L’année dernière, la faible production de certaines cultures de consommation, dont la pomme de terre, avait contribué à une hausse significative des prix. Au point que les exportations avaient été temporairement suspendues pour répondre à la demande du marché national, à des tarifs abordables pour les consommateurs.
À l’époque, « le prix du kilo de pommes de terre atteignait jusqu’à 7 DH », indique à Médias24 Abdellatif Baajine, contrôleur des prix au marché de gros de Casablanca. Un tarif exorbitant qui avait provoqué la grogne des citoyens, tout en permettant à certains agriculteurs et intermédiaires d’engranger d’importants bénéfices.

Ces gains substantiels ont attisé la convoitise. « En février dernier, les producteurs de pommes de terre ont augmenté leur superficie cultivée. Ceux qui avaient l’habitude de semer deux hectares en ont semé dix, espérant que les prix de vente soient aussi élevés que lors de la précédente campagne », nous explique une source professionnelle.
« Mais comme plusieurs d’entre eux ont eu la même idée, ils se sont retrouvés dans une situation où la production a été si abondante qu’elle a dépassé la demande », explique notre source. D’après la Direction régionale de l’Agriculture de Casablanca-Settat, le programme d’assolement établi prévoyait 18.601 hectares de légumes d’automne, dont 3.230 ha de pommes de terre.
Sur le terrain, la superficie effectivement cultivée a atteint 7.561 ha, soit une hausse de 234%. Au-delà des tarifs pratiqués l’année dernière, les subventions accordées sur les semences par le ministère de l’Agriculture ont également incité davantage d’agriculteurs à se tourner vers les cultures de consommation. Les producteurs de pomme de terre certifiée ont bénéficié d’une subvention de 15.000 DH/ha.
« Nous avons également inclus les semences communes à hauteur de 80.000 DH, afin d’encourager les agriculteurs à semer (8.000 DH/ha), car 50% des semences de pomme de terre sont des semences communes, qui ne sont pas certifiées », précise le ministère de l’Agriculture. Selon la DRA de Casablanca-Settat, la superficie totale subventionnée est de l’ordre de 14.854 ha, pour un montant total des subventions d’environ 108 MDH, majoritairement destiné à la production de pomme de terre.
Jusqu’à 111.000 DH pour produire un hectare
L’ensemble de ces éléments a donc contribué à une production importante de pomme de terre dans la région de Casablanca-Settat. En conséquence, à la fin juin, au moment de la récolte, le prix de la pomme de terre a connu une baisse significative car la quantité produite dépassait la demande.
« Le kilo de pomme de terre a été vendu par les agriculteurs à seulement 1,5 DH pour limiter les dégâts. Récemment, le prix a augmenté pour retrouver des niveaux normaux, avec un minimum de 2,5 DH », affirme Abdellatif Baajine. Même s’il a connu une hausse au fil des semaines, ce prix de vente n’a pas été à la hauteur des attentes des agriculteurs.
Sachant que le kilo de pommes de terre coûte 2,5 DH à la production, de nombreux exploitants ont vendu à perte. Les plus chanceux ont à peine pu rentrer dans leurs frais. Quant à ceux qui avaient la capacité financière de stocker leurs marchandises, ils attendent toujours que le prix augmente.
« Une importante quantité de pommes de terre est toujours stockée dans les unités frigorifiques de la zone agricole de Berrechid. Les agriculteurs préfèrent patienter jusqu’à ce que les prix augmentent avant de vendre », nous explique une source professionnelle qui s’inquiète des répercussions de cet épisode sur la prochaine campagne agricole.
« Certains agriculteurs ont loué des terres à raison de 10.000 DH/ha, voire plus. En comptant l’ensemble des intrants agricoles, l’hectare de pomme de terre pouvait atteindre 110.000 DH à la production, pour un rendement maximal de 40 tonnes. Dès lors, ils ont perdu beaucoup d’argent. Cela risque de les dissuader de planter lors de la prochaine campagne ou au moins de réduire la superficie cultivée », prévient-il.