Des précipitations en berne. Des barrages au taux de remplissage dérisoire. Des nappes phréatiques surexploitées, rongées par l’intrusion marine et polluées. Si la région Souss-Massa est une zone agricole par excellence, ses capacités productives sont menacées par un important déficit hydrique. D’où le plan de gestion mis en place par la Direction régionale de l’Agriculture (DRA) et l’Agence du bassin hydraulique Souss-Massa.  

Les programmes d’économie de l’eau dans la région s’articulent autour d’une gestion efficiente de l’offre et de la demande, et d’une amélioration de la gouvernance de l’eau, dont on peut citer : 

– la poursuite des opérations de modernisation des équipements hydro-agricoles au niveau du périmètre du Massa, dans le cadre du projet Résilience et durabilité de l’irrigation (REDI) ;

– la poursuite du programme de reconversion en irrigation localisée entre 2020-2030 ; 

– l’extension territoriale du réseau agro-météorologique pour couvrir l’ensemble des périmètres irrigués du Souss et du Massa sur environ 65.000 ha ;

 – la réhabilitation des périmètres des petites et moyennes hydrauliques (PMH) en zone montagneuse.

Plus de pluie que l’année dernière, mais toujours pas assez 

Jusqu’au mois de novembre, le cumul pluviométrique moyen enregistré dans la région Souss-Massa s’élève à 19 mm contre 16 mm enregistrés à la même date de la campagne précédente. Une légère amélioration qui, toutefois, n’invite pas à l’optimisme. D’autant que l’ensemble des barrages relevant du bassin hydraulique de Souss-Massa ont un taux de remplissage global de 11,26%, l’équivalent d’un peu plus de 82 millions de mètres cubes, dont une bonne partie de vase.

En 2023, le total de l’offre en ressources mobilisables était d’environ 840 Mm3, dont les eaux de surface (450 Mm3), les eaux souterraines (425 Mm3) et les ressources non conventionnelles (14 Mm3). La demande totale, elle, est de 1.018,6 Mm3, répartie entre les besoins agricoles (909 Mm3) et l’alimentation en eau potable (108,6 Mm3). Le déficit est donc de l’ordre de 177,6 Mm3.

Une meilleure résilience du secteur agricole

Des actions en matière de gestion des ressources en eau dans le bassin du Souss-Massa sont donc nécessaires pour une meilleure résilience du secteur agricole. À commencer par la gestion et le développement de l’offre. Dans le cadre du Plan national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI 2020-2027), les actions de développement de l’offre, entreprises par l’Agence du bassin hydraulique du Souss-Massa (ABHSM), concernent :

– la programmation de la construction de 10 petits et moyens barrages durant la période 2022-2027 ;

– la surélévation entamée du barrage Mokhtar Soussi en vue d’augmenter sa capacité de stockage de 50 Mm3 à 280 Mm3, et ce, pour assurer une gestion interannuelle des réserves d’eau au niveau du complexe hydraulique Mokhtar Soussi-Aoulouz.

En outre, la sauvegarde des périmètres de la plaine du Souss est également un enjeu majeur, visant « le renforcement des ressources en eaux souterraines au niveau des périmètres modernes et traditionnels du Souss moyennant l’approfondissement des forages existants, en vue de la pérennisation et la sauvegarde des exploitations agricoles existantes », explique la DRA de Souss-Massa. 

En matière de réhabilitation des périmètres irrigués de montagne, un plan directeur de PMH a été établi pour la programmation des actions de réhabilitation des périmètres de PMH. À cela s’ajoutent la création de points d’eau et la construction de citernes pour abreuver le cheptel.

La mobilisation des eaux non conventionnelles est elle aussi une carte maîtresse en matière de gestion de l’offre hydrique à usage agricole. En effet, la station de dessalement de Chtouka est en capacité d’irriguer une superficie d’environ 15.000 ha, en fournissant à plein régime environ 200.000 m3 d’eau dessalée par jour à destination du secteur agricole. 

Dans l’optique d’assurer un service de l’eau efficace et de qualité, plusieurs programmes seront reconduits par le ministère de l’Agriculture lors de la campagne agricole 2023-2024. Il s’agit notamment du programme d’économie d’eau. Il prône la reconversion en système d’irrigation localisée à la parcelle.

