Hausse des prix des véhicules, migration vers le marché de l’occasion et petits arrangements entre les autorités de tutelle et les distributeurs automobiles sont les principales implications de l’entrée en vigueur de la norme Euro 6b sur le marché national.

Dépollution

Tout a commencé en 2021 quand les autorités nationales ont adopté cette norme afin de s’aligner sur les standards européens en termes d’émission de gaz d’échappements divers. La mise en place de la norme a ainsi fait l’objet d’un arrêté du ministère avec une mise en œuvre prévue le 1er janvier 2024.

Entre-temps, les importateurs devaient liquider leurs stocks de véhicules de particuliers et les utilitaires légers qui ne répondaient pas à la norme. Toutefois, arrivés à échéance, les stocks n’étaient pas encore résorbés.

Selon une source professionnelle, les importations de véhicules ne répondant pas à la norme n’ont, de fait, pas cessé durant la période de moratoires. Et ce pour plusieurs raisons, notamment le gap entre les délais de commandes et ceux de livraison. L’autre point évoqué est celui de la différence de prix entre les véhicules qui ne répondent pas à cette norme et ceux conformes à la nouvelle norme. Les professionnels contactés parlent d’une différence de 8% à 10% en moyenne, alors que les prix des véhicules ont crû de plus de 20% après le Covid. Cette différence a fait que la demande pour les véhicules Euro 4 s’est maintenue et que les stocks ne se sont que faiblement résorbés.

Un accord avait été trouvé entre les autorités et les distributeurs automobiles pour prolonger le moratoire jusqu’au 1er juillet 2024 afin de résorber les stocks. Une fois la date butoir dépassée, les véhicules ne répondant pas à la norme Euro 6b ne pourraient être immatriculés. Selon une de nos sources, les opérateurs n’ont pas liquidé leurs stocks à ce jour, mais ils ont eu l’autorisation d’immatriculer tous les véhicules concernés avant même la vente au client final.

Les prix flambent

Une accommodation qui a donc permis de respecter les délais tout en continuant à vendre des véhicules de norme antérieure à Euro 6b. Pour ce faire, les autorités ont préalablement demandé un recensement exhaustif de tous les véhicules en stock afin de les identifier et de permettre leur immatriculation. « Ils vont être considérés comme des voitures d’occasion et vendus en tant que tels ou utilisés dans les flottes des concessionnaires. Il s’agit toutefois d’un nombre assez limité de véhicules », insiste une de nos sources.

Une autre conséquence, selon une autre source, est que tous les concessionnaires ont dû abandonner un à deux modèles de leur catalogue, car les constructeurs ont tout simplement sacrifié certains modèles essentiellement destinés aux marchés émergents d’Afrique ou d’Amérique Latine. Ce qui fait que le marché du neuf s’est déplacé de plus en plus vers du premium. Une tendance de fond qui devrait s’accentuer avec la multiplication des modèles de véhicules à énergies alternatives (hybrides ou électriques).

La problématique du prix des nouveaux véhicules a aussi eu une autre répercussion : celle de l’orientation du marché vers les voitures d’occasion ces dernières années. Une dynamique qui devrait reprendre de plus belle avec la conjoncture actuelle. Ainsi, selon les statistiques de l’Aivam, reprises de la Narsa et des douanes, l’importation de véhicules d’occasion s’est située à 12.690 unités en 2023 contre 11.486 en 2022. Soit une hausse de 10% d’une année à l’autre.

Les ventes de véhicules d’occasion (particuliers et utilitaires légers) ont, elles, concerné 565.619 unités en 2023 contre 624.819 en 2022, soit en baisse de 9,5% sur l’année. En 2019, avant l’augmentation massive des prix des véhicules aussi bien neufs que d’occasion, le marché du second hand enregistrait des ventes annuelles de 540.597 unités, alors que le marché du neuf réussissait à écouler 183.956 véhicules pour la même année. À partir de ces chiffres, on peut déduire une reprise beaucoup plus importante du marché de l’occasion en comparaison avec le neuf.

L’occasion et l’électrique low cost pour redémarrer le marché

Une dynamique qui devrait se maintenir puisque quasiment tous les concessionnaires ont créé une offre dédiée à ce segment, avec des marques spécifiques et des points de vente consacrés. Toutefois tous les professionnels contactés ne sont pas unanimes. « Les goulots d’étranglement qui agissent sur l’offre du marché de première main sont les mêmes qui sont présents sur le marché de l’occasion. Les importations sont assez faibles comparées à la demande, et ceux qui achètent des voitures neuves au Maroc devront bien les vendre à un prix qui reflète la valeur de l’achat du neuf », affirme l’un d’eux.

Pour beaucoup de professionnels, il faut s’attendre à un rush de voiture électriques ou hybrides de constructeurs non européens, beaucoup plus compétitifs. En effet, la plupart de l’offre existante aujourd’hui se positionne sur le premium avec des modèles qui se situent entre 350.000 DH et 800.000 DH pour des citadines ou des berlines milieu de gamme, les plaçant de fait dans le segment premium. Des montants très importants qui pourraient être bousculés par des modèles beaucoup plus accessibles, notamment de certains constructeurs chinois.

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