Homme d’affaires, député (RNI) et président du Raja Club Athletic, Mohamed Boudrika est au cœur d’une nouvelle ambiguïté. Depuis fin janvier dernier, des rumeurs relatives à une fuite à l’étranger circulent. Pour y répondre, et surtout pour les réfuter, Mohamed Boudrika a pris la parole via les réseaux sociaux à plusieurs reprises.
Ses démentis n’ont pas suffi à faire taire ces rumeurs qui portent, cette fois, sur son implication dans une affaire judiciaire. Pour l’heure, Médias24 n’a pas retrouvé trace de dossier pénal le concernant, mais plutôt une affaire commerciale qui vise l’une de ses entreprises : Jnane Madyouna. Celle-ci est concernée par un jugement daté du 29 janvier, peu de temps avant l’annonce d’une opération chirurgicale subie par Mohamed Boudrika à Londres.
Jnane Madyouna fait partie d’une dizaine d’entreprises que Boudrika dirige ou dans lesquelles il détient des parts, notamment avec des membres de sa famille. Mais avant de s’intéresser à ses affaires et à ses activités politiques et sportives, il convient de s’arrêter sur la situation de flou qui l’entoure depuis près d’un mois.
Démentis en images et à l’écrit
Fin janvier dernier, après s’être rendu à Dubaï avec l’équipe du Raja Club Athletic à l’occasion du Dubaï Challenge Cup, Mohamed Boudrika a disparu des radars. Des rumeurs n’ont pas tardé à circuler au sujet d’une prétendue implication dans une affaire judiciaire le poussant à prendre la fuite au lieu de rentrer avec le club au Maroc.
Le 1er février, le club annonce, dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, que le président Boudrika va subir une opération à Londres. Depuis, les rumeurs concernant son « faux état de santé » fusent. Selon celles-ci, Mohamed Boudrika ne souffre d’aucune maladie et fuit la justice en prétendant subir une opération.
Contactés par nos soins, des membres du comité du Raja démentent. « Il est malade et a subi une opération chirurgicale avec succès. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement et un retour dans les plus brefs délais », déclare Abdelilah Ibrahimi, membre du comité du club, quelques jours après l’annonce de l’opération du président du Raja.
Idem pour Khalid Fakerni, secrétaire général du club. Cet avocat du barreau de Casablanca juge « malveillantes » ces rumeurs. « Le club se réserve le droit de porter plainte contre ceux qui les diffusent », prévient-il.
Mais les rumeurs n’ont été que plus exacerbées par les déclarations du président lui-même. Dans une vidéo, Mohamed Boudrika a tenté de se montrer rassurant, vêtu d’une charlotte et d’un masque médical. Il remercie « tous ceux qui ont pris de ses nouvelles » et assure que « l’opération s’est déroulée avec succès ». Mais cela n’a pas suffi à mettre fin aux doutes.
Une nouvelle rumeur a commencé à circuler une quinzaine de jours plus tard, au sujet d’un avis de recherche de la Brigade nationale de la police judiciaire émis à l’encontre de Mohamed Boudrika.
Ce dernier publie alors un démenti sur le réseau social Facebook, le 22 février dernier. « Je réfute catégoriquement et assure qu’il n’y a aucune plainte à mon encontre auprès de la BNPJ, à ma connaissance. Si plainte il y a, je suis à leur disposition si les conditions le permettent », indique-t-il dans sa publication.
Pour l’heure, aucune date de retour de Boudrika au Maroc n’a été annoncée par le club. Le député n’a plus rien partagé sur son état de santé, même si de nouvelles rumeurs concernant sa fuite vers le Canada, cette fois-ci, commencent à circuler.
L’homme n’en est pas à sa première vague de tourmentes. Depuis sa première élection à la tête du club casablancais en 2012, Mohamed Boudrika a toujours fait parler de lui. Arrivé en jeune rajaoui venu révolutionner la gestion d’un club populaire, Boudrika a fini par quitter le Raja par la petite porte en 2016.
Ses quatre années à la tête du Raja lui ont sans doute fait gagner en popularité, avant de choisir la voie de la politique, comme l’ont dernièrement fait plusieurs dirigeants de clubs.