« Ce programme est notamment destiné aux exploitations des périmètres collectifs gérés par les Associations d’usagers de l’eau agricole (AUEA), dont la superficie a atteint 120.000 ha« , précise la DRA de Souss-Massa. « La gestion de la demande, à travers cette action, a permis d’économiser un volume d’eau d’irrigation d’environ 200 Mm3 par an, léquivalent de la capacité de retenue d’un barrage moyen », poursuit la même source.  

Des résultats positifs rendus possible grâce à une maîtrise des besoins à la faveur du système de pilotage des irrigations, qui s’appuie sur « l’utilisation des données climatiques du réseau des stations météorologiques automatiques, géré par l’Agrotech », souligne la DRA de Souss-Massa. 

Assurer la durabilité des eaux souterraines 

À force de combler le déficit hydrique, les nappes de la région Souss-Massa ont fini par être rattrapées par la surexploitation. « La nappe de Chtouka et Souss a baissé de plus de 60 m dans certains secteurs, à raison d’un à deux mètres par an », souligne le Pr Lhoussaine Bouchaou, expert en gestion des ressources hydriques, qui officie à l’Université des sciences Ibn Zohr à Agadir.  

En effet, dans le bassin du Souss, il y a deux aquifères principaux : l’aquifère Plio-Quaternaire et l’aquifère profond du Turonien.

Mobilisée pour combler une partie de cet écart, « la nappe superficielle est vraiment impactée par la surexploitation. C’est également le cas de la nappe profonde », déplore notre interlocuteur. « En continuant à pomper l’eau dans la nappe de Chtouka », reprend-il, « il y a un risque de biseau salé qui a pour conséquence de saliniser les sols et les eaux souterraines. La dépollution est par la suite ardue ».

En sus de l’intrusion marine constatée, notamment dans la nappe de Chtouka sur 2,5 kilomètres, l’autre menace qui guette les aquifères de la région sont les saumures. En effet, les agriculteurs utilisent de petites unités de dessalement pour dessaler l’eau de la nappe. Ce processus est polluant, car il rejette une solution salée sur place et dans des bassins non conformes. 

Instauration de périmètres de sauvegarde des nappes

À la lumière de ces éléments, assurer la durabilité des ressources en eau souterraines est une priorité. Il convient par conséquent d’impliquer les parties prenantes dans le cadre de conventions et de contrats de nappes, et d’instaurer des périmètres de sauvegarde des nappes menacées de surexploitation, à l’instar de celle de Chtouka, et ce autour des actions suivantes :

L’établissement d’une deuxième convention-cadre pour la sauvegarde et le développement des ressources en eau du bassin du Souss, visant le renforcement de l’offre, l’économie et la valorisation de l’eau d’irrigation, la limitation des superficies irriguées par pompage dans la nappe, la recherche scientifique dans le domaine de l’économie de l’eau, le pilotage et l’avertissement à l’irrigation, ainsi que le conseil en irrigation.

La mise à jour du contrat de nappe du Souss en procédant à la délimitation de périmètres de sauvegarde.

Le renforcement des moyens de suivi et de contrôle de la police de l’eau, par la généralisation du comptage de l’eau au niveau des points d’eau à doter de systèmes de télé-relève.

La promotion de systèmes de pilotage et d’avertissement à l’irrigation par l’instauration d’un système d’incitation à l’utilisation de techniques de pilotage innovantes d’irrigation.

L’instauration d’un cadre réglementaire de l’utilisation de l’énergie solaire à des fins d’irrigation, pour ne pas compromettre les efforts consentis en matière d’économie d’eau d’irrigation à partir des eaux souterraines.

Concernant le contrôle des prélèvements au niveau de la nappe phréatique, il semble s’améliorer à la faveur de la mise en place d’un dispositif technique de suivi du biseau salé et du contrôle des creusements illicites par la police de l’eau. 

https://medias24.com/2023/06/14/une-conversation-avec-le-pr-lhoussaine-bouchaou-au-sujet-de-la-difficile-gestion-hydrique-dans-le-souss/