Près de trois ans après son arrivée au ministère, Ryad Mezzour fait le point, dans cette conversation avec Médias24, sur des sujets clés attendus par les Marocains. Quelle stratégie industrielle ambitieuse pour un Maroc en mutation ? Quel est l’état de l’emploi et quelles solutions pour le rural confronté au défi de la sécheresse ? Quel est l’état d’avancement de la Banque de projets et quelle place pour les Marocains dans l’investissement dans la région de Tanger ?

Le ministre nous livre les clés de compréhension de la situation et de la mise en œuvre de la politique gouvernementale.

Il y a une nécessité de modernisation des circuits de distribution, d’abord pour la sécurité et la traçabilité des produits alimentaire

Médias24 : Nous allons d’abord commencer par le commerce. Dès qu’il y a un peu d’inflation, on évoque des réseaux de distribution, des intermédiaires sur les prix qu’on ne maîtrise pas vraiment… Qu’en est-il exactement ?

Ryad Mezzour : Il y a eu des augmentations très importantes ces dernières années en raison de différents facteurs notamment exogènes, dus à l’évolution du prix de l’énergie au niveau mondial, mais aussi certains facteurs internes, entre autres climatiques, avec le déficit de pluviométrie qui a fait que certains produits alimentaires ont connu une flambée assez importante.

Est-ce que cette augmentation des prix est due aux intermédiaires ? Dans le commerce, il y a toujours eu l’intermédiation, il y a toujours eu dans certains cas, très rares, des intermédiaires qui profitent d’une situation, qui surstockent, etc. pour pouvoir alimenter le marché à ce qu’ils considèrent être le prix le plus profitable pour eux. Comme nous avons traité cela ces dernières années, notamment dans les produits de première nécessité et des produits alimentaires, nous avons eu une surveillance très précise de ces comportements, des écarts entre les prix producteurs et les prix consommateurs.

Par exemple, la différence de prix à l’abattoir d’un kg de viande par rapport au prix chez le boucher était historiquement autour de 8 dirhams. À un moment, cela a augmenté jusqu’à 15 dirhams, et on a agi très rapidement pour atténuer cet effet auprès des opérateurs.

Mais d’une manière générale aujourd’hui, on accuse souvent le circuit d’intermédiation d’être un circuit où il y a beaucoup de déperdition, beaucoup de marges, de multiples intermédiaires qui démultiplient les marges. In fine, on se rend compte qu’en optimisant 20% de marges d’intermédiation, ce sont 3% à 5% du prix à gagner. D’un autre côté, on veut moderniser cette intermédiation, et donc on récupérera ces 3% à 5%, voire plus. Donc en modernisant, je ne suis pas sûr qu’on gagne en pouvoir d’achat.

– Mais vous êtes en train de moderniser, vous avez des projets…

– Bien sûr, il y a une nécessité de modernisation d’abord pour la sécurité et la traçabilité des produits alimentaires. C’est extrêmement important, donc évidemment, on travaille à moderniser et à adapter l’intermédiation aux nouveau besoins des consommateurs.

– Vous avez dit qu’à certains moments, il y avait eu des hausses de prix pour des raisons exogènes parce que les intrants des demi-produits étaient plus élevés et avaient fortement augmenté à l’étranger. Prenons l’exemple d’un industriel ou d’un producteur marocain qui travaille pour le marché local et qui importe une partie des produits. Nous avons constaté, au cours des 9 ou 12 derniers mois avec les indices du HCP et selon nos calculs, qu’il y a eu une baisse des intrants des demi-produits importés de 10% environ. Mais les prix des produits du Maroc n’ont pas baissé pour autant, peut-être dans certains cas de 0,5%…

– Il y a trois effets par rapport à ça. D’abord, nous sommes dans un marché libre pour la plupart des produits, où il y a rencontre de l’offre et de la demande. C’est comme ça que les prix se fixent. Deuxièmement, ces effets-là se corrigent dans le temps, ce n’est pas parce qu’il y a une baisse des cours qu’il y a automatiquement une baisse des prix. Les intrants d’aujourd’hui sont les produits d’ici six mois à un an. Donc cela prend un certain temps à être répercuté et ajusté dans le mécanisme d’offre et de la demande. Prenons l’exemple des huiles. C’est quelque chose que l’on surveille de très près, car c’est un produit essentiel pour la consommation des Marocains et cela prend un certain temps pour monter et pour descendre.

