L’ONSSA est en ordre de bataille. L’Office national de la sécurité sanitaire et alimentaire (ONSSA) multiplie les réunions sur les pesticides. Et pour cause, les produits agricoles marocains sont dans le collimateur des agriculteurs européens.

Ce constat n’est pas nouveau. Mais il y a une accélération et une montée d’agressivité inquiétante. Dans cette séquence de la « révolte des tracteurs » que vit l’Europe, et notamment des pays comme la France ou l’Espagne, les agriculteurs européens s’insurgent contre tous les produits agricoles importés, et les produits marocains sont ciblés sur tous les plans.

Les camions transportant les fruits ou les légumes marocains sont inquiétés, retardés. Parfois attaqués, et des marchandises détruites. Mais l’autre terrain sur lequel les produits marocains sont attaqués est celui du « sanitaire » et de « la conformité ».

L’accentuation des attaques a poussé la Comader à rompre le silence. Dans un communiqué publié le 15 février, elle indique que « les produits agricoles marocains exportés vers l’Union européenne sont des produits de qualité qui se conforment strictement, et sans exception, aux exigences réglementaires des marchés de destination. Celles-ci portent notamment sur les normes de commercialisation, les normes sanitaires et les normes phytosanitaires ».

Une précision qui n’est pas anodine. Car dans une « guerre » commerciale, tous les moyens sont utilisés, notamment celui des normes.

Des produits non conformes ?

Des alertes sur la présence de substances actives et de pesticides non autorisés dans les produits marocains exportés en Europe se sont multipliées (pastèques, olives…). Nos produits ne sont-ils pas aux normes, ou est-ce les normes qui se durcissent ? Selon la Comader, sur une liste des 15 principaux exportateurs vers l’Union européenne, le Maroc occupe la 3e position en termes de conformité, citant le comparatif des notifications RASFF (Rapid Alert System for Food and Feed) émises par l’Union européenne en 2023.

Mais s’il y a un acteur qui doit répondre de ce sujet, c’est bien l’ONSSA. « Nous accordons une importance particulière à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques afin de n’autoriser que les produits efficaces et sans risque sur la santé humaine et animale et sur l’environnement, et afin également d’assurer le suivi en post-homologation« , assure le Dr Nabil Abouchouaib, directeur des intrants et des laboratoires à l’ONSSA, dans une déclaration à Médias24.

Selon lui, il y a quatre niveaux qui peuvent résumer « l’exigence en matière de sécurité et de traçabilité des produits phytopharmaceutiques au Maroc ».

D’abord, le niveau réglementaire.

« Le Maroc a adopté en juin 2021 une nouvelle loi, la loi n°34-18 relative aux produits phytopharmaceutiques, qui vient renforcer l’évaluation des produits phytopharmaceutiques en deux étapes : l’incitation de la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques à faible risque et l’obligation du détenteur d’un produit phytopharmaceutique de signaler à l’ONSSA tout éventuel effet potentiellement nocif à la santé ou à l’environnement. La loi insiste aussi sur le renforcement du contrôle du commerce des produits phytopharmaceutiques et sur la mise en place d’un programme de phyto-pharmacovigilance pour les produits phytopharmaceutiques en post-homologation », explique le Dr Nabil Abouchouaib.

386 produits interdits à l’usage depuis 2018

Il y a également le volet des autorisations. D’après notre interlocuteur, « avant leur mise sur le marché, les produits phytopharmaceutiques font l’objet d’une évaluation stricte par les experts de l’ONSSA sur la base des données scientifiques permettant de vérifier leur efficacité et leur innocuité vis-à-vis de la santé humaine et animale et de l’environnement selon les meilleurs standards internationaux, en plus des expérimentations au Maroc conduites par des organismes agréés pour les bonnes pratiques d’expérimentation et supervisées par l’ONSSA ».

« Les rapports d’évaluation sont élaborés par les spécialistes de l’ONSSA et soumis à la Commission nationale des produits phytopharmaceutiques pour émettre un avis consultatif, avant que l’ONSSA prenne sa décision quant aux autorisations de mise sur le marché », précise le Dr Nabil Abouchouaib.

