D’ici la fin de l’année, la sphère politique va connaître une séquence d’événements dont le point central est le mi-mandat du gouvernement et qui coïncide avec les congrès nationaux de chacun des trois partis qui composent la majorité gouvernementale.
Dans ce contexte, trois principales questions se posent. D’abord, celle de savoir si un remaniement ministériel aura lieu, notamment pour introduire des secrétaires d’État attendus. Celle de savoir si des changements seront opérés au niveau des présidences des deux chambres parlementaires.
Mais aussi celle de savoir si le départ probable de Abdellatif Ouahbi du secrétariat général de son parti le maintiendra à la tête du ministère de la Justice.
Talbi Alami et Miyara : les titres remis en jeu
Au niveau du Parlement, les titres sont remis en jeu en 2024. Pour la Chambre des conseillers, dont le mandat est de six ans, la réélection du président de la chambre, les membres du bureau, ainsi que les présidents des commissions permanentes et leurs bureaux, se tient “au terme de la moitié de la législature”, conformément aux dispositions de l’article 63 de la Constitution. L’élection aura donc à la rentrée parlementaire d’automne en octobre.
Concernant la Chambre des représentants, le même texte prévoit, dans son article 62, que ces élections ont lieu “en début de la législature, puis à la troisième année de celle-ci, lors de la session d’avril”.
Ainsi, les fonctions qu’occupent, depuis 2021, Rachid Talbi Alami (RNI) à la Chambre des représentants et Naam Miyara (PI) à la Chambre des conseillers seront remises en jeu cette année. Ils peuvent être maintenus aux présidences de leurs chambres respectives, comme ils peuvent être, chacun de son côté, remplacés.
A priori, seul le fauteuil de Miyara est menacé, car si remaniement il y a, la présidence de la Chambre des conseillers fera partie des négociations entre les trois partis.
Un remaniement attendu ?
Au niveau gouvernemental, la question de savoir s’il y aura un changement se pose également. Les rumeurs et bruits de couloir sur un éventuel remaniement entourent l’équipe de Aziz Akhannouch depuis quelque temps.
Mais, la période de mi-mandat étant propice aux évaluations, elle laisse planer aujourd’hui plus qu’avant la possibilité d’un changement au sein de l’exécutif, notamment pour ramener du sang neuf.
L’équilibre des forces semble d’ailleurs plus favorable à l’Istiqlal dont l’image sort renforcée de ce premier bilan ; tandis que le PAM est clairement affaibli. Quant au RNI, il subit obligatoirement des attaques du fait de sa position à la tête du gouvernement et de l’usure qu’elle entraîne. Mais Akhannouch répète que le gouvernement qu’il dirige va « délivrer ». Autrement dit, réaliser les promesses de son programme.
Il convient de rappeler que le gouvernement actuel a dû faire face à d’énormes défis, héritant d’une situation économique et sociale difficile : lutte contre la pandémie, inflation, sécheresse, pénurie d’eau, frontières aériennes fermées jusqu’à début 2022, économie en berne, et environnement national et international incertain.
La guerre en Ukraine, qui a éclaté en février 2022, a engendré une importante inflation qui a amputé le pouvoir d’achat des citoyens. Sans oublier les enjeux structurels de développement et de croissance du pays auxquels doit répondre tout gouvernement avec, à leur tête, des réformes importantes comme celle de la protection sociale, de l’éducation ou la fiscalité.
Autant de défis auxquels fait face le gouvernement, également fragilisé par la grève des enseignants, mais qui a réussi, malgré tout, à marquer de nombreux points à travers des chantiers historiques et ambitieux, dont la généralisation de l’AMO, le déploiement des aides directes, la Charte de l’investissement, l’envolée du tourisme, etc.
Il est également possible de voir arriver de nouvelles têtes au sein du gouvernement, ministres mais aussi secrétaires d’Etat. Pour rappel, Médias24 avait annoncé dans ses colonnes en octobre 2021, lors de la désignation du gouvernement actuel, que la nomination de secrétaires d’Etat était prévue, mais pour plus tard. Le moment est-il venu d’ajouter des secrétaires d’Etat ?
Quant aux ministres, les changements sont donnés par de nombreux observateurs, chacun y allant de son argumentaire. Nous n’ajouterons donc pas aux spéculations. Retenons simplement que tous les ministres n’ont pas réussi leur mission ni atteint leurs objectifs, et que l’équilibre des forces entre les trois partis a changé.
Vers un double départ de Ouahbi ?
Avec ou sans remaniement, ce gouvernement pourra-t-il garder son actuel ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi ?
En tant que secrétaire général sortant du PAM, et n’étant pas candidat pour briguer un nouveau mandat à l’heure où nous écrivons ces lignes, peut-on prévoir une double sortie de Ouahbi, à la fois du secrétariat général du PAM et du gouvernement ? S’il quitte la tête du PAM, pourra-t-il garder le portefeuille de la Justice ?
Selon les informations recueillies par Médias24, la numéro 2 du PAM, Fatima Ezzahra El Mansouri, n’a toujours pas présenté sa candidature, malgré les pressions exercées par ses proches. Si elle maintient son refus, sachant que le congrès national du parti est prévu pour les 9, 10 et 11 février, c’est Mehdi Bensaïd qui est pressenti pour occuper le poste de secrétaire général du parti.
Un tel scénario n’est pas dans l’esprit des RNIste qui vont plébisciter Aziz Akhannouch à la tête du parti lors de leur congrès.
Tout aussi certain, le maintien de Nizar Baraka à la tête de l’Istiqlal. Certains même estiment qu’avec son second mandat à la tête du parti, Baraka n’en sera que plus fort.
Ainsi se présente cette année de mi-mandat pour ce gouvernement inédit, avec une représentativité écrasante au sein du Parlement, des chantiers extrêmement ambitieux initiés par le Roi, et un mélange d’Etat social et de libéralisme.
Une expérience qui sera encore plus intéressante à observer si une véritable opposition pouvait naître.
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