De toute son histoire, jamais la Chambre des représentants n’a connu un tel « turn over« . En plus des décès et des remplacements, la Cour constitutionnelle a déchu de leurs mandats pas moins de 42 députés, généralement condamnés en relation avec la gestion des affaires locales (beaucoup d’entre eux dirigeaient des conseils communaux), pour des chèques sans provision, voire parce qu’ils étaient emprisonnés en relation avec des délits de droit commun.

De cette législature, ceux qui s’intéressent à l’actualité politique du pays n’oublieront pas de sitôt Mohamed Moubdiî, l’ancien ministre haraki (Mouvement populaire) actuellement incarcéré à Oukacha en attendant son procès. Ni le jeune Yassine Radi (Union constitutionnelle) impliqué dans un fait divers à Rabat, qui lui avait valu une année de prison ferme et qui reviendra bientôt devant la justice en sa qualité d’ancien maire de Sidi Slimane. On n’oubliera pas non plus Mohamed El Hidaoui (RNI), le désormais ancien député de Safi et ex-président de son club de football, qui avait purgé une peine de prison en relation avec la tristement célèbre affaire des tickets du Mondial du Qatar. Nos « élus » ont même réussi la « prouesse » de se faire condamner pour des chèques sans provision et de se faire éjecter de l’institution.

Selon un décompte de Médias24, établi grâce à des sources sûres et arrêté à la date du 8 août, pas moins de 42 parlementaires ont été « débarqués » par les magistrats de la Cour constitutionnelle.

Dans ce « palmarès », la palme revient aux partis formant la majorité, avec un total de 30 députés évincés de l’Hémicycle : 12 issus du parti de l’Istiqlal, 10 élus sous les couleurs du RNI et 8 PAMistes.

Cela n’a en aucun cas signifié un affaiblissement de la majorité qui, au contraire, a renforcé ses rangs au rythme d’une série de scrutins législatifs partiels. Ces échéances ont par exemple permis au RNI de gagner deux sièges supplémentaires par rapport aux résultats du scrutin du 8 septembre 2021. Actuellement, le parti de Aziz Akhannouch dispose de 104 députés. Seul le parti de l’Istiqlal a perdu un siège pour faire une rentrée avec 80 élus.

Aujourd’hui, le gouvernement a derrière lui une majorité plus que confortable : 272 députés pour les trois partis (RNI, PAM et Istiqlal) ; et 295 quand on comptabilise ses soutiens qui ne siègent pas au gouvernement : l’Union constitutionnelle de Mohamed Joudar (18 sièges) et le Mouvement démocratique et social (MDS) de Abdessamad Archane (5 élus).

En séances plénières comme en travaux en commissions, les élus du PJD (13 au total) ou de la gauche (FGD et PSU) se trouvent désarmés face à une supériorité numérique écrasante.

Le jeudi 12 septembre 2024, la majorité en général et le RNI en particulier avaient rendez-vous avec une échéance spéciale dans l’interminable série des élections législatives partielles. Le RNI tenait absolument à récupérer le siège qu’il avait perdu dans la circonscription Rabat-Océan. L’ancien titulaire de ce siège, Abderrahim Ouaslam, avait été évincé à cause d’une affaire de chèques sans provision.

Le jour « J », le candidat des bleus, Said Benmbarek, remportait ce scrutin partiel. La machine électorale du RNI, bien rodée, avec l’appui des deux autres composantes de la majorité qui s’abstiennent de présenter des candidats, est imbattable.

Le même jour, et cette fois-ci à Fkih Ben Salah, le RNI réitérait le scénario avec Saleh Hanine. Ce dernier a remporté le siège laissé vacant après l’éviction de Kamal El Mahfoud, lui aussi à la suite d’une condamnation pour chèques sans provision.

Dans les rangs des responsables et des militants du RNI, on jubile. Comme au sein des partis qui ont misé sur les notabilités locales ou régionales, l’essentiel est de gagner.