Confrontée à la fronde de son ex-majorité et de l’opposition, qui dénoncent son absentéisme et ses décisions unilatérales, la présidente de la Commune de Rabat, Asmaa Rhlalou, a récemment fait un don de 10 MDH au fonds pour l’aide aux victimes du séisme d’Al Haouz sans passer par un vote du Conseil de Rabat, pourtant obligatoire.

« Un don effectué à l’insu des conseillers »

Contactés par Médias24, plusieurs élus affirment que le virement a été effectué sans tenir compte des règles de gestion communautaire et des dispositions légales régissant les collectivités locales et ce, bien qu’il s’agissait d’un objectif humanitaire noble à un moment de mobilisation nationale.

« Pour effectuer des transferts budgétaires d’une rubrique à une autre, elle devait obligatoirement passer par un vote de la majorité des membres du Conseil de la ville », explique un conseiller d’opposition. Selon lui, Asmaa Rhlalou n’a pas jugé utile de respecter la procédure légale, ce qui a poussé Mohamed Yacoubi, wali de la région Rabat-Salé-Kénitra, à lui réclamer des explications sur son initiative unilatérale.

L’autorité de tutelle lui a en effet adressé un courrier officiel le 23 février, la sommant de lui remettre dans un délai de dix jours l’ensemble des documents administratifs prouvant que la procédure d’octroi du don avait été respectée avec l’approbation préalable des membres du Conseil de la capitale.

« Une initiative illégale sans justificatifs »

Les justificatifs réclamés sont le procès-verbal de la réunion du Conseil qui a examiné puis autorisé le don, la copie de l’accord de la majorité des élus, les documents nécessaires ayant permis au trésorier de valider, avant de l’effectuer, le décaissement, et l’assentiment du ministère de l’Intérieur.

Le budget 2024 de la mairie − géré par ordonnance du wali − a été rejeté plusieurs fois par les conseillers. Nos sources jugent donc illégale l’initiative de la présidente.

Dans le cas « probable » où Asmaa Rhlalou serait incapable de prouver la légalité du virement de 10 MDH en fournissant les documents officiels requis pour justifier le don, nos sources affirment que le wali devra établir un rapport constatant la mauvaise gestion financière de la maire de Rabat.

« Une procédure de destitution par le tribunal administratif se précise »

« Si elle ne fournit pas les justificatifs le 4 mars au plus tard, le wali déclenchera une procédure disciplinaire à son encontre et demandera au président du tribunal administratif d’examiner son dossier avant une éventuelle révocation », révèle notre source, visiblement ravie que la maire ait franchi − par excès d’assurance − le Rubicon.

Et de se féliciter que la présidente du Conseil de la ville ait « enfin » commis la faute de trop sans imaginer un instant les conséquences négatives pour son avenir à la tête de la municipalité.

Une fois que la wali aura transmis le dossier d’Asmaa Rhlalou au tribunal administratif, la justice disposera d’un délai maximal d’un mois pour statuer sur la demande de destitution.

Précisons que malgré nos multiples sollicitations, la maire de Rabat n’a pas souhaité répondre à nos appels et messages.

A contrario, un important dirigeant du RNI nous a déclaré que le parti suivait avec attention la multiplication de ses bévues, mais que son sort n’avait pas encore été tranché par les instances.

 Une session extraordinaire qui s’annonce « mouvementée »

Cette affaire s’ajoute aux échauffourées occasionnées le 20 février dernier, lorsque plusieurs élus se sont rendus à son bureau pour déposer une demande de session extraordinaire, avec pour ordre du jour un audit de Rabat Parking, l’annulation du plafonnement des questions et l’interdiction de filmer les débats qu’elle a imposée avant d’être désavouée par un arrêt de la justice administrative.

« Malgré son refus de nous recevoir et l’utilisation de ses hommes de main pour nous expulser manu militari de son bureau, avec à la clé deux blessés qui ont porté plainte, elle est forcée de convoquer le Conseil de la ville dans un délai de 15 jours, car les trois quarts des conseillers ont signé cette demande », conclut notre interlocuteur. La session extraordinaire devrait se tenir le mardi 5 mars.