Troisièmement, et toujours dans cette liberté des prix, il y a certaines entreprises qui ont beaucoup souffert car elles n’ont pas tout de suite impacté l’augmentation des prix ou elles ont baissé en termes de chiffres d’affaires. Elles se retrouvent donc dans des situations où elles se disent : ‘J’ai réussi à obtenir un prix psychologique’ – par exemple dans l’agroalimentaire, vous connaissez le prix psychologique d’un dirham –, elles ont réussi à monter à 1,50, voire 2 ou 2,50 dirhams ces produits-là. C’était une barrière psychologique qu’elles n’arrivaient pas à franchir depuis vingt ans en termes de consommation, et elles l’ont finalement franchie et ne sont pas près de revenir là-dessus.

Il y a donc des comportements marketing, une liberté des prix avec une rencontre de l’offre et de la demande et un écart d’impact entre le cours des intrants et les produits.

Il y a des opérateurs économiques qui défendent leurs intérêts, qu’ils soient importateurs ou producteurs ; et parfois ces intérêts s’affrontent

– Allons progressivement vers l’industrie. On va parler de souveraineté industrielle, on en parle depuis la Covid, il y a eu les Instructions Royales qui étaient claires ; qui dit stratégie industrielle dit politique de substitution aux importations, et dit encouragement à l’exportation. Y a-t-il un lobby d’importateurs au Maroc ?

– Je ne qualifierais pas ça de lobby mais plutôt d’opérateurs économiques qui défendent leurs intérêts, qu’ils soient importateurs ou producteurs. Et parfois ces intérêts s’affrontent, et le rôle politique ou le rôle d’animateur de la stratégie publique est d’équilibrer pour le meilleur intérêt du pays, quand c’est possible, et avec les instruments autorisés.

Alors oui, il y a des gens qui importent des choses et il y a des gens qui les produisent. Ces derniers veulent être protégés de ces importations. Mais il y a des règles internationales, notamment de l’OMC, les accords commerciaux et de libre-échange que nous avons avec les pays partenaires et, dans ce cadre, nous faisons au mieux pour que l’activité économique génère le plus de valeur à l’intérieur du pays et le plus d’emplois, puisque c’est la mère de toutes les batailles.

Nous avons travaillé la stratégie industrielle, nous avons mené des consultations, nous avons une copie qui est en discussion et en négociation budgétaire.

– Parfois, cela crée des situations difficiles, par exemple en matière de défense commerciale…

– Bien sûr, c’est 20% de mon temps ! Je vais vous donner un exemple sur la sidérurgie, la métallurgie, le plastique ou encore le ciment… Ce sont des chaînes de valeur, et dans chaque chaîne de valeur, il y a des producteurs qui ont des débouchés qu’ils veulent voir protégés, notamment au niveau local, et les transformateurs dans la prochaine étape voudraient avoir la liberté de s’approvisionner à des prix compétitifs.

Je vous donne un exemple dans le plastique. Aujourd’hui on a un producteur de PVC assez connu à Mohammédia dont je ne vais pas citer le nom. Derrière, il y a des producteurs de tubes d’arrosage ou de matériau plastique dont on a besoin pour les voitures, etc. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Le producteur de tubes nous dit : ‘Moi je veux avoir la possibilité d’amener du PVC de partout et de faire jouer la concurrence mondiale’. Le producteur de PVC nous dit : ‘Oui, mais moi j’ai de la concurrence déloyale qui vient de tel et tel pays, parce qu’ils me font du marginal, du dumping il faut que vous me protégiez pour que je puisse moi-même survivre, car lorsque je veux l’envoyer ailleurs on m’empêche de faire rentrer ma matière’. Après le producteur de tubes me dit : ‘Oui, mais si je n’ai pas ce PVC à ce prix-là, tu autorises l’importation de tubes qui sont plus compétitifs que les miens’.

Donc on essaye de régler ces équations au mieux pour préserver l’emploi du producteur initial de matière et du transformateur, et de garantir la meilleure compétitivité possible sur toute la chaîne de valeur pour que l’utilisateur final local ne se retrouve pas lésé. Ce sont donc des équations multiples et des équilibres qu’on recherche en permanence.

– On va passer à la stratégie industrielle, on vous attend là-dessus…

– Nous avons travaillé, nous avons mené des consultations, nous avons une copie qui est en discussion et en négociation budgétaire. C’est une politique très ambitieuse qui demande beaucoup de moyens pour pouvoir être en mesure de la soumettre à Sa Majesté, qui nous donnera de plus amples orientations pour la mettre en place.

– Quand pensez-vous finaliser ce premier jet ?

– Je pense que nous sommes quasiment au sprint final du côté de la préparation. Après nous serons challengés, et nous nous adapterons. C’est une copie très ambitieuse, mais je suis convaincu qu’on nous demandera d’aller encore plus loin.Notre pays a atteint une maturité qui lui permet de développer des stratégies industrielles régionalisées, avec des choix et des objectifs faits au niveau des régions 

– Pouvez-vous nous en dire davantage ?

