« Bien qu’il s’inscrive dans une dynamique mondiale de reprise du trafic aérien, on ne peut que se réjouir de ce formidable résultat comptable qui est encore provisoire en attendant la consolidation des comptes », salue une source ministérielle, rappelant qu’il intervient deux ans après la terrible crise du Covid-19 qui avait fait craindre le pire à la compagnie nationale.
« Le plus important bénéfice de l’histoire de la RAM »
Sollicitée à son tour, une source interne autorisée nous révèle que le bénéfice escompté, qui sera d’au moins 400 millions de dirhams, est le plus important depuis la création de la RAM en 1957.
Un véritable record quand on sait que la compagnie nationale sortait d’un cycle déficitaire qui a duré plus de quatre ans et que les plus importants bénéfices avaient été dégagés à la fin du mandat du précédent président Driss Benhima, soit 180 MDH entre 2013-2014 et 230 MDH entre 2014-2015.
Nommé en février 2016, son successeur Hamid Addou avait réalisé 200 MDH puis 100 MDH de bénéfices durant les deux premières années de son mandat, avant d’être confronté entre 2019 et 2022 à plusieurs crises (grève des pilotes, pandémie, explosion du prix du kérosène) qui ont engendré des milliards de dirhams de pertes (3,7 MMDH pour 2019-2020, 2 MMDH pour 2020-2021, 2,7 MMDH pour 2021-2022).
« La compagnie est à nouveau bankable pour élargir sa flotte et ouvrir de nouvelles lignes »
Sur les perspectives qu’ouvre ce résultat, un expert affirme que la RAM est redevenue crédible au niveau bancaire et qu’elle n’aura par conséquent aucun mal à solliciter de nouveaux crédits et à les rembourser, notamment ceux qui concernent son programme d’achat de 150 avions d’ici 2035.
« Ce résultat exceptionnel montre aussi que le président Addou gère bien la pénurie actuelle de sa flotte, qui est passée de 61 à 50 avions, et qu’il n’aura aucun mal à acquérir de nouveaux aéronefs dans le cadre de la feuille de route signée avec le gouvernement en juillet dernier », déclare notre interlocuteur. La RAM a réussi à s’inscrire dans la reprise planétaire du trafic aérien, a-t-il ajouté.
L’excellent démarrage du contrat-programme qui est en ligne avec les objectifs 2023 va générer une dynamique qui permettra de multiplier en 2024 les nouvelles ouvertures de lignes domestiques et internationales « différentes de celles prévues dans le programme initialement prévu ».
« La concurrence des lignes subventionnées pourrait compromettre l’exercice 2024 »
Selon une autre source fiable, la concurrence des lignes subventionnées par le Maroc pourrait impacter négativement le prochain résultat comptable de la compagnie nationale.
« Si la plupart des routes subventionnées qui visent à développer le tourisme ne sont pas les mêmes que celles qui sont desservies par la RAM, la vraie menace provient des lignes low cost qu’on a laissé atterrir à Rabat et plus particulièrement à Casablanca », s’inquiète notre interlocuteur, rappelant que la compagnie Transavia est désormais présente dans le hub régional et international de la RAM.
Une concurrence directe pour la RAM d’autant plus « incompréhensible » pour notre interlocuteur que le comité des slots doit en principe veiller à sauvegarder le monopole de la RAM dans son hub régional et international, et que des compagnies comme Easy Jet ou Ryan Air ne sont pas autorisées à desservir l’aéroport Mohammed V et que Transavia y a plusieurs slots.
Au vu des récentes annonces de routes subventionnées par l’ONMT, certaines lignes prévues initialement par la RAM dans le cadre du contrat-programme ne pourront pas être lancées, notamment sur le long courrier (Chine…) et certaines routes touristiques, conclut notre source.