Si son frère, Abdellah Boudrika, a été élu aux élections communales de 2015 sous les couleurs du PAM, Mohamed Boudrika, quant à lui, a choisi la bannière du RNI pour se présenter en 2021 aux communales et législatives.
Aujourd’hui, outre sa fonction de président du Raja, qu’il occupe depuis mai 2023, Mohamed Boudrika est aussi député RNI, membre de la Commission des secteurs sociaux, secrétaire et membre du bureau de la Chambre des représentants.
Sur le plan judiciaire, aucune affaire n’a éclaté à ce jour, de manière officielle. Les rumeurs restent donc infondées pour l’heure. Cela dit, Mohamed Boudrika est attendu devant la justice commerciale en sa qualité de dirigeant de la société Jnane Madyouna, précédemment dénommée « Jawharat Lahraouyine ».
Boudrika face à une action en paiement
Mohamed Boudrika y a acquis des parts en 2018 avant que son associé ne se retire en mai 2020. En juillet 2023, il dépose de nouveaux statuts, consultés par nos soins, dans lesquels figure également son épouse et associée à hauteur de 50%, Dalila Khadra.
Cette affaire commerciale porte sur une action en paiement, précisément sur des lettres de change. Elle oppose Jnane Madyouna à la plaignante « Boissons Platina ». Contacté par nos soins, le PDG de cette dernière ne souhaite pas commenter davantage cette « affaire commerciale, sans plus ».
Selon les données recueillies sur le portail du ministère de la Justice, le tribunal de commerce de Casablanca s’est déclaré compétent pour statuer sur cette affaire. Cette décision date du 29 janvier 2024. L’affaire au fond n’a pas encore été examinée.
Tout comme Jnane Madyouna, la société Boudrika Prestige Building Company opère dans l’immobilier. Cette dernière est dotée d’un capital social de 100.000 DH. Mohamed Boudrika en est le dirigeant et unique associé, depuis octobre 2018.
Une dizaine de sociétés de promotion immobilière
La Perle Roches Noirs, créée en juin 2014, est également une société de promotion immobilière dans laquelle Mohamed Boudrika détient 60% des parts. Légèrement plus que Perle Home, autre société de promotion immobilière créée en juin 2014. Mohamed Boudrika en est l’un des dirigeants et associé à hauteur de 50%.
Trois années auparavant, ce quadragénaire créait Jawharat Rahma, dont le chiffre d’affaires était de plus de 41 MDH avec un résultat net de plus de 3 MDH. Dans cette société de promotion immobilière, Mohamed Boudrika détient 50% aux côtés de Khalid Boudrika.
Les deux hommes sont également actionnaires dans Boudrika Holding, avec Abdellah Boudrika. Cette SARL au capital social de 5 MDH, créée en mai 2007, a engendré un chiffre d’affaires de près de plus de 314 MDH en 2011 avant qu’il ne chute à 45 MDH en 2015, dernier chiffre communiqué par l’entreprise selon les données publiques consultées. Abdellah et Khalid Boudrika en sont les co-gérants, respectivement depuis 2007 et 2010.
La holding fait partie des anciens associés de la société Immobilière des Chantiers des établissements Charles Legal. Tout comme Mohamed et Khalid Boudrika qui se sont retirés en 2017 de cette société créée en 1960, après six années dans son actionnariat. Cette entreprise, dont le capital est de 300.000 DH, opère également dans l’immobilier.
Idem pour White Sand, dont le capital social est de 20 MDH. Créée en 2007, tout comme Boudrika Holding, cette autre société d’immobilier dont le chiffre d’affaires en 2012 était de près de 60 MDH, est gérée par trois étrangers qui en sont les fondateurs. Mohamed et Abdellah Boudrika ont rejoint l’actionnariat en 2010.
Mohamed Boudrika a dirigé d’autres sociétés avant de les céder. Il s’agit de Abdelali Foncière et Salma Foncière. Créées au début des années 2000, elles ont été gérées par Mohamed Boudrika jusqu’au 24 septembre 2018, date à laquelle il s’en est retiré simultanément.