– Vous connaissez les orientations de Sa Majesté par rapport à cette stratégie. D’abord son titre, et son vecteur qu’est la souveraineté. D’abord, la souveraineté comme finalité. Ça veut dire aller au-delà de ce que nous avons fait durant ces vingt dernières années sous le pilotage effectif de Sa Majesté en termes de développement industriel, où l’on voit des résultats assez exceptionnels qui ont été atteints. Aujourd’hui 85% de nos exportations de biens sont des produits transformés, c’est extrêmement intéressant ; des stratégies ont été construites sur des opportunités de marché. Puis Sa Majesté nous a demandé d’ajouter une nouvelle opportunité de marché qui est de répondre à nos propres besoins et d’y mettre les moyens.

Deuxièmement, la souveraineté comme moyen. Cela veut dire utiliser les politiques de souveraineté qui se font autour de nous pour contribuer à y répondre. Vous savez comme moi qu’au niveau de nos principaux partenaires, il y a des politiques de souveraineté qui nécessitent d’avoir plusieurs sources d’approvisionnement, c’est le multi-shoring qui s’appuie aussi sur le near-shoring, sur des partenaires plus proches et plus fiables et d’utiliser cette approche-là de renforcement de souveraineté de nos partenaires comme un moyen de développer notre industrie. On s’inscrit donc parfaitement là-dedans, en continuant sur notre lancée, en nous appuyant sur les nouvelles tendances au niveau mondial liées à la décarbonation, notamment de l’automobile où nous sommes entrés de plain-pied dans des chaînes de valeur très intéressantes, et évidemment en développant de nouveaux projets pour répondre aux besoins de nos concitoyens de notre continent et aux besoins de nos partenaires.

Tout cela avec une approche aujourd’hui différenciée, c’est-à-dire que notre pays a atteint une maturité qui lui permet de développer des stratégies industrielles régionalisées avec des choix faits au niveau des régions et des objectifs fixés au niveau des régions.

– Ce sont donc les grandes lignes ou les principales innovations…

– Les principales inflexions et évidemment toujours l’objectif ultime, c’est l’emploi.

– Cela nécessite un changement de mindset aussi ?

– Non pas un changement de mindset, parce que je pense que nous avons acquis une maturité industrielle assez intéressante. Cela nécessite d’ajouter une nouvelle perspective, de répondre à nos propres besoins, de se faire confiance… Sa Majesté a prononcé une phrase qui a marqué l’histoire : « L’Afrique doit faire confiance à l’Afrique ». Eh bien nous allons commencer par « le Maroc doit faire confiance au Maroc ».

– La situation actuelle rappelle le cycle qu’on a connu dans les années 1960-1970. Dans les années 60 nous avons mené une politique de substitution aux importations, c’est un peu ce que vous faites avec votre Banque de projets. Dans les années 70, nous avions une politique de promotion des exportations, puis c’est devenu autre chose. Voyez-vous un parallèle ? Qu’en pensez-vous ?

– Tout à fait, on s’est inspiré des stratégies des années 70 pour la nouvelle ère industrielle qui date aujourd’hui d’une vingtaine d’année. On retrouve beaucoup de choses d’ailleurs pas seulement dans l’industrie, mais aussi au niveau économique et les stratégies touristiques de l’époque.

Même la stratégie phosphatière, on retrouve beaucoup de dynamique qui avait été initiée dans les années 70 et qui a dû être interrompue par les deux crises pétrolières et par la sécheresse du début des années 80 avant l’arrivée du PAS, qu’on a remis au goût du jour avec des investissements massifs dans les infrastructures, avec l’ouverture de cette porte vers le monde dans laquelle nous avons le plaisir et l’honneur de mener ce dialogue aujourd’hui [Port Tanger Med, ndrl], qui nous a vraiment donné un souffle pour pouvoir renforcer notre connectivité et compétitivité logistique, et donc industrielle.

Nous sommes partis en apprenant des leçons du passé, en menant des politiques complètes, cohérentes et en maintenant nos équilibres financiers, parce que c’était une nécessité pour poursuivre cette stratégie sur le long terme ; et on voit vingt ans plus tard les fruits que cela donne.

– J’ai eu l’occasion, il y a quelque temps, de consulter vos tableaux de bord. J’ai d’ailleurs été frappée par les chiffres intéressants, mis à jour constamment et en temps réel. Où en êtes-vous dans tous les domaines ?

