En 2018, le Maroc a signé un contrat pour l’acquisition de 162 chars Abrams à moderniser, auxquels s’ajoutent 10 autres unités destinées à servir de pièces de rechange et à la formation. Cependant, contrairement aux informations récemment relayées, cet achat n’a pas encore été finalisé.

Contacté par Médias24, Abdelhamid Harifi, analyste en questions de défense, explique que bien que le Maroc ait réservé ces chars, le processus d’acquisition reste en suspens en raison de plusieurs facteurs, dont des contraintes financières et la pandémie de Covid-19.

Des retards dus à des contraintes multiples

Selon M. Harifi, le Maroc n’a pas encore activé la modernisation de ces chars réservés, principalement à cause des retards induits par la pandémie de Covid-19 et des difficultés financières. De plus, le Maroc a exploré d’autres options pour renforcer son parc de chars, comme l’achat de T72-M à moderniser en République tchèque ou des Merkava Mk3 israéliens. Cependant, ces alternatives n’ont pas été concrétisées en raison des complications géopolitiques, notamment la guerre en Ukraine et les tensions autour de Gaza, qui ont immobilisé les ressources disponibles.

M. Harifi a également tenu à rappeler que le Maroc n’a pas envoyé de chars T72 en Ukraine, contrairement à ce qui a été rapporté par certains médias. Les discussions autour de l’acquisition de T72 ont été abandonnées pour laisser ces chars à l’Ukraine, mais cela ne signifie pas que le Maroc a transféré ses propres T72 à l’étranger.

Le standard M1A2 : une question encore ouverte

L’une des erreurs répandues concerne la modernisation des chars au standard M1A2. Harifi insiste sur le fait qu’il n’y a aucune confirmation que les chars marocains seront modernisés selon ce standard. En effet, la notification de l’achat par l’agence américaine DSCA en 2018 mentionnait plusieurs possibilités de modernisation, incluant le M1A1 Situational Awareness ou le M1A2. Cependant, le choix définitif n’a pas encore été fait, et personne, selon Harifi, ne détient cette information pour l’instant.

Ce qui est sûr, c’est que le Maroc a opté pour l’étude de moderniser ces chars immobilisés depuis 2018 dans le cadre du programme EDA au standard M1A2 SepV3. Cela nécessite une nouvelle notification au Congrès américain en raison du coût supplémentaire que cela engendrerait, étant donné que le SEP V3 est un standard très évolué avec des technologies avancées.

Une stratégie dictée par des priorités régionales et financières

L’importance de ces chars pour le Maroc ne peut être sous-estimée, surtout dans un contexte où la menace d’un conflit avec l’Algérie reste possible. Harifi souligne que le renforcement du parc de chars de combat au front demeure une priorité pour le Royaume. Cependant, en raison des engagements financiers importants, notamment ceux liés à l’organisation de la Coupe du Monde, le Maroc pourrait décider de temporiser cet achat.

Bien que l’acquisition des 172 chars soit toujours d’actualité, le Maroc doit jongler avec d’autres priorités, telles que la défense aérienne. Cela signifie que la modernisation des chars Abrams pourrait être reportée de quelques années, sans pour autant être annulée.

Harifi a également précisé que le Maroc dispose déjà d’une bonne partie de son parc de chars de combat, 200 chars Abrams et des chars T72, M60 ou encore le MBT2000, ce qui lui permet de temporiser sans compromettre ses capacités de défense immédiates.

Pour mieux comprendre l’enjeu de cette acquisition, il est essentiel de revenir au communiqué publié par la Defense Security Cooperation Agency (DSCA) américaine en novembre 2018. Le communiqué précisait que le Maroc avait demandé l’amélioration de 162 chars Abrams dans différentes configurations possibles, incluant un arsenal complet de mitrailleuses, de munitions, et de systèmes de communication et de protection avancés. Le coût estimé de ce programme s’élève à 1,259 milliard de dollars (environ 12 MMDH).

Ce programme vise à renforcer les capacités du Maroc en tant qu’allié majeur des États-Unis hors OTAN, sans pour autant modifier l’équilibre militaire dans la région. Cependant, comme l’a souligné Harifi, ce programme n’a pas encore été pleinement activé.