L’incrimination de trois élus du Parti authenticité et modernité (PAM) dans l’affaire de trafic international de drogue, dite du Malien, pèsera-t-elle sur le prochain congrès du PAM qui aura lieu du 9 au 11 février prochain ? Ce qui est sûr à ce jour, c’est que l’affaire alimente toutes les conversations. Malgré la présomption d’innocence, beaucoup considèrent déjà ces accusés comme coupables. Le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi, également secrétaire général du parti, se fait discret. La volonté de plusieurs barons du parti de le voir remplacé est antérieure à l’incarcération des trois élus en question. Mais elle a certainement été renforcée par le scandale.

L’ampleur de l’affaire a d’ailleurs créé une onde de choc dans la société marocaine. Beaucoup critiquent désormais le mélange entre politique et affairisme, voire entre politique et magouilles. On se demande si l’on fait de la politique pour faire des affaires ; ou si l’on fait des affaires pour accéder à la politique. Si les législatives devaient avoir lieu demain, il est clair qu’elles se joueraient d’abord sur le terrain de la moralité.

« Un problème pénal et pas partisan »

Contacté par Médias24, un membre du bureau politique reconnaît une responsabilité morale du secrétaire général actuel, mais il estime qu’il n’a aucune responsabilité dans les agissements présumés criminels des deux personnalités qui ont été incarcérées par la justice dans l’attente de leur procès. Les deux personnalités en question sont Saïd Naciri, président du conseil préfectoral de Casablanca, et Abdenbi Bioui, président de la région de l’Oriental, auxquelles on peut ajouter le frère de Bioui, lui aussi élu local et président de commune. Tous les trois sont encartés au PAM.

« Si cette affaire fait l’effet d’une véritable claque qui salit l’image du PAM, il s’agit néanmoins d’un problème pénal et pas partisan, d’autant que notre parti a pris ses distances avec ces deux personnes », argue notre interlocuteur, faisant référence aux deux prévenus les plus en vue que sont Saïd Naciri et Abdenbi Bioui.

« Le secrétaire général n’a rien à se reprocher »

« Ni le secrétaire général sortant ni ses prédécesseurs n’étaient au courant de leurs activités ; sans quoi il est évident qu’ils auraient réagi immédiatement en les écartant du parti », poursuit-il. Les mis en cause ont intégré le parti en 2009, soit bien avant l’arrivée de Abdellatif Ouahbi à la tête du secrétariat général, ajoute-t-il.

À la question de savoir s’il n’aurait pas été préférable qu’il démissionne de son mandat de ministre de la Justice, il répond que cette décision n’appartient pas au PAM, mais au seul chef du gouvernement.

Les instances dirigeantes ont pris leurs distances avec les deux prévenus dès que l’affaire a éclaté, en publiant un communiqué très clair, soulignant le gel de leur adhésion au parti.

« Une cellule de veille pour éviter un tel scénario à l’avenir »

Selon notre interlocuteur, le secrétaire général sortant ne doit pas faire l’objet d’une chasse aux sorcières en étant tenu responsable de leurs agissements. Mais, poursuit-il, cette affaire doit être l’occasion de « mettre en place des mécanismes pour que les personnes assumant des responsabilités soient irréprochables ».

« Dans la mesure où les accusés ont reçu la bénédiction de notre parti pour se présenter aux élections, nous nous devons de mettre en place une cellule de veille pour que ce genre de situation ne se reproduise plus avec les nouvelles instances qui seront désignées lors du prochain congrès », estime notre source, qui plaide pour des mécanismes aptes à désigner des responsables irréprochables.

« Fatima Ezzahra El Mansouri est obligée de se présenter »

Confirmant l’analyse de son camarade sur l’absence de responsabilité pénale du secrétaire général sortant, un autre dirigeant nous confie que Abdellatif Ouahbi n’a d’autre choix que de s’abstenir. Il ne peut pas se porter candidat, car il faut tourner la page d’un scandale dont le parti n’avait pas besoin.

« Entre la base partisane qui estime que l’heure de Fatima Ezzahra El Mansouri est arrivée et cette malheureuse affaire qui tombe juste avant la tenue du congrès, il serait inconcevable que le secrétaire général soit candidat à un deuxième mandat, comme si de rien n’était », avance ce membre important du PAM. Selon lui, la présidente du Conseil national est obligée de se présenter pour assurer la continuité du parti, malgré ses hésitations ayant trait à l’absence de temps à consacrer à sa famille.

S’il reste encore un mois pour que les candidats puissent légalement se déclarer, notre interlocuteur affirme que la réunion du bureau politique, qui aura lieu ce jeudi 4 janvier, permettra de la convaincre d’annoncer sa candidature très rapidement afin qu’elle devienne la candidate du consensus.

« La grande majorité des 3.000 congressistes ont déjà été désignés »

Interrogée sur les derniers préparatifs du congrès, notre source révèle que les noms des 3.000 congressistes régionaux sont désormais connus. Prochaine étape ? Désigner les membres du Conseil national, qui seront au nombre de 400.

Selon lui, Marrakech a élu 549 congressistes, Tanger 319, Oujda 300, Fès 300, Souss-Massa 260, Rabat 300, Casablanca 300, Béni Mellal 270, Guelmim 150, Laâyoune 53, Dakhla 27 et, enfin, 50 du côté des MRE.

https://medias24.com/2023/11/22/pam-le-5e-congres-national-du-parti-aura-lieu-en-fevrier-2024-samir-goudar/

https://medias24.com/2023/12/31/recit-ce-que-lon-sait-de-laffaire-de-trafic-international-de-drogue-ou-bioui-et-naciri-sont-mis-en-cause/