Les six années de sécheresse consécutives mettent à rude épreuve les oliviers dans les différents bassins de production. En dépit des mesures mises en place pour réduire l’impact des conditions climatiques défavorables sur la principale culture fruitière du pays, la rareté des précipitations et des ressources en eau pour l’irrigation laisse présager une baisse de la production.
« Cette année, la floraison ne s’est pas déroulée dans de bonnes conditions en raison de la sécheresse et du manque de journées froides. Puis en été, la chaleur et le chergui ont fait tomber les fruits », affirme à Médias24 Rachid Benali, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive (Interprolive).
C’est notamment le cas dans les régions de Fès-Meknès (389.000 ha) et de Marrakech-Safi (192.000 ha). Même constat dans les zones oléicoles de Béni Mellal-Khénifra, où les oliviers s’étendent sur une superficie de 102.500 ha. « De nombreux oliviers n’ont pas donné de fruits cette année. Il s’agit d’un mécanisme de survie actionné par l’arbre », confirme la Direction régionale de l’agriculture (DRA) de Béni Mellal-Khénifra.
Ci-dessus, les principales régions oélicoles au Maroc. Le tonnage est celui de la campagne 2019-2020, une année inférieure à la moyenne.
Les différentes actions entreprises par le ministère de l’Agriculture visent principalement à préserver les arbres. « Les irrigations à partir des lâchers d’eau des barrages servent uniquement à sauver les plantations », souligne Rachid Benali. Dans la province de Béni Mellal, « quatre lâchers d’eau ont été effectués cette année pour soutenir l’arboriculture, y compris les oliviers. Ces irrigations visent à aider les oliviers productifs mais surtout à garder en vie les arbres qui n’ont pas fleuri cette année« , précise la DRA de Béni Mellal-Khénifra.
En début d’année, la dotation agricole pour l’ensemble des filières à partir des barrages relevant du bassin hydraulique d’Oum Errabia était estimée à 56 millions de mètres cubes, selon la même source. Dans le détail, cette dotation se répartit ainsi :
– Barrage Bin El Ouidane : 40 millions de mètres cubes ;
– Barrage Ahmed El Hansali : 16 millions de mètres cubes.
Une aide précieuse, mais insuffisante. En cause, le tarissement des ressources en eau dans ce bassin en raison d’une sécheresse persistante. D’ailleurs, selon le ministère de l’Équipement et de l’Eau, le taux de remplissage des barrages relevant du bassin hydraulique d’Oum Errabia dépasse à peine 4 % (217,2 Mm3). Les ressources des nappes phréatiques ont également chuté drastiquement ces dernières années à cause de la surexploitation.
De fait, la production risque d’être en deçà des attentes. « Au cours des six dernières années, la production a chuté de 60 % par rapport à une année normale, passant de 220.000 tonnes à environ 100.000 tonnes. Si la sécheresse persiste, la production baissera encore, » déplore la DRA de Béni Mellal-Khénifra.
Toutefois, des précipitations en septembre et octobre pourraient limiter ce recul. « Dans le cas où des précipitations et des orages surviennent en septembre et en octobre, cela pourrait aider à obtenir une meilleure production que celle attendue, » poursuit la même source.
L’eau dessalée attendue avec impatience
Un scénario optimiste espéré avec fébrilité par les agriculteurs « qui se trouvent actuellement dans une situation catastrophique », regrette Rachid Benali, également à la tête de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER). Pour notre interlocuteur, la hausse des prix redoutée est en réalité une bouffée d’oxygène pour les exploitants agricoles.
« Une augmentation de 20 dirhams du prix de l’huile d’olive ne sera pas dramatique pour le citoyen marocain, qui consomme en moyenne 4 litres par an. Mais il faut penser à sauver l’agriculteur, car il est en train de disparaître, ce qui pourrait avoir de graves conséquences pour l’avenir de la filière », prévient notre interlocuteur, en faisant allusion à la perte d’attrait de ce secteur aux yeux des jeunes.
En attendant des années pluvieuses, le dessalement de l’eau de mer pourrait sauver non seulement les oliviers, mais aussi les agriculteurs qui en vivent. Les millions de mètres cubes qui seront produits annuellement par les différentes stations de dessalement qui verront le jour dans les années à venir, permettront de redynamiser directement ou indirectement les bassins de production oléicole.
« Le dessalement au niveau de l’Oriental servira à une irrigation directe des oliviers. La grande station en construction à Nador, avec une capacité de 350 millions de mètres cubes annuellement, permettra d’irriguer les oliviers de Berkane, Nador et de toutes les régions environnantes », assure Rachid Benali.
Concernant la station de dessalement de Casablanca, elle sera quant à elle indirectement bénéfique aux zones de production de la région de Béni Mellal-Khénifra.
« Ces dernières années, les difficultés d’approvisionnement en eau potable à Casablanca ont été notamment résolues grâce aux ressources en provenance du Bassin hydraulique d’Oum Errabia. Cette eau est normalement réservée à l’irrigation dans la région de Béni Mellal. Si la station de dessalement de Casablanca avait été opérationnelle, ces ressources auraient permis d’irriguer les zones agricoles de Béni Mellal, » conclut notre interlocuteur.
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