En recevant ses homologues espagnol et portugais, le 28 octobre 2023 à Rabat, Fouzi Lekjaa avait proposé un slogan pour la candidature tripartite : trois pays, deux continents, une candidature. Cette proposition ayant été adoptée, elle pourra servir l’argumentaire marocain dans la répartition des stades et des matchs.

Il y a une différence importante entre stades et matchs. En effet, un stade peut accueillir 1 match, comme il peut en accueillir 6 ou plus. Ce qui compte donc, c’est le nombre de matchs, et la qualité de ceux-ci. Au regard de l’audience et de l’impact, de l’enjeu footballistique aussi, l’intérêt des matchs va crescendo, de la manière suivante : matchs des 12 groupes, matchs des seizièmes de finale, huitièmes, quarts, demi-finales, match de classement, match d’ouverture, finale.

Quantitativement. Ce sera en effet un Mondial avec 48 équipes, 12 groupes et 104 matchs. En soustrayant les trois matchs qui se joueront en Amérique du Sud, il reste donc 101 matchs à jouer dans les trois pays qui nous concernent de près, Maroc, Espagne et Portugal.

Le Portugal a déjà annoncé à Rabat, en octobre dernier, qu’il présenterait 3 stades. Par un calcul approchant, et disons plausible, on peut imaginer que le Portugal héritera d’une vingtaine de matchs au maximum, 7 par stade.

Selon une source informée mais non officielle, le Portugal souhaite 13 à 14 matchs seulement. Dans ces deux cas, il resterait 80 à 88 matchs à répartir entre le Maroc et l’Espagne. Cette dernière, à travers ses médias, affiche un objectif de 64 matchs, donc 63% du global de la candidature conjointe, ce qui paraît difficile à défendre. Logiquement, les 80 à 88 seraient répartis à égalité, selon le principe « deux continents et une candidature ».

Des journaux espagnols affirment également que leur fédération présentera 11 stades. L’infographie ci-dessous comprend les 10 stades espagnols qui sont favoris selon le journal Marca. Le 11e n’est pas connu.

Qualitativement. Comme nous l’expliquions ci-dessus, ce qui compte, ce ne sont pas les stades, mais les matchs, aussi bien en nombre qu’en qualité.

La candidature espagnole subit deux contraintes :

– l’absence de président de la Fédération espagnole de football, Luis Rubiales ayant été suspendu le 30 octobre 2023 par la Fifa ;

– la pression des régions. Dans ce pays, la régionalisation est très avancée, et la Fédération essaiera de satisfaire les régions les plus puissante et/ou insistantes. D’où l’inflation du nombre de stades candidats.

10 ou 11 stades, cela signifie une dispersion de la compétition, qui imposerait aux spectateurs venus de l’étranger une mobilité pas forcément aisée.

Dans le cas marocain, on s’en tient aux 6 stades connus : Tanger, Rabat, Casablanca-Benslimane, Fès, Marrakech et Agadir. Si le quota marocain est d’une quarantaine de matchs, cela signifie 6 ou 7 matchs par ville. La ville du Mondial deviendrait donc une destination, et c’est plus confortable pour le spectateur venu de l’étranger.

Finale ou match d’ouverture ? Les deux pays, Espagne et Maroc, présenteront un beau catalogue de stades. Le Maroc est en train de rénover, réhabiliter, voire reconstruire ses stades. Celui de Casa-Benslimane sera aux normes les plus avancées dans le domaine.

Les deux pays vont certainement se disputer l’accueil de la finale et du match d’ouverture. Il va sans dire que si l’un va au Maroc, l’autre ira à l’Espagne. Plus encore : le pays qui obtiendra la finale fera des concessions sur les demi-finales et les quarts.

Le Maroc a une forte légitimité pour organiser la finale : il n’a jamais accueilli la Coupe du monde la plus prestigieuse malgré ses multiples candidatures ; il est soutenu par la CAF et la confédération asiatique ; l’Espagne a déjà eu sa coupe, sa finale et même le trophée. Si l’on raisonne deux continents, cela se tient.

Il reste que la décision ici ne revient pas exclusivement aux trois pays candidats. La FIFA a son mot à dire.

Le Bid Book. Le dossier de candidature conjoint est un document volumineux plutôt fastidieux, comportant les engagements des gouvernements de chaque pays, ainsi que des villes candidates, des détails sur les stades proposés justifiant leur existence, les terrains d’entraînement en nombre suffisant, les hôtels de différents niveaux et une capacité d’hébergement idoine, les éléments concernant les loges VIP, les tribunes, les camps de base des équipes, les exigences relatives aux sites de diffusion, aux sites d’événements liés aux compétitions, aux fan zones, etc.

Un document qui répond en fait aux exigences du cahier des charges FIFA.

La dernière réunion du comité de candidature conjointe s’est déroulée le 9 février à Madrid. L’objet de ces réunions est la préparation du dossier de candidature.