Lors d’une réunion avec les représentants de la profession du secteur agricole, consacrée à la problématique de gestion des ressources hydriques et à la préparation de la prochaine campagne agricole, le ministère de l’Agriculture a dressé, ce lundi 17 juillet, l’état des lieux de la campagne 2023-2024 et a présenté ses prévisions pour la prochaine campagne.
Selon les données du ministère de tutelle, la campagne agricole actuelle est marquée par un déficit hydrique « sévère ». Au 14 juillet 2024, le cumul pluviométrique national est de 240 mm, en baisse de 34% par rapport à une campagne normale (362 mm) et de 3% par rapport à la campagne précédente à la même date (247 mm). Le taux de remplissage des barrages à usage agricole à l’échelle nationale avoisine 29% de leur capacité (4.025 Mm3), contre 30% lors de la campagne précédente à la même date.
Le retard des pluies ayant marqué la campagne agricole actuelle a entraîné une sécheresse longue au début de la campagne, ce qui a affecté les semis des cultures d’automne. La superficie semée en céréales principales au titre de cette campagne est de 2,47 millions d’hectares contre 3,67 millions d’ha en 2022-2023, soit une baisse de 33%. La superficie récoltable est estimée à 1,85 millions d’ha, soit près de 75% de la superficie semée.
Avec un rendement moyen prévisionnel au niveau national de 16,9 q/ha, la production prévisionnelle des trois céréales principales au titre de la campagne est estimée à 31,2 Mq contre 55,1 Mq en 2022-2023, en baisse de 43% par rapport à la campagne précédente.
Par espèce, la production prévisionnelle est comme suit :
– 17,5 Mq pour le blé tendre ;
– 7,1 Mq pour le blé dur ;
– 6,6 Mq pour l’orge.
Baisse de la superficie des légumineuses de 35%
Les légumineuses occupent environ 109.140 ha, dont 10% en irrigué, en baisse de 35% par rapport à la campagne précédente à la même date (167.490 ha) et de 27% par rapport à une année normale (150.000 ha). Les principales espèces cultivées sont les fèves (62%), les petits pois (22%) et les lentilles (14%).
Les précipitations enregistrées au cours du mois de mars ont permis l’installation des cultures de printemps, notamment le pois chiche, le maïs grain, le tournesol, le haricot sec et les cultures maraîchères. Les réalisations des grandes cultures de printemps sont de l’ordre de 147.040 ha, soit 91% du programme (160.970 ha).
Les cultures sucrières affectées par le manque d’eau d’irrigation
Concernant les cultures sucrières, la superficie semée en betterave à sucre est de 22.672 ha, soit 42% du programme. Ce faible taux de réalisation est dû essentiellement à la non-disponibilité en eau d’irrigation dans les bassins de Doukkala, du Tadla et de la Moulouya. Pour la canne à sucre, la superficie plantée en automne s’élève à près de 1.055 ha, soit 35% du programme (3.000 ha). La production prévisionnelle de la betterave à sucre est estimée à 1,5 Mt et celle de la canne à sucre à 330.000 t.
Pour les cultures maraîchères, les réalisations portent sur une superficie totale de 249.000 ha, répartie sur les quatre saisons, de l’automne 2023 à l’été 2024 (avec les prévisions estimées pour l’été). Cette superficie engendre une production globale d’environ 8,4 Mt, permettant de couvrir les besoins de consommation du marché local et les exportations en période estivale et automnale 2024. La production de la tomate d’été, issue de la région de Souss-Massa, assurera une production s’étalant jusqu’à fin mai 2025.
7,67 millions de quintaux d’orge subventionnée
Concernant la composante sauvegarde du cheptel du programme de réduction de l’impact du déficit pluviométrique, la quantité distribuée s’élève à 7,67 Mq d’orge subventionnée à un prix de cession de 200 DH/q, au profit de 492.000 bénéficiaires.
Concernant les aliments composés, 3,27 Mq ont été distribués au profit de 309.000 éleveurs de bovins laitiers, au prix subventionné de 250 DH/q.
Voici les prévisions pour la prochaine campagne
Le programme prévisionnel des cultures d’automne sera mis en place en tenant compte des disponibilités hydriques dans les zones pluviales. Il prévoit également 4,36 millions d’ha de céréales, près de 545.900 ha de cultures fourragères, près de 300.000 ha de légumineuses alimentaires et 105.860 ha de maraîchage d’automne.
La réalisation de ce programme prévisionnel dépendra des conditions climatiques et de la disponibilité de l’eau d’irrigation.
Le soutien des semences intégrera de nouvelles espèces
En vue de la prochaine campagne agricole 2024-2025, le ministère prend une série de mesures. Concernant les semences, le gouvernement poursuivra le soutien des semences céréalières certifiées d’environ 40% pour maintenir les prix à des niveaux abordables pour les agriculteurs, et intégrera de nouvelles espèces, notamment de légumineuses et fourrages. Ainsi, il est prévu, au titre de la prochaine campagne, de mobiliser 1,26 Mq de semences certifiées de céréales à des prix incitatifs et subventionnés.
S’agissant des engrais, il est prévu l’approvisionnement du marché à hauteur de 650.000 t d’engrais phosphatés, au prix de la campagne précédente.
Pour les engrais azotés qui sont importés, la subvention sera maintenue à hauteur de 40% à 45%, pour une quantité programmée de 5 Mq. L’octroi d’aides aux analyses de laboratoire (sols, eaux et plantes) sera maintenu pour encourager la pratique d’une fertilisation raisonnée.