Le gouvernement est en train de finaliser son projet de loi de finances pour 2025, et tout indique d’ores et déjà que les débats seront chauds. L’épisode de la tentative collective d’émigration par Sebta fournit en effet des munitions à tous les opposants pour tirer sur l’exécutif.

Les critiques

Deux éléments ont particulièrement ému l’opinion :

– Probablement manipulée de l’étranger et par des courants locaux extrêmes, cette tentative organisée est marocaine. En ce sens que la majorité des candidats à l’émigration sont marocains, malgré la présence de ressortissants subsahariens ou nord-africains. Il ne s’agit plus des assauts massifs de candidats majoritairement étrangers.

– La présence de nombreux mineurs marocains, qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux, et le désarroi des mères sont les éléments les plus douloureux de cet épisode.

À partir de là, le gouvernement est interpellé et le sera encore plus dans l’avenir proche, au sujet de la condition des jeunes. Les NEET, ces jeunes qui n’étudient pas, ne suivent pas de formation, ne travaillent pas, ont fait l’objet de rapports et d’études au Maroc. Ils sont estimés actuellement à 1,5 million de personnes et constituent une bombe à retardement sociale. Les signaux faibles se sont multipliés depuis plus de dix ans, par exemple les chants des ultras des équipes locales de football.

Les images des événements du 15 septembre et les commentaires les accompagnant ne fournissent pas une image exacte de ce qui s’est passé. Il y a probablement amplification et, parfois, manipulation. Mais elles ont créé une onde de choc et un malaise au sein de l’opinion.

Pour le gouvernement, le challenge consistera à faire un vrai diagnostic, en impliquant des chercheurs marocains ainsi que les milieux associatifs ; suivi d’une vraie stratégie. S’il veut convaincre l’opinion, il ne faudra surtout pas se contenter de la création d’une commission, voire d’une commission dont on ne désignera ni le président ni les membres, d’une réunion épisodique ou orpheline, d’annonces qui resteront dans les tiroirs.

Déficit de communication

Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de communiqué officiel relatant les faits et dressant un bilan. On ne sait rien du déroulement de l’enquête. Le gouvernement a laissé le champ libre aux réseaux sociaux et à la propagande étrangère anti-marocaine, apparaissant comme déconnecté de la réalité des jeunes et de l’actualité.

Tout pays a besoin de politique. Et la politique, c’est le verbe. Il faut donc parler et convaincre. Créer une relation de confiance avec au moins une partie de l’opinion. La respecter. L’informer quand il y a lieu.

C’est aussi à cause de ce déficit de communication que la rentrée est difficile pour ce gouvernement.

Chantiers, loi de finances

Ce dossier des NEET s’ajoute aux conséquences de la sécheresse et du réchauffement climatique, ainsi que de la conjoncture économique mondiale incertaine.

En revanche, l’inflation est revenue à des niveaux modestes depuis le début de l’année. Cela étant, les prix n’augmentent plus, mais ils sont restés élevés à la suite du mouvement de hausse généralisée dans le monde.

Les chantiers, tels que la protection sociale ou les réformes de la santé et de l’éducation, continuent d’avancer.

Au cours de la prochaine loi de finances, le gouvernement attaquera la réforme des retraites et, surtout, installera la dernière couche de la réforme fiscale, celle de l’IR. Les entreprises espèrent ne plus avoir à décortiquer, à l’avenir, une soixantaine d’articles de loi de finances consacrés à la fiscalité. La stabilité et la visibilité s’imposent.

On l’attendra aussi sur les chiffres du chômage, en particulier dans le monde rural où plus d’un million d’emplois ont été détruits en quelques années de sécheresse. Sur les NEET, le thème qui va occuper le débat politique.

Une rentrée animée en somme…

https://medias24.com/2019/10/03/en-detresse-une-partie-de-la-jeunesse-marocaine-multiplie-les-signaux-dalerte/

https://medias24.com/2015/11/10/la-bombe-a-retardement-sociale-du-maroc/