« On aurait dit que quelqu’un avait pris un chalumeau et avait entrepris de brûler les cultures ». C’est ainsi qu’un professionnel de la région décrit la situation vécue par les agriculteurs du jeudi 10 au dimanche 13 août 2023. L’ampleur des dégâts n’est pas encore chiffrée, mais une source associative autorisée estime que « toutes les cultures ont été touchées, quel que soit leur stade d’avancement ». Un gros exploitant de tomates nous fait part de son inquiétude : « Le dessalement a réglé le problème de l’eau dans la région, mais que faire contre le réchauffement climatique ? » Il se demande si l’épisode du week-end dernier restera une exception ou s’il est appelé à se renouveler.
« Les très jeunes plants devront être arrachés et replantés, et cela demandera du temps, surtout que les semences ne sont pas facilement disponibles », nous explique un producteur d’agrumes et de tomates. « Pour les plantes plus mâtures portant des bouquets, les fleurs ont jauni et il ne faut pas s’attendre à une quelconque production. »
Dans une correspondance adressée au ministère de l’Agriculture, le jeudi 17 août 2023, l’Association marocaine des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (APEFEL) alerte sur les dégâts causés par la canicule aux cultures maraîchères sous serre, dont la région de Souss-Massa est l’épicentre à l’échelle nationale.
Cette vague de chaleur exceptionnelle, qui a duré quatre jours et dont les températures ont atteint un record inédit de plus de 50 degrés, « s’est également manifestée par des rafales de vent très chaud à effet chalumeau et des tornades violentes sur plusieurs couloirs traversant les zones de production agricoles de la région », déplore l’APEFEL.
Outre la sévérité du phénomène climatique, c’est son timing qui fait craindre le pire. Et pour cause, « la vague de chaleur est survenue à un moment très critique, correspondant à la mise en place des nouveaux programmes de plantation (maraîchage et fruits rouges) », précise la même source.
En conséquence, « la majorité des jeunes plantations ont subi de lourds dégâts irréversibles atteignant 100% de pertes », poursuit l’APEFEL. Des dommages ont également été constatés dans le cas des plantations précoces, avec notamment des brûlures aussi bien sur les fruits que sur le port végétal. Idem pour les plantations adultes de bananiers, des fruits rouges, ainsi que d’autres espèces arboricoles fruitières (agrumes, figuiers, oliviers…).

Sollicité par Médias24, Amine Bennani, président de l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges (AMPFR) fait le même constat, surtout que cette culture est conduite hors sol, un procédé qui la rend particulièrement sensible à la chaleur et au stress hydrique.
De ce fait, dans cette région qui accueille 25% de la production nationale de fruits rouges, en particulier la framboise et la myrtille, les exploitations de plusieurs agriculteurs ont dépéri en partie, et parfois même en totalité.

« Ces dégâts sont visibles sur la partie supérieure de la plante qui est concernée par le processus de floraison. Elle a été gravement endommagée », indique notre interlocuteur. « C’est le cas de plusieurs producteurs qui ont perdu la totalité de leurs parcelles, car ils n’étaient pas bien équipés ou ont eu des défaillances matérielles ».
« Pour ceux qui sont équipés en matière de nébulisation, ils ont réussi à diminuer l’impact de cette vague de chaleur », nuance-t-il.

Par ailleurs, le parc de serres, dont l’APEFEL a souligné la nécessité de son renouvellement, n’a pas non plus été épargné. « les structures de serres qui se sont retrouvées sur les couloirs de passage des tourbillons ont subi de graves dégâts sur leurs charpentes, couvertures en filets et autres plastiques », insiste l’APEFEL, assurant que ce bilan est encore parcellaire, « tant l’étendue des dégâts est importante ».

Mobilisation d’importantes ressources financières
Des perturbations et retards sur les volumes et les calendriers d’approvisionnement des marchés nationaux et internationaux sont donc redoutés par les professionnels. « Certains de nos producteurs liés par des contrats commerciaux risquent d’être mis à défaut », s’inquiète l’APEFEL. Les fruits rouges en sont la preuve.
« Normalement, les cultures de framboises entrent en production dans quelques semaines, et en novembre pour les myrtilles. Donc pour les parcelles qui ont subi 10% à 15% de pertes, on s’attend à un décalage d’un mois ou à une perte de production », déplore Amine Bennani. Concernant les exploitations qui ont été sévèrement touchées, il va falloir repartir sur un nouveau cycle de production.
La situation est d’autant plus préoccupante que les dégâts constatés sur les cultures et leurs structures obligeront les exploitants agricoles à mobiliser d’importantes ressources financières « afin d’engager des programmes de rattrapage des cultures perdues », indique l’APEFEL.
À la lumière de ces éléments, l’Association marocaine des producteurs et exportateurs de fruits et légumes interpelle le ministère de l’Agriculture en vue de mobiliser « à nos côtés les services de la Direction régionale de l’agriculture (DRA) pour documenter les états des lieux et cartographier les dégâts en nature, en volume et en pertes financières ».
Plus important encore, l’Association demande « la mise en place d’un programme urgent et exceptionnel d’aide et de support pour nos producteurs ayant subi des pertes pour leurs permettre d’engager un programme de rattrapage », conclut l’APEFEL.
L’effet sur les marchés sera visible d’ici un mois et demi à trois mois.