– Il nous faudrait trois jours pour aborder tout cela… Mais prenons d’abord la Banque de projets. Aujourd’hui, nous sommes à 1.752 projets recevables de septembre 2020 au 15 juillet 2024, qui devraient, quand on est à plein régime, créer 162.409 emplois directs et 243.614 emploi indirects.

– Petite parenthèse, depuis 2020, certains de ces projets ont été lancés ? Sur ces 162.409 emplois combien ont été créés ?

– Depuis le début du mandat, soit le 7 octobre 2021, nous sommes autour de 115.000 emplois créés dans l’industrie (CNSS), et nous sommes à mi-chemin du mandat. Donc, quand on a fait le bilan pour savoir si l’on maintient notre objectif de 400.000 emplois, alors que nous avons un retard de 85.000,  vu le pipe que nous avons, je n’ai pas hésité à dire que l’on maintient.

L’emploi est au cœur de cette politique publique que je mène au niveau de ce ministère. Au niveau des investissements, on est aujourd’hui à 110 milliards de dirhams dans cette enveloppe de 1.752 projets. En termes de chiffre d’affaires orienté soit de substitution soit à l’export, c’est-à-dire l’ensemble de ces projets, vont substituer à peu près 91 milliards de DH et exporter 85 milliards de DH.

Alors je précise, substitution ne veut pas dire balance commerciale, parce que ces projets ont une valeur ajoutée de 25%, 30%, 35%, 40%. Donc par exemple, la partie énergétique dedans est une partie importée pour la transformation. Concernant la répartition par entreprise, les grandes entreprises sont au nombre de 174 dans ce package, qui vont créer 52.000 emplois sur les 162.409 directs, donc un bon tiers des emplois ; la PME ce sont 90.000 emplois dans ce package, c’est 1.144 projets ; et la TPE, ce sont 434 projets et 19.127 emplois.

Petit chiffre qui pourrait vous intéresser également, c’est l’origine du capital. 86% du capital de ces projets est marocain, 6,2% des projets sont à capitaux mixtes et 6,1% sont des IDE.

– Vous avez parlé de capitaux marocains, est-ce que c’est le cas dans toutes les régions du Maroc ? Qu’en est-il de Tanger ?

– Au niveau de l’industrie à Tanger, 75% des projets sont à capitaux étrangers. Car ici, le gros boom de ces dernières années, c’est l’automobile. Et ce sont donc d’abord des constructeurs étrangers, et ensuite des fournisseurs de rang 1 et de rang 2 souvent internationaux certifiés. On est donc en train de travailler pour attirer au fur et à mesure des capitaux marocains, mais ça se compte sur les doigts des deux mains.

– L’un des atouts de Tanger c’est aussi la disponibilité en zone franche ; est-ce qu’il n’y a pas une inégalité entre les Marocains et les étrangers ?

– Non, il y a une inégalité peut-être dans le dimensionnement. Aujourd’hui, on offre les mêmes avantages, il n’y a pas de différenciation. Après c’est vrai qu’il y a des personnes que nous sommes allés chercher et on s’est battus pour les avoir, pour être une locomotive, pour avoir l’opportunité de créer cette industrie-là.

Amener un constructeur à l’époque, ce n’était pas une évidence… avec quoi ? Qu’allez-vous faire ? Combien d’équipementiers avez-vous ? Vos ressources humaines valent quoi ? Pour ramener un constructeur, il fallait tout mettre sur la table. Au fur et à mesure, cela s’est détendu. Quels que soient les capitaux, on a fait nos preuves, on a démontré qu’on pouvait produire des choses. Alors sur le dimensionnement oui, peut-être qu’on avait fait des lots un peu trop grands, etc.Notre objectif est de faire doubler de taille notre économie. C’est de la croissance, de l’investissement, une bataille qui doit descendre jusqu’à la micro-entreprise

– Peut-être aussi qu’au niveau de la douane, de l’Office des changes, des formalités c’est plus simple quand on est dans ces zones-là…

– Mais les Marocains peuvent accéder à ces zones, et tout le monde est soumis à des autorisations. L’accès à ces zones se décident en CRUI, en fonction de la qualité de l’investissement. Il y a donc des critères. Quand on vient dans ces zones, on vient pour exporter. Si on vient pour approvisionner le marché local ,ce n’est pas dans ces zones qu’il faut venir. Alors oui, on n’a pas réussi à attirer beaucoup d’investisseurs marocains dans ces zones, mais il y en a.

– Faites-vous suffisamment d’efforts pour attirer les investissements marocains ?

