc inciter les artisans à multiplier le dépôt d’appellations marocaines qui, à terme, couvriront l’ensemble des savoir-faire du patrimoine immatériel du Royaume.

En effet, si l’OMPIC reconnaît des labels commercialisables, le ministre veut élargir son champ d’action en le poussant à reconnaître aussi les savoir-faire liés aux coutumes marocaines, comme la manière d’organiser un mariage, la cérémonie du henné… dont certains pays voisins pourraient revendiquer, à l’avenir, la paternité.

Pour illustrer son propos, il cite l’exemple du Japon qui avait fait interdire, par voie judiciaire, l’appellation ‘restaurant japonais’ à des établissements parisiens, dont le personnel n’était pas japonais.

« Une fois que nous aurons mis en place des garde-fous juridiques reconnus internationalement, les candidats à l’appropriation culturelle seront moins enclins à récidiver », conclut le ministre, qui regrette d’en arriver à ces protections entre pays voisins.