La stratégie agricole Génération Green mise sur les filières éco-responsables, dont l’amandier. Toutefois, la deuxième plus importante culture arboricole du pays par sa superficie (derrière l’olivier), n’est pas épargnée par la pénurie d’eau, en particulier dans les zones montagneuses. 

La superficie totale consacrée à la culture de l’amandier au Maroc est d’environ 230.000 hectares, générant une production supérieure à 170.000 tonnes d’amandes non décortiquées, selon les données de la FAO (2022). Ces chiffres positionnent le Maroc au 5e rang mondial des producteurs, derrière les États-Unis (1,8 million T), l’Australie (360.228 T), l’Espagne (245.990 T) et la Turquie (190.000 T). 

La production d’amandes au Maroc est dominée par les petites exploitations de moins de 1 hectare, représentant 80% des exploitations d’amandiers, y compris les variétés locales connues sous le nom de « Beldi ». Ces variétés commencent généralement leur floraison au début du mois de février et nécessitent au moins 400 mm de précipitations annuelles pour garantir une production dans les vergers traditionnels situés en zones montagneuses.

Les plantations modernes d’amandiers se trouvent principalement dans les provinces de Fès, Meknès, Béni Mellal, Azilal, Marrakech, Safi et Essaouira. Selon la Direction régionale de l’agriculture de Fès-Meknès, la région (environ 100.000 hectares) a produit 93.835 tonnes d’amandes en 2023.

Les amandiers de la région Fès-Meknès relativement épargnés

Dans ce bassin de production, l’amandier continue de faire preuve d’une grande résilience. « Cet arbre est capable de résister à la sécheresse grâce à son système racinaire en pivot (une racine principale profonde qui s’enfonce verticalement dans le sol, permettant à l’arbre d’accéder à l’eau en profondeur et de s’ancrer solidement, ndlr) », explique Mustapha Mrhari à Médias24.

Le chef de division des filières de production agricole à la Direction régionale de l’agriculture de Fès-Meknès souligne également que la résistance de cette espèce fruitière varie « en fonction de son emplacement, notamment si l’amandier se trouve sur un versant exposé au soleil. Le type de sol a aussi son importance ».

« Les zones bour sont généralement plus touchées par la sécheresse, reprend-il, mais dans la région de Fès-Meknès, les précipitations ont été favorables cette année, avec une moyenne de 300 mm, certaines zones ayant même reçu jusqu’à 500 mm. Par conséquent, les amandiers de la région ont été relativement épargnés par les effets de la sécheresse ». 

Bien qu’il soit sensible aux gelées de fin d’hiver, l’amandier montre une bonne adaptation au froid hivernal. Cette capacité à s’acclimater aux conditions pédoclimatiques variées explique sa présence sur les flancs de montagnes, notamment dans la province d’Azilal. Cependant, comme les oliviers, les amandiers sont confrontés à la raréfaction des ressources hydriques, ce qui a eu un impact significatif lors de la floraison. 

Le rendement en baisse

La sécheresse peut en effet réduire la croissance des amandiers et diminuer le rendement des récoltes en limitant la disponibilité de l’eau nécessaire à leur développement. La région de l’Oriental, qui est la deuxième plus grande zone de production d’amande du Royaume, subit également des vagues de sécheresse successives. Ces conditions climatiques difficiles ont un impact notable sur les amandiers depuis quelques années.

Un article publié l’année dernière dans la revue « GéoMaghreb », rédigé par le Laboratoire de dynamique des milieux arides de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Mohammed Ier, à Oujda, dresse un bilan du Projet de développement de la filière de l’amandier dans la région de l’Oriental (PROFAO).

Initié par la précédente stratégie agricole nationale, le Plan Maroc Vert, le PROFAO a bénéficié à 2.631 agriculteurs. Des vergers d’amandiers d’une superficie totale de 6.000 ha ont été plantés et 3 grandes unités de valorisation ont été mises en place, avec une capacité de concassage de 700 à 1.000 kg/h.

Néanmoins, le contexte hydro-climatique défavorable a eu un effet considérable sur les amandiers plantés. Le rendement des arbres du projet a fluctué entre 0,3 et 9 kg par arbre, n’atteignant pas l’objectif d’une moyenne de 2 kg par arbre. Dès lors, l’amélioration des techniques d’irrigation est une nécessité pour minimiser l’impact de la sécheresse sur les cultures d’amandiers.

En outre, l’Institut national de recherche agronomique (INRA) recommande la sélection d’un porte-greffe autochtone d’amandier performant, capable de tolérer la sécheresse et de produire des rendements intéressants en culture pluviale. Le porte-greffe désigne la partie d’un arbre, dans ce cas de figure un amandier, sur laquelle une autre variété d’amandier est greffée. Ainsi, le porte-greffe aide à faire pousser d’autres amandiers de manière plus efficace et productive, en fournissant un soutien racinaire essentiel à la partie greffée.

https://medias24.com/2024/06/25/conjoncture-amere-pour-les-producteurs-damandes-douces/