« Prix d’une chambre dans un hôtel pour 2 nuitées ; Booking : 3.760 DH. Réservation directe auprès de l’hôtel : 1.760 DH. Résultat : 2.000 DH supplémentaires sur Booking ». L’assertion émane d’une cliente qui fait part de son étonnement sur le réseau X.
La différence de prix relevée par cette cliente est-elle vérifiée ? Médias24 a fait l’exercice. Nous avons comparé les tarifs en effectuant une réservation en ligne sur Booking avant d’appeler directement l’hôtel classé pour un séjour de deux nuitées à Marrakech, soit du vendredi 31 mai au dimanche 2 juin.
Des écarts de prix qui dépassent les 1.000 dirhams pour un séjour hôtelier
En nous faisant passer pour un couple avec une enfant de dix ans, le service de réservation de l’hôtel 3* nous a proposé une chambre familiale à 1.700 DH la nuitée, soit 3.400 DH, toute taxes comprises, pour l’ensemble de notre séjour avec une possibilité de remise.
Pour la même formule dans cet hôtel, le site Booking.com propose 4.274 DH auxquels s’ajoutent les taxes et frais de 104 DH, soit un total de 4.378 DH. La différence est de 978 DH avec le prix proposé par le service de réservation de l’hôtel au téléphone.
Le plus incroyable est que, dans sa proposition en ligne, la plateforme de réservation indique que le véritable prix avant remise était de 7.659 DH, sans compter les frais de réservation de 104 DH.
Qu’est-ce qui explique cette différence des tarifs entre ceux pratiqués par les hôtels et ceux affichés par Booking ? Cette différence est-elle justifiée ?
Booking.com gonfle-t-il les prix des nuitées par rapport aux prix de base pratiqués par les hôtels ?
À cette question, un grand hôtelier affilié à la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) n’hésite pas à répondre par l’affirmative en se disant excédé par les pratiques de cette plateforme de réservation qui profite de son quasi-monopole pour imposer ses règles et maximiser ses profits.
Les plateformes internationales de réservation contribuent indéniablement au taux d’occupation des hôtels, des maisons d’hôtes et des locations meublées, mais plusieurs opérateurs sondés par Médias24 se plaignent du fait qu’elles imposent des commissions exagérées, payables en devises sur le montant TTC.
« Pouvant aller jusqu’à 40%, les commissions de Booking pénalisent surtout les clients »
« Au Maroc, leur taux de commission, qui démarre à 17% au lieu de 14% en Europe, peut grimper très vite en fonction de la formule de référencement choisie. Ainsi, si l’hôtelier désire donner plus de visibilité à son établissement pour faire partie des premiers de la liste, le taux peut passer à 30% », accuse une de nos sources.
« De plus, sachant que Booking prélève sa commission sur le montant TTC (TVA de 10%) et qu’il applique 3% de frais de paiement électronique, l’hôtelier n’encaisse au final que 60% du montant de la nuitée », dénonce celui qui préside une chaîne hôtelière. Ce dernier estime que tous les partenaires de cette plateforme sont lésés financièrement par des écarts tarifaires qui pénalisent surtout leurs clients.
De peur de représailles en termes de référencement, un autre hôtelier de la ville ocre nous a confirmé, sous couvert d’anonymat, qu’il était beaucoup moins cher de réserver directement que de passer par le site Booking.com.
« Un chiffre d’affaires considérable en devises qui échappe au fisc marocain »
Tout aussi remonté que son confrère hôtelier, le président de l’Association régionale des riads et maisons d’hôtes de Fès-Meknès estime que ces pratiques sont totalement injustes et illégales.
Selon Abdelkader Benkirane, la plateforme de réservation, dont le siège est aux Pays-Bas, réalise un chiffre d’affaires en devises sur des prestations réalisées au Maroc, sans s’acquitter du moindre impôt ou taxe locale, alors qu’une partie de sa clientèle est composée de nationaux qui préfèrent réserver leur séjour en ligne via ce site.
« Ce système de fuites de devises, qui pénalise l’Etat et le citoyen, devrait interpeller les ministères du Tourisme et des Finances pour l’obliger à respecter la réglementation fiscale du Maroc », estime ce propriétaire d’un riad à Fès. Il plaide pour une réduction du taux de commission, avec un alignement sur les tarifs européens et un calcul de cette commission sur le chiffre d’affaires hors taxe et pas toutes taxes comprises.
Tout en reconnaissant que Booking.com fait un excellent travail de commercialisation et de distribution d’hébergements en ligne, dont aucun pays touristique ne peut se passer, le président tient à préciser que sa position de leader mondial ne doit pas l’autoriser à se soustraire à la fiscalité du Maroc.
« Nos possibilités d’action contre les abus de Booking »
Afin d’obliger les dirigeants de cette plateforme à négocier avec ses partenaires pour « mettre fin à ses abus », Abdelkader Benkirane propose plusieurs moyens d’action de la part de l’ensemble des structures d’hébergement touristiques comme :
– limiter l’offre hôtelière disponible sur la plateforme ;
– pousser les clients à réserver directement auprès des établissements d’hébergement en organisant une grève des réservations auprès de Booking ;
– demander à ce que les touristes locaux ne puissent plus effectuer de réservations sur ce site à l’instar de la Turquie ;
– encourager les hébergeurs touristiques à développer leurs propres sites de réservation directe.
Précisons que malgré la promesse de répondre point par point aux problématiques soulevées par les opérateurs marocains, au moment de la publication, le service de presse du site Booking.com n’a pas donné suite à notre requête.
