Avec les chiffres annuels 2023 du tourisme, le Maroc surperforme la tendance mondiale. En effet, avec plus de 14,52 millions d’arrivées aux frontières en 2023, on est sur un taux de récupération de plus de 112% post Covid en comparaison avec 2019, où le nombre d’arrivées de touristes aux postes frontières était de 12,932 millions de touristes.

Selon les chiffres internationaux de l’Organisation Mondiale du Tourisme, le tourisme international se situait, fin 2023, à 88 % du niveau d’avant la pandémie, avec un nombre d’arrivées internationales estimé à 1,3 milliard. Le Maroc fait donc mieux que la tendance internationale et semble pleinement récupérer son secteur post covid.

Stagnation dans les chiffres clés

Une tendance à nuancer quand on analyse plus finement les chiffres du secteur. Ainsi si on sépare entre touristes internationaux et Marocains Résidents à l’étranger, le niveau de récupération est plus élevé chez ces derniers.

Ainsi en 2019 sur les 13 millions de touristes entrés sur le territoire national, 7,043 millions étaient des touristes étrangers de séjour (TES) et 5,889 millions étaient des MRE.

En 2023, sur les 14,524 millions d’arrivées aux postes frontières 7,149 millions étaient des TES et 7,374 millions étaient des MRE, soit un taux de récupération de 125,2% pour les MRE et de 101,5% pour les TES.

Cette tendance se retrouve dans le nombre de nuitées. Celles-ci ont quasiment stagné entre 2019 et 2023. Ainsi le nombre total de nuitées était de 25.223.893 en 2019 contre 25.264.667 en 2023 soit une augmentation de 0,16%.

Or, si on isole les nuitées consommées par les MRE qui sont passées de 53.069 en 2019 à 103.530 en 2023, ainsi que les nuitées des touristes marocains résidents qui sont passées de 7.757.450 nuitées en 2019 à 8.550.115 en 2023, on se rend compte que le secteur touristique a perdu en termes de nuitées générées par les touristes internationaux. Le taux de récupération post covid tombe automatiquement à 95% au lieu de 112%.

Un chiffre qui reste très positif selon l’expert du secteur et ancien directeur général de l’ONMT, Samir Kheldouni Sahraoui pour qui « cette performance est très importante pour le Maroc puisque tous les experts tablaient sur une reprise totale à partir de 2025 ou 2026. Il y a un effort réalisé qu’il faut saluer ».

L’inflation est passée par là

Un optimisme qui n’est pas forcément partagé par tout le monde. Ainsi, pour l’économiste Zoubir Bouhoute, expert dans le secteur du tourisme, les performances du Maroc sont à relativiser. En effet, les chiffres réalisés par le Maroc sont comme on l’a vu plutôt en lien avec l’embellie d’une part du tourisme national et d’autre part ceux des MRE qui sont massivement revenus au Maroc depuis la pandémie.

Ces chiffres d’ailleurs sont à mettre en perspective avec les dépenses moyennes par touriste qui contrairement aux arrivées et aux nombres de nuitées ont relativement baissé.

Ainsi, selon le ministère du Tourisme, de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire, les recettes de voyage en devises ont enregistré « un record absolu de 105 milliards de dirhams (MMDH) en 2023, en progression de 12% comparativement à 2022 ». Les chiffres repris de l’Office des changes marquent ainsi une croissance par rapport à 2022 en passant de 93,632 milliards de dirhams à 105 milliards. Toutefois, en analysant plus dans les détails on se rend compte que la dépense par touriste a plutôt baissé en termes relatifs entre ces deux années. Avec 10,8 millions de touristes en 2022, la dépense moyenne était de 8.615 dirhams par touriste, alors qu’en 2023 elle tombe à 7.229 dirhams par touriste.

Durée de séjour et dépense moyenne en berne

Bien qu’elle reste bien au-dessus de celle de 2019 qui était de 6.089 dirhams par touriste, mais bien en deçà des années Covid où la dépense moyenne par touriste était de 13.122 dirhams en 2020 et de 9.220 en 2021. Pour Bouhout, « si on compare à 2019, les chiffres de 2023 sont faussés par une inflation importante de près 30%. En vérité, il y a une tendance à l’érosion des dépenses moyennes par touriste malgré l’augmentation des recettes nominalement ».

Des chiffres aussi expliqués par le fait que tous les marchés n’ont pas repris dans la même proportion.

Selon Samir Sharaoui, les taux de récupérations de certains marchés plus dépensiers, ne sont pas encore arrivés à leurs niveaux d’avant covid comme pour l’Allemagne, la Chine, les pays scandinaves, le Benelux ou le Golfe. Tous ces marchés n’ont pas encore repris, et ont marqué un taux de récupération de 50% à 60% en comparaison avec 2019.

Il en va de même pour certaines destinations comme Agadir, Casablanca ou Fès, qui n’ont pas récupéré les nuitées enregistrées en 2019. Les durées moyennes de séjour ont aussi marqué un recul. Ainsi, le Maroc se positionne clairement comme une destination de city break avec une durée moyenne de séjour qui est passée de 2,8 jour en moyenne en 2019 à 2,7 jour en 2023.  Cette durée moyenne est de 5,6 nuits pour la France, 6 nuits pour la Grèce et atteint 7 nuits pour l’Egypte.

« Il faut travailler à augmenter aussi bien la durée moyenne de séjour que la dépense moyenne. Durant la phase covid, nous avons remarqué une hausse des chiffres de la dépense moyenne parce que ce sont des touristes expérimentés qui sont venus au Maroc. C’est le genre de touristes qu’il faut viser. Au lieu de chercher la quantité, il faut plutôt cibler la qualité ».

Ainsi, bien que la tendance soit à la célébration des chiffres du tourisme national, dans les détails, les problématiques du secteur ne restent en général pas tout à fait adressées, à savoir le prolongement des durées de séjours et l’amélioration des dépenses moyennes par touriste. Cela apparaît également dans les taux d’occupation des hôtels qui n’a pas bougé entre 2019 et 2023 à 48% en moyenne nationale.