« Aujourd’hui, l’écart semble insurmontable entre la région Marrakech-Safi, qui a réalisé un taux d’occupation de 64% de janvier à mars, et celle de Laayoune-Sakia El Hamra, qui s’est contentée de 12% pour la même période. Mais tout devrait changer d’ici 2030 grâce à la feuille de route qui promet de développer la connectivité et d’harmoniser la promotion dans toutes les régions du pays », estime le spécialiste des flux touristiques Zoubir Bouhoute, qui prévoit d’atteindre 70% au moment du Mondial.
« La majorité des régions sont impactées par un manque de connectivité, de promotion et par une saisonnalité chronique »
Invité à commenter les taux d’occupation des trois premiers mois de l’année (de janvier à mars 2024), notre interlocuteur constate que parmi les 12 régions du Maroc, Laâyoune-Sakia El Hamra est celle qui réalise l’un des taux d’occupation hôteliers les plus faibles du pays, avec seulement 16%.
En cause, l’absence d’attractivité et de connectivité aérienne, sans compter un Conseil régional du tourisme selon lui absent de toutes les manifestations internationales du tourisme.
Cette région paie le prix du manque de promotion et de visibilité, qui n’encourage pas les responsables à développer le réseau aérien à l’image de Marrakech, très présente dans tous les salons internationaux, mais organise elle-même plusieurs événements dans son fief.
Concernant Béni Mellal-Khénifra, qui culmine à un taux de 16%, Zoubir Bouhoute souligne que cette destination souffre elle aussi d’un manque flagrant de connectivité aérienne et ne bénéficie pas des importants flux touristiques de la région voisine de Marrakech.
Pour remédier à ce taux « catastrophique », l’expert juge nécessaire de renforcer la connectivité et de générer des passerelles entre les deux régions voisines, avec des agences de voyages qui programment davantage Béni Mellal-Khénifra pour impulser une nouvelle dynamique d’arrivées qui gonflera le taux de remplissage.
Avec seulement 18% de taux d’occupation, l’Oriental souffre aussi d’un manque de promotion et de connectivité aérienne, mais surtout d’une absence de visibilité due à sa saisonnalité. Son activité n’explose véritablement que durant la saison estivale, en particulier dans la station balnéaire de Saïdia, qui tire la destination vers le haut avant de fermer le reste de l’année.
De son côté, la région Guelmim-Oued Noun, qui a réalisé un taux d’occupation de 21% sur les trois premiers mois, est également en-deçà de ses potentialités du fait d’un manque de connectivité et de programme d’animation.
Entre manque de notoriété et capacité hôtelière réduite, cette destination n’est programmée dans aucun des salons internationaux, ou alors beaucoup moins que celles de Marrakech, Agadir ou Casablanca.
Cette région n’est pas du tout représentée à l’Arabian Travel Market, qui se tient du 6 au 9 mai 2024 à Dubaï, avec une absence totale de promotion à l’international et un bureau du CRT quasi-inexistant, à l’instar de celui de la région de Laâyoune.
Notre consultant compare la région Tanger Tétouan-El Hoceima, qui culmine à peine à 23%, à celle de l’Oriental qui souffre d’une saisonnalité chronique avec neuf mois de très basse activité.
« Il faut attendre le mois de juin pour que le taux d’occupation de cette région augmente réellement grâce à l’opération Marhaba, qui génère un flux très important de MRE et de vacanciers locaux », rappelle Zoubir Bouhoute. Selon lui, le taux devrait fortement augmenter à partir d’avril grâce aux nouvelles lignes aériennes ouvertes en avril dernier, qui devraient accroître l’activité saisonnière de cette région.
En recul de 6 points par rapport au dernier trimestre 2023, le taux d’occupation de 19% de la région Drâa-Tafilelt s’explique selon lui en partie par la période du Ramadan, mais surtout par son faible poids dans l’industrie touristique, à hauteur seulement de 1% de l’activité nationale.
Des résultats qui s’expliquent par une connectivité aérienne très faible dans ses trois aéroports (Ouarzazate, Errachidia et Zagora) et par la fermeture de plusieurs établissements hôteliers.
Ce contexte donne l’impression que la région est délaissée alors qu’elle possède un potentiel important qui pourrait augmenter le taux d’occupation si son attractivité était améliorée par les responsables régionaux.
Selon Zoubir Bouhoute, la baisse de 6 points du taux d’occupation de la région Fès-Meknès, qui a abouti à un taux de 25%, est grave : le recul équivaut à la moitié des taux de certaines régions citées précédemment.
En cause, la paralysie du Conseil régional du tourisme pendant plusieurs mois après des problèmes entre son président et le wali de la région, qui a provoqué un manque d’initiatives en termes de promotion.
