Au ministère de la Culture, la lutte contre les faussaires d’arts plastiques s’étendra hors du territoire national. Le département de Mehdi Bensaid prépare la liste des galeries et maisons de vente étrangères concernées par la vente de fausses œuvres d’artistes marocains, apprend Médias24 de source autorisée.

Cette liste est en cours de finalisation. Les entités concernées, pour la plupart basées en Europe, seront notifiées d’un courrier officiel du ministère pour ce qui s’apparentera à une première mise en demeure, en attendant des mesures plus radicales.

Des artistes professionnels de la contrefaçon

Parmi les maisons identifiées, certaines ont pris pour « habitude » de commercialiser délibérément de fausses œuvres, opérant comme les maillons étrangers de « réseaux organisés ».

Le circuit illégal démarre ici, au Maroc, avec des tableaux réalisés par des artistes locaux « professionnels de la contrefaçon ». Les œuvres contrefaites sont ensuite exportées à l’étranger et sont parfois réintroduites sur le marché national en contournant les règles douanières, où elles sont présentées comme originales.

Au ministère de la Culture, on mise également sur renforcement de la coopération internationale pour l’échange d’informations sur les réseaux de faussaires. Cette offensive s’accompagnera d’un chantier de révision des lois internes. Pour l’heure, les textes abordant ces comportements sont soit peu précis, soit peu dissuasifs. Le département de Bensaid a donc lancé des consultations pour agir sur le levier législatif.

En attendant, des tournées sont en cours pour sensibiliser différents intervenants sur un phénomène qui revêt une dimension sécuritaire. D’où les réunions avec les représentants de la Justice, de la sûreté, la gendarmerie ou encore des douanes.

Sur le plan judiciaire, la présidence du ministère public avait promis une circulaire qui, selon nos sources, n’a pas encore été diffusée. Idem pour le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire. En plus des circulaires, ces deux institutions planchent également sur un guide qui sera mis à la disposition des magistrats, et ce, pour le traitement des affaires de faux tableaux.

Selon nos informations, le sujet des arts plastiques a déjà été abordé par le pouvoir judiciaire, mais sous le prisme du « vol », plutôt que de la contrefaçon. En 2022, Mohammed Abdennabaoui, président délégué du CSPJ, avait diffusé une note interne où il interpellait les présidents des juridictions sur le contenu de la « convention d’unidroit sur les biens culturels volés ou illicitement exportés ».

Cette convention a été ratifiée en 2022 par le Maroc. Elle pose les bases des règles en matière de restitutions et de biens culturels volés. Sont visés, entre autres, les biens « revêtant une importance pour l’art », dont les « tableaux, peintures et dessins faits entièrement à la main sur tout support et en toutes matières (à l’exclusion des dessins industriels et des articles manufacturés à la main) », les « assemblages et montages artistiques originaux », ou encore les « productions originales de l’art statuaire et de la sculpture, en toutes matières ».