Quelques mois après le discours royal ayant annoncé l’Initiative Atlantique, les discussions se poursuivent quant à sa mise en œuvre concrète, notamment sur la question de la protection des intérêts marocains et ceux de ses partenaires.

« L’Initiative royale vise entre autres à donner un accès maritime aux pays enclavés du Sahel, un accès déjà sous la responsabilité de la Marine royale avec ou sans flux venant du Sahel », précise Abdelhamid Harifi à Médias24.

« Quand le Maroc arrive avec une initiative aussi ambitieuse, il est dans l’obligation d’adapter sa stratégie militaire et sécuritaire pour englober la dimension atlantique et Sahel », déclare l’expert militaire. Cela implique une réévaluation des politiques de défense et de sécurité du pays pour intégrer les réalités nouvelles et complexes de la région du Sahel et de l’Atlantique.

L’Initiative, en effet, n’est pas seulement une question de logistique ou de commerce, elle a des implications profondes en termes de sécurité régionale, nécessitant ainsi une approche holistique qui prend en compte les défis sécuritaires, économiques et politiques dans une région marquée par l’instabilité.

« Un renforcement de la flotte militaire s’impose pour assurer la sécurité du trafic dans la zone et redonner de l’élan à la vocation maritime du Maroc », souligne Abdelhamid Harifi.

« Les infrastructures, l’industrie et la formation doivent accompagner l’Initiative »

L’expert militaire insiste également sur le développement des infrastructures militaires maritimes, un processus déjà amorcé par le Maroc. « Cela passe justement par le développement des infrastructures militaires maritimes dans la zone, déjà entamé par le transfert du commandement de la zone maritime sud d’Agadir vers Dakhla en 2022 », explique-t-il.

« On doit également renforcer nos établissements de formation et mettre en place une forte industrie navale pour accompagner la montée en puissance de la flotte », préconise l’expert.

« Il s’agit de voir la Marine royale comme un outil de souveraineté et de défense sur lequel on doit miser pour confirmer notre leadership régional ».

« Sa réussite dépend de la sécurisation du Sahel »

« La dimension Sahel doit être renforcée également. Aujourd’hui, il n’est plus question d’assurer des renseignements, mais plutôt d’être capable de participer sur le terrain à sécuriser le réseau logistique qui liera les pays du Sahel à la brèche atlantique qu’offre le Maroc ».

Abdelhamid Harifi évoque également les défis spécifiques aux pays du Sahel. « N’oublions pas que ce sont des pays fragiles, avec un risque terroriste élevé, qui est amené à se renforcer à cause de la volonté algérienne de torpiller l’Initiative atlantique », dit-il, mettant en lumière les complexités géopolitiques et les menaces sécuritaires qui pèsent sur la région.

Crédibilité et responsabilité vont de pair

L’expert aborde aussi la question de la crédibilité dans le cadre de cette initiative. « Les ministres des Affaires étrangères des pays du Sahel, réunis le 23 décembre dernier, ont tous mis l’accent sur cet aspect. Être crédible, ce n’est pas juste tenir sa parole, mais aussi être capable d’intervenir pour préserver la souveraineté et la sécurité de ces pays et des intérêts marocains ! » martèle-t-il.

Abdelhamid Harifi met en exergue les propos du Roi Mohammed VI, soulignant la nécessité d’un plan stratégique pour renforcer la flotte maritime nationale du Maroc. « Sa Majesté était très clair quand il a lié cette initiative à la nécessité de l’accompagner par un plan visant à renforcer la flotte maritime nationale ».

Il attire enfin l’attention sur la nécessité d’adapter le Code de la marine marchande, héritage de l’époque coloniale, au contexte actuel. « Cela est aussi un signe pour mettre l’accent sur l’outil défensif maritime qui doit être la priorité de la prochaine période », conclut-il.