En normalisant ses relations avec l’Etat d’Israël en décembre 2020, le Maroc a été très clair dès le début. Les relations reprennent là où elles s’étaient arrêtées au début des années 2000, avec la réouverture d’un bureau de liaison à Rabat, une coopération économique et sécuritaire plus dense, mais sans aucun changement dans sa position vis-à-vis du conflit palestinien : la recherche d’une solution de paix à travers la création d’un Etat palestinien, avec Jérusalem-Est pour capitale.
Depuis la reprise des relations diplomatiques, le Maroc a eu à maintes reprises l’occasion de rappeler cette position de principe face aux nombreuses provocations perpétrées par les forces israéliennes contre Al-Qods et la mosquée Al-Aqsa.
Ceci a donné le ton des relations entre les deux Etats : oui à la collaboration économique, diplomatique, mais dans le cadre du respect d’un principe de base qui est la recherche d’une solution de paix pour le conflit palestinien.
Le Maroc a normalisé avec un État, mais n’a pas donné un chèque en blanc à son gouvernement
Avec la guerre larvée et inhumaine lancée par l’armée israélienne contre la bande de Gaza et sa population civile, cette position semble difficile à tenir. Le Maroc a normalisé ses relations avec Israël, en tant qu’Etat, ce qui ne signifie en aucun cas qu’il a signé un chèque en blanc à un gouvernement contrôlé par l’extrême droite, désormais responsable d’abjects crimes de guerre…
Dans les us et coutumes de la diplomatie, les relations entre Etats ne sont jamais statiques. Elles sont conditionnées par le contexte politique, géopolitique, les positions de chacun des deux camps sur des questions d’intérêt commun… Quand tout va bien, les relations diplomatiques restent solides. Dans le cas contraire, les chancelleries commencent d’abord par exprimer leur mécontentement, une fois, deux fois, une troisième fois s’il le faut, mais face à l’entêtement de l’autre partie, elles passent à l’acte ultime de rompre les relations diplomatiques. Un geste d’une grande symbolique dans la diplomatie.
Le Maroc l’a fait récemment avec l’Espagne, après le Ghali-gate, ce qui n’a pas empêché les relations entre les deux Etats de reprendre de plus belle quelques mois plus tard, après la clarification de la position du gouvernement Sánchez sur l’affaire du Sahara. Entre-temps, les relations entre les deux Etats se sont poursuivies dans un dialogue d’égal à égal pour aboutir à une solution équitable qui conforte les deux pays. Les investissements, les échanges économiques, les flux touristiques, les échanges culturels et humains… ne se sont pas arrêtés.
Bombardement de l’hôpital « Al Maamadani » : la goutte qui fera déborder le vase ?
Avec Tel-Aviv, Rabat garde aujourd’hui sa marge d’action, surtout après le bombardement de l’hôpital « Al Maamadani » le mardi 17 octobre. Une attaque qui a déclenché une vague de protestations aussi bien au plus haut niveau de l’Etat – avec un communiqué officiel des Affaires étrangères condamnant fermement cette tuerie –, que dans la rue qui a vu plusieurs milliers de personnes manifester à Tanger, Rabat et Casablanca, dans le même esprit que la grande marche populaire organisée le dimanche 15 octobre dans la capitale.
Ce bombardement, qui a fait des centaines de morts et de blessés parmi la population civile de Gaza, est un peu la goutte qui fait déborder le vase. Même le président français, soutien inconditionnel d’Israël dans cette sale guerre, l’a condamné par la voie d’un tweet –un peu forcé, il faut le dire, par la gravité de cette attaque meurtrière contre un hôpital. Une réaction qu’ont eue également plusieurs autres chancelleries mondiales qui ne peuvent cautionner une telle barbarie.
Le gouvernement Netanyahou, qui veut en découdre avec le Hamas, n’a visiblement plus de limites, quitte à se mettre à dos ses alliés traditionnels et toute la communauté internationale.
Le Maroc a condamné de manière officielle au moins cinq fois les attaques des forces israéliennes contre les civils. Son peuple s’est clairement (et librement) exprimé sur ce qui ressemble de plus en plus à un génocide ; comme toujours, les manifestations marocaines de solidarité avec la Palestine sont les plus massives du monde arabe, et de loin.
Mais le gouvernement israélien, soutenu par les Etats-Unis dont le président effectue ce mercredi 18 octobre une visite à Tel-Aviv, persiste et signe dans sa politique. Il n’est donc pas exclu de voir le Maroc recalibrer les relations avec lui, en attendant l’avènement d’un nouveau gouvernement qui prendra au sérieux les appels de ses « nouveaux amis » de la région et agira pour la paix. Le Maroc, en tous les cas, a une position cohérente, permanente, où plusieurs options restent ouvertes.