Avec la nomination récente d’un nouveau bureau du CRT, Zoubir Bouhoute estime que de nombreuses possibilités vont s’ouvrir grâce à la synergie entre l’équipe du wali et les opérateurs, qui permettra de récupérer un taux d’occupation bien plus important.
« Les destinations prometteuses en termes de remplissages »
Avec un taux d’occupation de 30%, la région Dakhla-Oued Ed-Dahab est appelée à connaître un développement plus important avec une connectivité et une promotion croissante qui se renforce depuis quelques mois, et d’importants investissements hôteliers qui vont transformer la destination.
« C’est un taux très honorable pour une destination émergente, mais ce n’est qu’un début ; elle devrait gagner plusieurs points de remplissage par an pour arriver à 40% rapidement », avance Zoubir Bouhoute, se montrant très optimiste pour cette région qui affiche complet plusieurs périodes de l’année.
Concernant la région Casablanca-Settat, qui a réalisé un taux d’occupation de 37%, en recul de 4 points par rapport au trimestre précédent, le consultant estime que l’effet du Ramadan est en partie à l’origine de la baisse.
Il recommande de renforcer la connectivité aérienne dans cette destination spécialisée en tourisme d’affaires pour pouvoir arriver à un taux moyen d’occupation annuel d’au moins 60%.
Pour booster l’activité M.I.C.E des entreprises marocaines ou étrangères, le consultant estime nécessaire de hâter la construction d’un véritable Palais des Congrès et de mettre en place un programme culturel d’animations étalé sur toute l’année afin de développer les séjours city break qui profitent actuellement beaucoup plus à une ville comme Marrakech pendant les week-end.
Avec un taux d’occupation de 40 %, la région centrale Rabat-Salé-Kénitra, dont la connectivité est beaucoup moins importante que Marrakech, Agadir ou Casablanca, a aussi pâti d’un changement de bureau du CRT qui a limité la visibilité, alors que les perspectives sont excellentes grâce à l’implication directe du wali qui a commandé une étude stratégique pour relancer l’occupation hôtelière.
Une amélioration est prévue à partir d’avril, après l’organisation du congrès annuel du Syndicat français des entreprises du tour opérating (SETO) et de nombreuses activités culturelles (notamment les festivals Mawazine et Jazz au Chellah, etc.) qui vont permettre d’augmenter le taux de remplissage hôtelier.
« Les locomotives de l’hôtellerie »
A l’instar de la région Marrakech-Safi qui réalise les meilleurs chiffres du Maroc, la destination Souss-Massa a gagné 4 points de taux d’occupation pour atteindre un taux d’occupation de 61% durant le premier trimestre.
Cette hausse importante malgré la période du Ramadan est due à la progression des arrivées étrangères consécutive à l’ouverture récente de nouvelles lignes aériennes, ainsi qu’à la récupération du marché allemand qui a connu une croissance à deux chiffres depuis début 2023.
Enfin, avec un taux d’occupation presque aussi élevé, la région Marrakech-Safi n’a réalisé qu’un taux de 60% à cause du Ramadan, qui n’encourage pas les nationaux à voyager durant cette période.
Selon notre interlocuteur, cette destination locomotive, qui représente 44% des nuitées nationales, n’a pas de soucis à se faire ; elle a explosé en avril et mai et devrait facilement atteindre les 80%.
« Le taux d’occupation atteindra 70% lors du Mondial de 2030 »
A la question de savoir si l’Office national du tourisme (ONMT) privilégie certaines destinations touristiques en termes de promotion et de connectivité aérienne, Zoubir Bouhoute considère que la responsabilité de l’ONMT n’est absolument pas en cause, car il appartient d’abord aux régions de mieux se vendre.
« C’est aux opérateurs locaux du secteur privé et aux responsables régionaux de prendre leurs responsabilités dans le cadre de la régionalisation avancée, pour que l’ONMT puisse suivre ensuite avec ses moyens », estime Zoubir Bouhoute. Le taux d’occupation national actuel devrait être de 60% pour encourager les investisseurs à revoir à la hausse la capacité hôtelière dans certaines régions.
A l’horizon 2030 − celui de la Coupe du monde −, les 12 régions du Maroc pourront atteindre un taux de remplissage hôtelier de 70% grâce à la hausse du budget de l’ONMT, au renforcement du réseau des compagnies aériennes étrangères et au plan d’action de la Royal Air Maroc, qui va quadrupler sa flotte.
En d’autres termes, toutes les conditions sont réunies pour une croissance du taux d’occupation si les opérateurs locaux et les régions s’impliquent véritablement dans cette bataille, avec une place accrue du tourisme dans les plans de développement régionaux