Il évoque également le plan de suivi des produits phytopharmaceutiques homologués. « Le Maroc possède un système de surveillance à l’échelle nationale et internationale qui permet de repérer les substances actives nécessitant une réévaluation si des signes indiquent qu’elles ne respectent plus les conditions de leur autorisation. Cette réévaluation prend en compte les risques associés à la substance active et aux produits qui en découlent, en se basant sur des données scientifiques objectives et impartiales », souligne-t-il.

Le Dr Nabil Abouchouaib assure que depuis 2018, l’ONSSA a retiré 56 substances actives et a restreint l’usage de 13 autres substances, ce qui se traduit par 386 produits dont l’utilisation est désormais interdite au Maroc. « La restriction consiste à limiter les usages autorisés et à renforcer les conditions d’emploi des produits pour gérer davantage les risques », explique-t-il.

Cet aspect est d’une importance capitale, car les réglementations sur le plan sanitaire sont évolutives et peuvent varier d’un marché à l’autre selon les appréciations des autorités nationales, qui se basent sur de nombreux critères.

L’ONSSA redouble d’efforts sur l’usage des pesticides

Légiférer, réglementer, prescrire des normes d’usages est une mission importante sur laquelle le Maroc est bon élève. Mais l’enjeu et le grand chantier, c’est de s’assurer du respect de cette réglementation dans la pratique. Et sur ce volet, l’ONSSA s’arme de nouvelles méthodes pour améliorer la culture d’utilisation des produits phytopharmaceutiques.

Sur le plan de l’organisation de la distribution des produits phytopharmaceutiques, l’ONSSA souligne l’instauration d’un programme visant à améliorer les compétences des revendeurs, à les répertorier et à les enregistrer conformément à des critères précis. Cette même démarche est entreprise pour les reconditionneurs.

Parallèlement, l’ONSSA « renforce le contrôle de l’importation et de la distribution des produits phytopharmaceutiques, prenant les mesures nécessaires à l’encontre des contrevenants », ajoute le Dr Nabil Abouchouaib.

« La mise en place de systèmes de traçabilité efficaces permet de suivre le parcours des produits depuis leur fabrication jusqu’à leur utilisation finale. Cette pratique renforce la conformité aux réglementations en vigueur, assurant ainsi une utilisation responsable et sécurisée des produits », fait-il savoir.

Sur l’utilisation rationnelle des produits phytopharmaceutiques, un sujet d’une importance capitale, que ce soit pour les produits consommés localement ou destinés à l’export, l’ONSSA assure « adopter des approches consistant à intégrer toutes les méthodes de protection des plantes disponibles qui jugulent ou freinent le développement des populations d’organismes nuisibles », poursuit notre interlocuteur.

« La diversification des méthodes de gestion des cultures, telles que la rotation des cultures, la sélection de variétés résistantes et tolérantes et la lutte biologique, est essentielle pour minimiser notre dépendance à ces produits et réduire les risques pour la santé et l’environnement. Le recours aux produits phytopharmaceutiques ne doit être envisageable que lorsque les niveaux d’infestation sont justifiés du point de vue économique et en prenant en considération la composante sanitaire et environnementale« , précise encore le Dr Nabil Abouchouaib.

Pour l’ONSSA, le Maroc demeure, globalement, un petit marché de pesticides. « Durant l’année, un hectare de terre au Maroc reçoit moins de 1,5 kilogramme de pesticides. Une quantité faible par rapport à d’autres pays, où l’utilisation des pesticides est jugée élevée, comme en Israël ou aux Pays-Bas », expliquait à Médias24 Ahmed Jaafari, chef de division des intrants chimiques à l’ONSSA, dans un précédent article.

https://medias24.com/2023/10/29/controverse-et-objet-dappel-a-linterdiction-en-europe-le-glyphosate-sous-surveillance-au-maroc/