Les dépenses des voyages des Marocains ont connu une progression élevée de 2,4 MMDH entre 2023 et 2024. Elles sont passées de 16,9 MMDH sur les sept premiers mois de 2024 contre 14,5 MMDH sur la même période en 2023.

Qu’est-ce qui explique cette tendance haussière ? Médias24 a interrogé plusieurs agents de voyages.

« L’envie de voyager à l’étranger est devenue vitale chez les Marocains »

Sollicité par notre rédaction, Mohamed Semlali, qui préside la Fédération nationale des agences de voyages du Maroc (FNAVM), précise que la hausse des dépenses voyages englobe aussi bien les touristes nationaux à l’étranger que ceux qui font des études, des affaires ou vont se faire soigner dans d’autres pays.

« Ne disposant pas de la ventilation avec le nombre exact de chaque type de voyageurs, on peut quand même affirmer que, dans l’ensemble, les Marocains voyagent beaucoup plus par rapport au passé car leur situation économique ne cesse de s’améliorer depuis quelques années », estime le président de la FNAVM, pour qui les nationaux sont de plus en plus attirés par des destinations étrangères.

Et d’ajouter que sa profession fait face à une demande croissante pour des séjours en Asie depuis l’augmentation de la dotation touristique qui est passée de 45.000 à 100.000 dirhams par an.

« L’Espagne accueillera 2 millions de Marocains d’ici 2026 contre 1  million actuellement »

En particulier durant la saison estivale, ils sont, d’après notre source, de plus en plus nombreux à choisir la Costa del Sol espagnole, la Turquie ou l’Egypte qui proposent des promotions plus attractives que le Maroc, notamment pour les jeunes munis d’un visa Schengen qui achètent des billets sur des compagnies low-cost et logent dans de petits hôtels, voire des pensions à Madrid ou Barcelone.

Selon notre interlocuteur, l’Espagne accueille en effet déjà plus d’un million de touristes marocains par an, et ce chiffre devrait encore augmenter pour atteindre 2 millions d’ici 2026.

« Avec la facilitation des visas électroniques en Europe ou ailleurs, les dépenses de voyage sont appelées à continuer à augmenter dans les prochaines années », conclut Mohamed Semlali pour qui l’envie de découvrir d’autres pays ira croissante chez les nationaux.

« Une fenêtre s’est ouverte après la période du Covid, avec un changement de comportement »

Même lecture pour Khalid Benazzouz, président de la Fédération régionale des agences de voyages de Casablanca-Settat, qui estime qu’après la période du Covid, les Marocains veulent davantage profiter de la vie en découvrant d’autres pays et d’autres civilisations.

« De plus en plus, nos compatriotes ne pensent plus à économiser, ils veulent bien vivre, dépenser et donc voyager davantage, aussi bien dans leur pays qu’à l’étranger », déclare Khalid Benazzouz, en précisant que nombre d’entre eux, qui connaissent déjà leur pays, veulent changer de cap et découvrir d’autres horizons.

Ceux qui n’arrivent pas à décrocher un visa pour l’Europe sont nombreux à se rendre en Turquie, mais également dans des destinations lointaines comme la Thaïlande, la Malaisie, voire en Chine. Confirmant les propos de son confrère, Khalid Benazzouz avance que cette dynamique de hausse des dépenses de voyages devrait s’amplifier dans les prochaines années.

« La hausse des dépenses est aussi liée à l’inflation des billets d’avion »

Selon Hicham Kahimi, qui dirige une grande agence de voyages à Marrakech, l’augmentation des dépenses s’explique aussi par l’inflation galopante des frais de transport, notamment des billets d’avion à destination de l’Asie ou même de la Turquie.

« Cet élément est à prendre en considération, parce que les Marocains qui n’ont pas accès aux visas Schengen sont de plus en plus nombreux à se rabattre sur ces destinations qui nécessitent un budget de transport bien plus élevé qu’en 2020 », déclare le directeur de l’agence Apadana Travel en ajoutant que le prix de certains vols internationaux a augmenté de 40% à 50%.

En dehors de l’inflation des billets d’avion qui pourrait expliquer la hausse des dépenses, notre interlocuteur révèle qu’un nombre croissant de Marocains privilégient les croisières qui sont bien plus chères que les séjours classiques dans des hôtels à l’étranger.

« Certaines destinations étrangères sont moins chères que le Maroc »

Et d’ajouter que cette dynamique croissante de voyages à l’étranger est renforcée par le fait que nombre de nationaux estiment, à raison selon lui, que les pays voisins du Royaume comme l’Espagne et le Portugal offrent des prestations hôtelières beaucoup moins chères que le Maroc.

« Ceux qui disposent d’un visa préfèrent se rendre dans ces pays plutôt que de passer des vacances au Maroc où les prix explosent durant la saison estivale », conclut Hicham Kamihi, pour qui ces destinations constituent une concurrence non négligeable pour le tourisme national.