Suite à la dernière décision du parti Authenticité et de la modernité (PAM) visant à geler ses activités, Salaheddine Aboulghali est sous le feu des projecteurs. Connu pour son engagement politique au sein du parti depuis une quinzaine d’années, Salaheddine Aboulghali porte aussi une casquette de businessman, moins connue.

Médias24 s’est intéressé à son parcours et à son business qui vont du secteur des médias à ceux de la promotion immobilière, en passant par la restauration et ce dans une douzaine de sociétés identifiées par nos soins.

Il convient de préciser que l’intéressé, joint par Médias24, déclare s’être éloigné de la gestion “d’affaires privées”, sans entrer dans le détail.

En tout cas, c’est bien une transaction commerciale qui a conduit à la situation actuelle et conflictuelle entre lui et le parti du Tracteur. Même si, selon Salaheddine Aboulghali, cette affaire ne le concerne pas lui, mais son frère, Abdessamad, avec qui il a créé et dirigé de nombreuses sociétés notamment dans l’immobilier. Médias24 en a retrouvé sept sur douze sociétés appartenant ou ayant appartenu à Salaheddine Aboulghali et dans lesquelles son frère figure parmi les associés ou les dirigeants.

Sollicité par nos soins, Salaheddine Aboulghali assure que “cela fait plusieurs années” qu’il “ne gère pas d’affaires privées” et qu’il est “complètement consacré à la gestion de la chose publique et politique”.

Il indique que ses deux récents communiqués étaient “de nature à réagir à des informations fausses et insensées publiées contre [ma] personne. Sinon, c’est aux parties contractantes de s’exprimer sur leurs affaires privées si elles le souhaitaient”.

En tout cas, sa version est contredite par le PAM qui, lors d’une conférence de presse, assure que cette affaire commerciale est entachée de “soupçons d’escroquerie”, d’où la décision du Bureau politique visant à geler les activités de celui qui siège à la tête du parti aux côtés de Fatima Zahra El Mansouri et de Mehdi Bensaïd.

De plus, le Bureau politique du PAM n’évoque pas le frère de Salaheddine Aboulghali mais uniquement ce dernier. C’est lui qui, selon eux, est concerné par plusieurs plaintes que le bureau politique a reçues et qui ont conduit à cette décision.

Un débat juridique

La légitimité de cette décision fait débat entre les parties. D’un côté, Salaheddine Aboulghali invoque l’article 88 des statuts du parti, selon lequel seul le Conseil national est en mesure de trancher sur le gel de l’adhésion d’un membre de la présidence collégiale.

Pour lui, cette décision est en donc en violation avec les dispositions des statuts. Il estime que “la direction collégiale est régie par un principe d’indivisibilité. L’article 88 stipule que la révocation ou la suspension d’un membre de cette direction doit entraîner la dissolution de l’ensemble de la direction. Or, dans le cas d’espèce, seule son adhésion a été gelée, ce qui constitue une violation directe des statuts du parti”.

L’intéressé estime également que le bureau politique “n’a pas l’autorité de suspendre un membre de la direction collégiale. Seul le Conseil national est compétent pour prendre une telle décision, rendant ce gel de l’adhésion juridiquement nul”.

Par ailleurs, Salaheddine Aboulghali soulève certains points “discutables”, puisque les accusations à son encontre “semblent porter sur des litiges commerciaux privés, qui ne relèvent pas des dispositions disciplinaires prévues par les articles 13 et 14 du code de déontologie, lesquels se concentrent sur des délits relatifs à la gestion des affaires publiques”.

Du côté du PAM, il a été expliqué par Najwa Koukous, présidente du Conseil national, lors de la conférence de presse tenue le mercredi 11 septembre, que cette décision disciplinaire relevait des compétences du bureau politique.

Sa consoeur et co-militante au PAM, l’avocate Qouloub Feitah renvoie aux articles 106 du règlement intérieur du parti, 149 du statut fondamental et à l’intégralité de la charte d’éthique.

Le premier dispose que le Bureau politique peut adresser des avertissements et prendre la décision de geler l’adhésion de membres du parti dont les membres de la direction et des parlementaires. De plus, cet article indique que le Bureau politique transmet directement le dossier à la commission nationale d’éthique.

C’est ce qu’a affirmé Najwa Koukous lors de cette conférence de presse puisqu’elle a indiqué que “le Bureau politique a pris sa décision. Il reste encore celle du Conseil national, via la commission d’éthique qui va, à son tour, traiter le dossier”.

L’article 149 du statut de base du PAM dispose, quant à lui, que “le dispositif disciplinaire repose sur les actions (…) qui touchent au parti, son éthique et qui portent atteinte à ses membres et à sa réputation”. Ou bien, s’il s’agit d’actes “si graves qu’ils contredisent l’autorité constitutionnelle et les lois du Royaume”.

Dans ce sens et selon le même article, “les décisions disciplinaires rendues” par le bureau politique, “contre les auteurs de divers actes”, comme “des délits ou crimes selon la loi marocaine qui touchent au parti” ou encore le fait de “ne pas appliquer la charte d’éthique”, peuvent porter sur :

-“l’avertissement ou le gel des activités pour une durée ne dépassant pas six mois”;
-“le renvoi ou l’expulsion”;
-“l’interdiction de présenter une candidature au nom du parti lors des élections”;

Sachant que les sanctions sont plus sévères en cas de récidive.

