« La création de cette académie est un engagement que nous avions pris dès le premier congrès du PAM en 2009, mais qui n’a pas abouti pour différentes raisons d’agenda », nous rappelle- son président Ahmed Akhchichine, avant de détailler les raisons de cette initiative et ses trois missions.
Pourquoi une académie du PAM ?
Sur le timing de la création de cette académie devenue subitement urgente, Ahmed Akhchichine explique que son parti, qui a été dans les rangs de l’opposition pendant douze ans, avait le confort de choisir, selon sa propre feuille de route, les questions d’actualité sur lesquelles il voulait débattre.
« N’étant pas comptable de la chose publique, le PAM pouvait choisir les thématiques à mettre sur la table du débat public. Cependant, étant aujourd’hui au gouvernement, la donne a changé, nous sommes obligés de nous exprimer sur tous les grands dossiers », déclare le président, illustrant son propos avec l’exemple de la crise de l’éducation nationale où le gouvernement, qui négociait avec les syndicats, était alors dans l’expectative, sans solution préalable ou proposition de la part des partis politiques.
D’où la nécessité, comme partout ailleurs, que les forces politiques prennent le relai et que le PAM mette en œuvre un laboratoire d’idées pour mettre fin au déficit de production de contenu caractérisant le champ politique marocain.
Avec des formations politiques locales qui fonctionnent plus dans une logique de club que de force de proposition, la production de contenu est devenue nécessaire pour répondre aux exigences du débat politique et aux questions que tout le monde se pose sur les politiques publiques territoriales.
Et de rappeler qu’en Allemagne, chaque grand parti est adossé à un think tank, comme la Fondation Konrad Adenauer, qui est proche de la CDU, la Fondation Hanns-Seidel (Union sociale chrétienne), la Fondation Friedrich Naumann (Parti libéral), la Fondation Heinrich Böll (Verts allemands)…
Idem en Chine, où le système politique est étroitement associé à l’académie du Parti communiste, qui est capable de produire du contenu et des idées pour prévenir ou contribuer à résoudre divers problématiques.
« Il est nécessaire de produire du contenu avec des outils d’aide à la décision »
Face à l’indigence affligeante du débat politique au Maroc, Ahmed Akhchichine révèle que ce qui a fait revivre le projet d’académie lancé en 2009 a été le chapitre dédié à la nécessité de produire du contenu qui faisait partie du document de référence adopté lors du 5e Congrès du PAM.
« On ne peut pas le faire en comptant uniquement sur l’engagement volontaire des cadres ou des militants. Il faut le structurer comme cela se fait ailleurs, avec une vraie méthodologie et une approche professionnelle, en organisant des rencontres et en produisant des documents », précise le président, avant d’évoquer les moyens à mettre en œuvre pour répondre à ces besoins.
Une partie de l’effectif qui produira du contenu sera mobilisée en interne, mais l’essentiel proviendra de débats ouverts et de commandes précises adressées à des experts reconnus pour leurs compétences, afin de produire des documents sur des questions particulières avec des méthodes rigoureuses pour faire en sorte que, selon lui, ce qui sera estampillé par cette structure soit le plus fiable possible.
Contrairement au CESE, qui produit du contenu avec des auto-saisines ou des sollicitations d’instances extérieures, l’académie du PAM travaillera sur commande du parti sur des questions récurrentes qui nécessiteront une réflexion actualisée et des réponses appropriées d’experts.
Sachant que la question de l’évaluation du travail gouvernemental se posera en 2026, le président affirme que cet outil devra être critique pour être crédible, mais que s’il travaille avec intelligence et avec la distance qu’il convient par rapport à la décision politique du PAM, l’académie permettra de générer une pluie de bénéfices socio-économiques et à tous les niveaux, y compris électoral.
« Soutenir les élus avec des formations pour mieux exercer leur fonction »
« Avec un parti qui a 6.500 élus, dont certains ont besoin de voir leurs compétences consolidées, notre deuxième mission sera de former ceux qui assument des responsabilités dans les régions, les conseils préfectoraux, les communes… », estime le président, ajoutant qu’il n’est plus possible ou admissible de continuer à gérer des territoires et des problématiques sans formation adéquate pour se retrouver dans les nombreuses réglementations, normes, procédures…
Pour leur permettre de réussir leur mission, l’académie proposera des packs de formation en mobilisant toutes les techniques disponibles, notamment des capsules d’auto-apprentissage et de formation à distance avec des séminaires thématiques sur plusieurs techniques, comme par exemple comment préparer un document pour financer un projet.
« Structurer le discours des cadres et des militants pour parler d’une seule voix »
« Le dernier axe d’intervention concernera la structuration du discours des cadres et des militants qui seront formés pour s’approprier les positions du parti sur différentes questions et ne plus s’éparpiller avec des réponses contradictoires », ajoute Ahmed Akhchichine, insistant sur le fait que ce travail d’explications et d’échanges devra s’effectuer de façon continue et permanente.
De plus, il y aura aussi des débats spécifiques qui pourront émerger au niveau d’un territoire, comme par exemple la question de l’eau dans la région de Figuig afin que ceux qui seront mandatés pour parler du stress hydrique au nom du PAM soient formés avec des éléments de langage appropriés.
« Les premiers résultats de l’académie prévus pour 2025″
Sur les premiers effets escomptés, le président préfère dans un premier temps temporiser, rappelant que la première feuille de route de cette structure ne sera lancée que dans un mois, avant d’établir un plan d’action annuel qui commencera à porter ses premiers fruits à moyen et long terme.
Et d’ajouter que si le démarrage aura lieu en septembre prochain et que les structures à mettre en place nécessiteront environ 18 mois, ce n’est qu’à partir de 2025 que les premiers résultats concrets commenceront à apparaître.
« D’ici aux prochaines élections de 2026, cet outil permettra de produire notre programme électoral et d’alimenter un programme commun en cas de négociations pour la formation du futur gouvernement », projette le président, en ajoutant que l’académie est un projet stratégique du PAM.
Et de conclure que son parti mobilisera tous les moyens nécessaires pour monter cette structure, dont le financement proviendra en partie du soutien public réservé aux partis politiques pour la formation, mais surtout des contributions de ses militants et sympathisants.