– Non, ce n’est pas assez, car on ne crée pas suffisamment d’emplois, donc on ne fait pas encore suffisamment pour attirer les investisseurs qu’ils soient marocains ou étrangers, et on doit redoubler d’efforts car on doit doubler notre capacité à créer de l’emploi. Je ne serai donc jamais satisfait de ce que l’on fait, il faut toujours faire plus.

Je le dis donc fermement : un patron qui n’a pas pour plan de doubler son nombre d’employés d’ici 2030 doit penser à faire autre chose

– J’aimerais qu’on parle de la mère de toutes les batailles, les chiffres de l’emploi.

– Notre économie, quand tout va bien, qu’il n’y a pas de sécheresse, de crise inflationniste etc. est capable de créer entre 150.000 et 200.000 emplois. Aujourd’hui, en net, on a 120.000 personnes qui sortent du marché de l’emploi et environ 450.000 personnes qui arrivent.

En net, on doit créer entre 300.000 et 350.000 emplois par an. Donc, notre économie doit doubler de taille en emploi. En chiffre d’affaires, cela doit aller encore plus loin car ces emplois doivent être de meilleure qualité.

Donc notre objectif est de faire doubler de taille notre économie. C’est de la croissance, de l’investissement, une bataille qui doit descendre jusqu’à la micro-entreprise. C’est de l’innovation, j’appelle d’ailleurs chaque patron, y compris vous, à réfléchir à un moyen de doubler le nombre d’emploi d’ici 2030.

– On ne double pas le recrutement parce que le ministre nous l’a demandé, mais parce qu’il y a un marché, qu’on gagne de l’argent et parce qu’on a une loi anti-grève, un Code de travail qui assouplit…

– On peut trouver des excuses, dire que ce sont le pouvoirs publics qui n’ont pas fait ce qu’il fallait…. je veux bien travailler avec vous sur toutes les réformes du monde.

On vous a ouvert un marché de 2 milliards de consommateurs, parmi lesquels 700 millions ont des poches très profondes, on vous a mis des infrastructures de classe mondiale, nous avons le 4e port le plus performant au monde, on a investi très lourdement, il y a des opérateurs qui sont venus à partir de rien à une dizaine de kilomètres d’ici, et qui sont devenus en quinze ans le premier exportateur du pays.

L’industrie qui n’existait pas est devenue la première du pays. À Tanger, nous avons aujourd’hui 25% de l’emploi de l’industrie, je le dis donc fermement, un patron qui n’a pas pour plan de doubler son nombre d’employés d’ici 2030 doit penser à faire autre chose.

– Et l’emploi rural ? La baisse est mécanique en temps de sécheresse. On a perdu un million d’emplois ruraux en six ans…

– C’est pareil, cet emploi on l’a retrouvé ailleurs. Dans le rural, il y a aussi énormément de choses à faire, d’activités à proposer, à développer. Aujourd’hui, par exemple, ne serait-ce que dans le tourisme, dans plusieurs activités de transformation y compris de valorisation de produits du terroir, ne serait-ce que donner plus de valeur à ce que l’on produit. On l’a fait sur les phosphates, 90% de ce qu’on exporte en phosphate c’est du produit transformé. Il faut donner un label à nos aliments que ce ne soit plus une commodité. Il faut investir partout, il faut se lancer et se faire confiance, les outils sont là, les marchés sont ouverts, le pays regorge de richesses et d’intelligence et, en plus, on a prouvé qu’on pouvait tout faire aujourd’hui.

– Il y a un problème majeur dans le rural dont on ne parle pas suffisamment, c’est la transmission intergénérationnelle, car les exploitants vieillissent et les jeunes n’ont pas envie de rester…

– Un travail important a été fait, que l’on oublie de citer. Aujourd’hui, certaines terres sont mobilisées pour être réaffectées à des investisseurs, notamment dans le domaine agricole et dans le rural. On voit pas mal de projets émerger, portés par des jeunes qui veulent travailler la terre et proposer des produits du terroir de manière différente. Il y a des exemples de réussite assez intéressants.

– Pouvez-vous nous dire un mot sur cet appel à projets que vous venez de lancer pour les clusters ?

– Comme vous le savez, on accompagne différents groupements d’opérateurs dans divers secteurs. Par exemple si on prend l’énergie renouvelable, on a beaucoup de projets, mais on a aussi beaucoup de producteurs de pylônes, de pales, des installateurs, des régulateurs, et on met tout ce monde-là autour d’un cluster pour voir quelle valeur on peut créer, comment la localiser et comment remplir les bouts de chaîne que nous n’avons pas encore.

– Êtes-vous prêts à signer des contrats-programmes avec eux ?

– C’est ce que l’on fait chaque année !