Concernant la charte d’éthique du PAM, celle-ci rappelle dans plusieurs articles, notamment le troisième, que les membres du parti doivent être dotés de qualités spécifiques telle que “la transparence”, “la probité”, ou encore “la droiture”, tout en “s’engageant à respecter les lois et les règlements”.

Destiné à la politique

Sa carrière en politique était toute tracée compte tenu de son parcours universitaire tel que soigneusement détaillé sur son compte LinkedIn. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1999 à l’école américaine de Casablanca, Salaheddine Aboulghali s’est dirigé vers l’Université Lowell du Massachusetts où il a obtenu une licence en sciences politiques.

Par la suite, Salaheddine Aboulghali a enchaîné avec un Master en administration publique à l’Université de Perpignan, puis un master en administration publique et en relations internationales à l’Université Souissi de Rabat.

En 2016, il a commencé à donner des cours à l’Université Hassan II de Aïn Chock, à Casablanca, en tant qu’enseignant-visiteur, tel que mentionné sur son profil.

En tout cas, le choix de son cursus universitaire explique son implication en politique depuis une quinzaine d’années, durant lesquelles il a occupé plusieurs postes de responsabilité au sein du parti du Tracteur qu’il a représenté au sein de l’Hémicycle depuis 2011. En tant qu’élu de la circonscription de Médiouna dont il a été président du Conseil provincial et dont il préside toujours la commune.

Avant d’être élu à la présidence collégiale du PAM en février dernier, Salaheddine Aboulghali a été désigné premier vice-président du Conseil du groupement des collectivités territoriales de Casablanca – Settat pour la distribution en décembre 2023, et fait partie, en parallèle, de la commission des Finances de la chambre des représentants depuis 2016.

Par ailleurs, il convient de souligner que lui aussi a cédé aux sirènes de l’alliance entre la politique et le sport, ou plutôt entre le PAM et le Wydad, puisqu’il a été adhérent et porte-parole du club des rouges, sous la présidence de Abdelilah Akram. En 2013, des rumeurs circulaient concernant son éventuelle candidature à la présidence du Wydad. Rumeurs aussitôt démenties par l’intéressé qui s’est fait discret en matière de gestion sportive depuis cette date.

Tout en développant sa carrière politique et juste après l’obtention de son premier diplôme à l’Université du Massachusetts, Salaheddine Aboulghali n’a cessé de développer ses affaires.

La face business

La première société a été créée en mai 1999. Il s’agit de la société à responsabilité limitée “Casablanca Investment Group” qui opère dans le commerce de gros. Dotée d’un capital social de 100.000 DH, cette société n’a qu’un seul dirigeant selon nos recherches. Il s’agit du même Salaheddine Aboulghali.

Quatre ans plus tard, sa deuxième société voit le jour. Celle-ci est dotée d’un capital social de 80 millions de DH. Il s’agit d’une société anonyme à directoire, créée en juillet 2003, avec son frère Abdessamad et d’autres associés dont des membres de la famille Aboulghali. Cette société, dénommée “Le carré rond”, est active dans le secteur de la restauration.

Et c’est loin de ce domaine que Salaheddine Aboulghali investit deux ans plus tard. En 2005, il se dirige vers les médias, précisément la radio. En créant la société “Radioveille” (Luxe Radio), avec un capital social de 10 millions de DH, Salaheddine Aboulghali est toujours accompagné de son frère et associé, Abdessamad, ainsi que d’autres membres de la famille Aboulghali.

C’est aussi avec son frère et co-gérant qu’il a créé “Medinbus” en 2007. Il s’agit d’une société à responsabilité limitée de promotion immobilière, dont le capital social est de 10.000 DH.

La même année et toujours en famille, mais pas avec son frère Abdessamad cette fois-ci, Salaheddine Aboulghali investit dans le secteur de la publicité avec “Media9” dont il détient 50% des parts.

En 2008, il devient associé et gérant de la société de promotion immobilière “Indusmed B”, dont les parts seront intégralement acquises, en 2015, par Abderrahim Bendou, PAMiste et principal plaignant dans l’affaire qui a explosé au sein du parti du Tracteur. Les deux hommes semblent avoir fait des affaires auparavant.

Autre société de promotion immobilière, cette fois-ci gérée par son frère Abdessamad uniquement depuis 2014 : Mediouna Industrial Properties. Cette société a été créée en 2009 et se trouve actuellement en difficulté selon nos informations.

Les deux frères créent en 2013 la société “Parkland Immo” qui opère dans le secteur de la construction et la promotion immobilière, comme la société “Les fleurs de 110”, en 2014, dont ils sont les co-gérants ; et la société “Diyar Annouzha” en 2015 dont ils sont les associés à hauteur de 50% chacun.

Salaheddine Aboulghali a également créé en mars 2022, le même jour, deux sociétés de promotion immobilière avec d’autres membres de la famille. Il s’agit de “Massav Trust” et de “Saylor Corp”, dont il est le gérant depuis décembre 2022.

N.B : Cet article a été mis à jour après sa publication pour intégrer des arguments transmis par Salaheddine Aboulghali.