« Ce projet de loi, examiné en Conseil de gouvernement, a pour vocation de réorganiser le Centre cinématographique marocain (CCM), avec des dispositions permettant de professionnaliser cette industrie et de mieux protéger la profession qui n’était jusque-là pas encadrée par une loi spécifique », nous déclare le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication.

Il cite l’exemple de la limitation, voire de l’interdiction pour les « grandes boîtes de production » d’avoir des sociétés de distribution, pour éviter les monopoles qui nuisent aux petits distributeurs.

 Les différents métiers des studios cinématographiques seront désormais reconnus par l’État 

Selon Mehdi Bensaïd, après l’adoption définitive du projet de loi, les complexes cinématographiques de type Mégarama, qui abritent au moins 5 salles de cinéma, seront tenus de dédier l’une d’elles à la projection de films nationaux.

Les différents métiers (enregistrement en plein air ou en intérieur, son, montage post-production …) des studios de cinéma seront désormais reconnus et même labellisés par le ministère de tutelle pour obtenir un éventuel soutien financier et éviter les faillites qui se sont produites pendant la pandémie du Covid, faute de reconnaissance par les anciens textes du CCM de ces métiers.

Cette reconnaissance passera par une labellisation par catégorie (A, B, C, D, E), qui facilitera l’accès aux tournages sur le territoire national des studios étrangers et permettra aussi de générer, selon le ministre, une égalité des chances pour tous ceux qui veulent investir dans ce domaine.

 Une volonté de professionnalisation du secteur 

Et d’ajouter qu’avant la disposition prévue par le projet de loi, les opérateurs ne disposaient pas d’une liste des studios agréés par l’Etat, et le recours à leurs prestations se faisait par « le bouche à oreille ».

« Faute de professionnalisation du secteur formalisée par un texte de loi, tout se faisait à l’avenant, en particulier en matière de pricing« , précise Mehdi Bensaïd, en ajoutant que les futurs statuts du CCM feront évoluer les agréments nationaux et internationaux pour les boîtes de production.

Ainsi, si un agrément national permettait jusqu’ici de faire de la post-production pour les studios étrangers – activité bien plus lucrative –, occasionnant un désintérêt envers les films marocains, la nouveauté est qu’il faudra d’abord opérer pendant trois ans dans les tournages nationaux, avant d’obtenir un agrément international qui permettra aux boîtes de production locales de travailler pour des films étrangers.

« Notre idée est de permettre aux professionnels marocains de mieux travailler, tout en étant protégés avec la mise en place d’un registre national qui permettra de répertorier tous les contrats », déclare le ministre. Ce registre fera foi en cas de problème (non-paiement d’un acteur ou d’un technicien aussi bien marocain qu’étranger) nécessitant d’avoir recours à la justice.

Un projet de loi autour de 4 grands axes

À la question de savoir quelles étaient les thématiques de son projet de loi, Mehdi Bensaïd cite la réorganisation du CCM, une volonté de professionnaliser l’industrie cinématographique, un chapitre réservé à l’inspection des violations et sanctions et, enfin, plusieurs dispositions techniques diverses .

« En fait, les nouveaux textes qui devront être adoptés par le Parlement avant de devenir opérationnels mettront l’accent sur le renforcement de l’écosystème, la professionnalisation du secteur, la reconnaissance des techniciens, mais aussi des studios », résume le ministre avant d’ajouter que la protection du film national aura une place prépondérante dans la future loi.

 Mettre fin aux lourdeurs administratives et raccourcir les délais de tournage 

En donnant l’exemple des films animés dont les tournages n’étaient pas reconnus par les anciennes dispositions du CCM, Mehdi Bensaïd estime que sa réforme va permettre de mieux accompagner le cinéma marocain à l’étranger, mais aussi d’encourager les tournages de films étrangers au Maroc.

« Tout l’écosystème va être renforcé et fluidifié, avec la possibilité que le CCM puisse désormais faciliter l’accès à des autorisations sur des lieux de tournage, comme par exemple sur une autoroute, qui nécessite le feu vert de la société Autoroutes du Maroc (ADM) », déclare le ministre. Il souligne que son projet de loi mettra fin à certaines lourdeurs administratives qui découragent parfois les promoteurs de tournages étrangers.

Début 2025, le CCM aura un nouveau directeur général et des statuts réformés

Après avoir détaillé le contenu de son projet de loi, notre interlocuteur revient sur le parcours législatif nécessaire avant l’adoption finale de la réforme du CCM et la nomination d’un nouveau directeur général, qui s’éternise depuis près de trois années.

Se disant optimiste, Mehdi Bensaïd avance que l’adoption des nouveaux textes aura lieu au dernier trimestre de l’année et sera suivie automatiquement du lancement d’un appel à candidatures pour occuper le poste vacant de directeur général du CCM, qui devrait aboutir aussi avant décembre 2024.

Il rappelle qu’après l’adoption du projet de loi au Parlement, il faudra encore attendre plusieurs mois avant sa publication au journal officiel et la sortie du décret d’application.

En d’autres termes, le CCM devrait avoir un nouveau directeur général en même temps que l’opérationnalisation de sa réforme qui, selon le ministre, aura lieu début 2025.