Le changement climatique affecte de plus en plus les cycles de vie des cultures, notamment ceux de la pomme de terre, de la mandarine et de la framboise. Au cours de ces dernières années, leurs calendriers agricoles ont été modifiés de manière significative. Un constat qui se manifeste particulièrement lors des récoltes.

En cause, une hausse des températures, une réduction des ressources en eau, mais aussi des épisodes climatiques extrêmes, dont des canicules plus fréquentes et intenses. Les moyens pour s’en préserver ne sont pas légion.

Si tous les agriculteurs en souffrent, certains parviennent à s’adapter tant bien que mal en misant sur de nouvelles variétés résistantes au stress hydrique et en adoptant des innovations technologiques agricoles. Ces stratégies leur permettent de se prémunir contre les pertes de rendement qui compromettent leur production.

Cycle raccourci pour les céréales et la pomme de terre 

Selon une étude caractérisant l’impact du changement climatique sur les rendements des céréales dans plusieurs zones agricoles du Zaër, il s’avère que « la réponse physiologique de la culture à une augmentation de la température se traduit parfois par un raccourcissement de la durée de son cycle de développement, et donc par une baisse du rendement des cultures ».

Le raccourcissement de la durée du cycle de développement et son impact sur les rendements agricoles se manifestent également au niveau des cultures maraîchères – notamment pour la pomme de terre – qui occupent une superficie de 7.561 ha dans la région de Casablanca-Settat. 

Lorsque les conditions climatiques sont optimales, le cycle de développement de ce légume prisé sur le marché national et international s’étend de février à juillet dans la plaine de Berrechid. Cependant, la donne a changé ces dernières années.

« Lorsque les précipitations sont suffisantes en mars et avril, la pomme de terre n’est récoltée qu’à partir de début juillet, voire mi-juillet. Mais depuis trois ans, en raison du manque de précipitations et de la hausse des températures, elle arrive à maturité pour une récolte à la mi-juin. Cette réduction du cycle de production entraîne une baisse de rendement », nous explique une source professionnelle.

Des mandarines qui manquent de coloration 

Quelques centaines de kilomètres plus au sud, les vergers d’agrumes de la région de Souss-Massa subissent également les effets du changement climatique. Régions phares de production et d’exportations, les arbres agrumicoles occupent une superficie de 39.600 ha. Les exportations de certaines variétés précoces commencent généralement au mois d’octobre. Mais ce calendrier a été perturbé lors de la saison 2022-2023, entraînant un retard de quelques semaines dans la campagne d’exportation.

« La perception des agriculteurs indique un décalage des calendriers culturaux d’un mois, en particulier pour les agrumes, attribué principalement au décalage de la pluviométrie », confirme une analyse du ministère de l’Agriculture. En outre, l’année dernière, des événements climatiques extrêmes, notamment des épisodes caniculaires à répétition dans la région, ont eu un impact non seulement au moment de la floraison, mais aussi durant le cycle de développement des mandarines en particulier.

Ces épisodes nous ont été détaillés par un spécialiste de la filière agrumicole, qui officie dans la région de Souss-Massa : 

– Du 24 au 28 avril 2023 : Une première vague de chaleur est intervenue lors de la floraison, qui est le stade le plus sensible. Quand il y a de fortes températures, les arbres sacrifient en premier les fleurs. 

« Dans un premier temps, les producteurs ont vu le côté positif en pensant que les fleurs qui tombent permettront d’apporter un équilibre à l’arbre, car la floraison avait été très importante. Mais par la suite, au moment de la formation des fruits, nous avons remarqué une baisse du rendement ».

– Du 8 au 10 mai : Une seconde canicule s’est abattue sur la région du Souss, causant une chute des fruits. 

– Du 24 au 28 juin : Cette troisième vague de chaleur a eu pour conséquence la chute des fruits, et donc une baisse de rendement en perspective.   

– Du 9 au 26 août : Cette quatrième vague de chaleur, qui a duré près de deux semaines, a été marquée par un record de températures (51°C). Elle a freiné le développement des calibres et causé la chute de quelques fruits (variétés Nadorcott et Nour). 

– Du 1er au 17 octobre : Une cinquième vague de chaleur a été enregistrée. Elle a eu des effets négatifs sur la peau du fruit. Au début, la peau est épaisse. Mais plus le fruit se remplit de jus, plus la peau s’amincit. De fait, il y a des brûlures sur la peau du fruit à cause de la chaleur et des coups de soleil.

« La chaleur a eu aussi un effet négatif sur la coloration de la mandarine », nous explique notre source. « Il est nécessaire d’avoir des températures moyennes inférieures à 14°c afin de déclencher le processus de coloration. La récolte a donc été retardée avant que les producteurs aient recours au déverdissage [processus de température et d’humidité aboutissant à colorer les mandarines cueillies partiellement vertes, ndlr] ». 

Les fruits rouges ne sont pas épargnés non plus. Bien qu’ils soient produits sous serre, ils demeurent sensibles à la chaleur et au stress hydrique. Pendant le mois d’août 2023, les framboises ont particulièrement souffert de la canicule et des températures record qui se sont abattues sur le Souss, qui abrite 25% de la production nationale de fruits rouges. 

En temps normal, les framboises sont plantées au mois d’avril. La floraison débute deux mois plus tard, pendant le mois de juin. Le cycle de développement s’étend jusqu’en septembre, où les premières récoltes commencent. Or l’année dernière, la tempête de sable couplée à des chaleurs étouffantes ont eu raison de ces plantes. Pis, cela a eu une conséquence sur les récoltes, puisque les parcelles ayant subi des pertes de 10% à 15% ont enregistré un retard d’un mois. 

https://medias24.com/2024/07/08/calendrier-agricole-quand-le-rechauffement-climatique-seme-la-confusion/