Bien que la superficie dédiée aux fruits rouges se soit stabilisée au cours des deux dernières années, les exportations marocaines de fruits rouges, qu’il s’agisse de produits frais ou transformés, ont connu une nette hausse lors de la campagne 2023-2024, en particulier pour la myrtille.
Certes, la filière fait face à plusieurs défis, tels que le stress hydrique dans la région du Souss et la flambée des prix des intrants agricoles. Mais elle maintient de solides performances à l’export. Selon l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges, ces produits agricoles riches en antioxydants sont cultivées dans le Gharb, le Loukkos et le Souss. Ils occupent une superficie de 12.500 hectares :
– 5.300 hectares de myrtilles ;
– 4.300 hectares de framboises ;
– 2.500 hectares de fraises ;
– 150 hectares de mûre et baie de goji ;
La répartition géographique de cette surface se décline comme suit :
– 7.290 ha dans le Gharb ;
– 4.960 ha, répartis entre Souss Massa et Dakhla ;
La production marocaine de fruits rouges, qui s’étale généralement de septembre à juillet, est en grande partie destinée à l’exportation. À fin juin 2024, 206.720 tonnes de produits frais et transformés ont été exportées, principalement vers l’Europe, marquant une hausse de 8% par rapport à la campagne précédente.
En détail, les exportations de produits frais, totalisant 144.435 tonnes, ont augmenté de 7%. Les produits transformés, quant à eux, atteignent 62.285 tonnes et ont connu une hausse de 11%. Les ventes des myrtilles fraîches et transformées, ont enregistré la plus forte augmentation, avec 75.084 tonnes exportées, soit une hausse de 32%. Cette croissance est en grande partie attribuable aux exportations de myrtilles transformées (7.598 tonnes), qui ont plus que doublé en l’espace d’un an.
En revanche, les exportations de framboises (67.933 tonnes) et de fraises (61.076 tonnes), affichent un léger recul, respectivement de 4% et 1%. La campagne d’exportation des fraises a été affectée par une baisse de 3% des ventes de produits frais, qui s’élèvent à 18.407 tonnes. De même, les exportations de framboises fraîches ont connu une diminution de 6%, atteignant 56.093 tonnes pour les produits frais. A contrario, les exportations de framboises transformées ont progressé, atteignant 11.840 tonnes, soit une hausse de 7%.
Entre 6.000 et 7.000 m³ d’eau par hectare
La fiabilité et la proximité géographique de l’écosystème marocain de fruits rouges lui confèrent un avantage certain sur un marché où la concurrence est féroce. Toutefois, la filière fait face à plusieurs obstacles majeurs qui entravent sa croissance, notamment le stress hydrique, particulièrement dans le bassin de production d’Agadir.
Un hectare de fruits rouges nécessite entre 6.000 et 7.000 m³ d’eau. Étant donné que l’eau dessalée n’est pas systématiquement privilégiée pendant le cycle de production, les eaux souterraines restent la principale source d’irrigation pour les producteurs. « L’eau dessalée ne répond pas à toutes les spécificités et besoins des cultures de fruits rouges. Les stations de dessalement, comme celle d’Agadir, ont été conçues selon un cahier des charges basé sur la tomate comme culture de référence », déplore l’AMPFR.
La teneur en certains éléments dans l’eau dessalée n’est pas adéquate par rapport aux besoins de la myrtille, une culture sensible au chlorure. « L’eau de mer a une salinité totale qui varie de 33 à 39 g/l. Le chlore tout seul représente jusqu’à 19 g/l », détaille Fouad Amraoui, chercheur et professeur en hydrologie à l’Université Hassan II de Casablanca.
« Le dessalement peut ramener la salinité de l’eau à moins de 1 g/l pour qu’elle serve à l’usage domestique. Le chlore donc représente 40 à 50%, soit 400 à 500 mg/l. Pour certaines cultures sensibles comme les fruits rouges, l’utilisation de l’eau dessalée peut être un frein à moyen terme en matière de rendement agricole et de salinisation des sols », ajoute-t-il.
Ravageurs et hausse du prix des intrants
Dès lors, les exploitants tentent d’optimiser leur consommation hydrique à partir des eaux souterraines. « Les producteurs utilisent des sondes, des capteurs et des agrotextiles (matériaux offrant une protection contre le soleil, ndlr) pour gérer au mieux et limiter l’utilisation des ressources en eau », assure à Médias24 l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges.

Autres problématiques majeures, les conditions climatiques, à l’image des températures extrêmement élevées qui ont été enregistrées dans le Souss lors de la campagne 2022-2023. En outre, le changement climatique impacte les cycles de production. « Ce décalage des saisons résulte sur un décalage des fenêtres de production et une perte de rendement allant de 5 à 20% », regrettent les professionnels du secteur. De plus, les producteurs se retrouvent parfois dans l’incapacité d’honorer leur programme d’exportation.
La flambée des prix des intrants agricoles a également un impact sur la filière des fruits rouges, notamment la hausse des frais de structures, du carburant, des engrais (20 à 30%) et les coûts de location du terrain (150%). Sans oublier l’augmentation des prix des produits phytopharmaceutiques (20 à 30%), qui ont une importance capitale.
Sachant que la majorité des plants de fruits rouges utilisés au Maroc sont importés, le risque d’importer des plants contaminés est grand. D’autant que le Xylella fastidiosa, une bactérie qui empêche la plante de s’alimenter connaît un développement inquiétant en Espagne, « pays d’où sont importés 93% des plants de fraises », souligne notre source, qui préconise le développement d’une filière de multiplication de plants localement.
Pis, avec l’intensification du réchauffement climatique « et la limitation des matières actives de gestion des insectes, le Thrips, les acariens ou encore les pucerons deviennent un problème journalier. Il faut donc augmenter la vigilance et veiller au respect strict des mesures prophylactique », conclut l’AMPFR.