Un second tour surprise des élections législatives françaises ! Les cartes sont désormais redistribuées après l’arrivée en tête du bloc de gauche au moment où la droite était nettement favorite lors du premier tour.
L’alliance de la gauche, rassemblée sous la bannière du Nouveau Front Populaire, est arrivée en tête du second tour des élections législatives anticipées avec 182 sièges à l’Assemblée nationale française, selon les résultats définitifs du scrutin publiés ce lundi par le ministère de l’Intérieur. Le camp présidentiel, sous la bannière d’Ensemble, et le Rassemblement national (extrême droite) et ses alliés récoltent respectivement 168 et 143 sièges.
Ce scrutin plonge toutefois la France dans le flou en l’absence d’une majorité claire, puisque toutes les formations n’ont pu atteindre, seules, les 289 députés nécessaires à la majorité absolue.
Dans la soirée du dimanche 7 juillet, le premier ministre Gabriel Attal a annoncé qu’il présenterait sa démission au président de la République dès lundi. Emmanuel Macron lui a demandé de rester en poste « pour le moment » afin « d’assurer la stabilité du pays », selon l’Elysée.
Analyse de ce branle-bas politique et ses implications pour le Maroc avec notre consultant et analyste diplomatique Ahmed Faouzi.
De nouvelles réalités se profilent à l’issue du deuxième tour
« Le deuxième tour des élections législatives en France laisse percevoir de nouvelles réalités dont nous devons tenir compte. La première est que l’extrême droite et le Rassemblement national (RN) n’ont pas obtenu la majorité absolue qui leur permet de gouverner confortablement et de s’imposer à la Macronie. Deuxièmement, le Nouveau Front Populaire (NFP), réunissant la gauche française, s’est fait reconnaître comme première force du pays sans avoir obtenu non plus une majorité confortable pour constituer un gouvernement homogène et appliquer le programme que leurs partis ont promis aux Français. Autre point à retenir, la coalition Ensemble et la Macronie ont enregistré un recul, ce qui ne leur permet pas à la coalition de gouverner toute seule », explique Ahmed Faouzi.
« En ce moment de la vie politique, l’initiative de dissoudre le Parlement a été critiquée à droite et à gauche comment étant hâtive et irréfléchie de la part de Macron. Tous les regards sont maintenant braqués sur le président français qui doit choisir un nouveau Premier ministre à la veille des Jeux olympiques qui vont avoir lieu en France, et dont il faut assurer le bon déroulement », enchaîne l’ancien ambassadeur.
Le danger de l’extrême droite écarté, mais une majorité claire s’impose
Le deuxième tour des élections législatives a évité au pays l’arrivée d’une extrême droite qui allait marginaliser davantage la France, en Europe comme en Afrique francophone où plusieurs pays ont commencé à prendre leurs distances avec Paris, estime notre interlocuteur.
« Bien que le danger de l’extrême droite ait été écarté, aucun des trois blocs ne semble en mesure de gouverner tout seul ou de trouver des partenaires pour mener une politique commune et cohérente. Les Français, qui ont voté massivement au deuxième tour, savent que le pays est dans l’impasse. Ils n’ont pas voté pour un programme donné, mais plus contre le RN qu’ils considèrent comme un grand risque pour le pays », souligne notre consultant.
« Ces groupements politiques ont des programmes différents et parfois antinomiques. Ce qui semble néanmoins sûr pour le moment, c’est que ni le NFP ni Ensemble ou la Macronie ne veulent s’allier au Rassemblement national. Ce dernier avait affirmé à l’avance qu’il ne gouvernerait que s’il obtenait la majorité absolue pour imposer son programme au camp présidentiel ».
Et d’ajouter : « La seule probabilité qui reste est donc une alliance entre le NFP et le camp présidentiel, mais une question lancinante se pose : sur quel programme vont-ils se mettre d’accord alors qu’ils s’opposent sur plusieurs questions, notamment sur la politique économique, la retraite, l’immigration ou encore sur la question de la Palestine? Les enjeux d’une coalition entre la Macronie et le Nouveau Front Populaire résident en effet dans la nécessité de s’entendre sur ces sujets-là ».
Un blocage institutionnel impactera la politique étrangère française
Faute de majorité claire, la France peut faire face à un blocage institutionnel qui aura un impact sur les plans intérieur comme international, note Ahmed Faouzi.
« Vu du Maroc, ce qui nous intéresse, c’est de savoir qui sera le Premier ministre et chef de la nouvelle majorité, puis, aussi, la personne qui sera à la tête de la diplomatie française. Est-ce Stéphane Séjourné ou quelqu’un d’autre ? La cohabitation à ce niveau serait délicate. On se rappelle, quand Jordan Bardella déclarait qu’il ne remettrait pas en question les engagements internationaux de la France, Marine le Pen a rectifié en affirmant, qu’en cas de victoire, elle n’hésiterait pas à engager un bras de fer avec le président et chef des armées ».
« C’est cela qu’il faut craindre pour la nouvelle orientation de la diplomatie du pays en cas de cohabitation, à l’instar de celle de la période 1986-1988 entre François Mitterrand et Jaques Chirac qui menaient une lutte fratricide sur le plan international. Cette lutte avait à l’époque terni l’image de la diplomatie française », conclut-il.