La visite qu’effectue le président français au Maroc succède à une brouille qui a duré longtemps, commente Ahmed Faouzi. Une brouille qui fait suite à une jonction de facteurs, précise-t-il, notamment des accusations d’écoute et d’espionnage révélées par la presse, mais non étayées, l’imposition des visas unilatéralement pour faire accepter par la coercition les OQTF (Obligation de quitter le territoire français).
« Un non-sens diplomatique qui s’est révélé totalement inopérant« , estime l’ancien ambassadeur.
Les mauvais calculs d’Emmanuel Macron
« Cette gestion au niveau de l’Etat français s’est accompagnée d’autres décisions poussives pour mettre Rabat en difficulté avec l’Union européenne. On se rappelle les décisions prises contre le Maroc au Parlement européen dont la France a été l’instigatrice. Tout cela aurait pu être résorbé si les intentions étaient sincères. Or, la manière avec laquelle Macron a géré ces difficultés, somme toute passagères, de nos relations manquaient de tact et de bon sens. Nous nous rappelons aussi de son discours adressé directement aux Marocains après le tremblement du Haouz comme s’il s’adressait au peuple français », enchaîne Ahmed Faouzi.
« À mon avis, l’acte le plus dommageable de Macron était son approche naïve du régime militaire algérien qui ne se définit que par opposition au Maroc. Macron s’est rendu en Algérie à l’été 2022, puis la moitié de son gouvernement, une délégation de 17 ministres, s’y est rendue à son tour en octobre ».
Au Quai d’Orsay et au sein de la classe politique, des voix s’élevaient contre le rapprochement Paris-Alger
« La classe politique comme le Quai d’Orsay prévenaient néanmoins Macron qu’il ne récolterait rien de positif auprès d’Alger. Macron a pris conscience un peu tard que les dirigeants algériens exploitent la rente mémorielle et le passé douloureux entre les deux pays pour exercer une pression continue sur la France et détourner par là-même l’attention de l’opinion publique algérienne pour signifier que la guerre de libération contre la France continue toujours », souligne l’analyste diplomatique.
« Fatigué de ces sempiternelles guéguerres algériennes qui n’auguraient rien de bon, ni de concret, une majorité de la classe politique française a pris conscience qu’il faudrait faire évoluer la position française sur le Sahara, déjà favorable par le passé au Maroc, en faveur du plan d’autonomie que le Conseil de sécurité lui-même privilégie tout comme plusieurs nations ».
Des retrouvailles et des chantiers majeurs
« Ces retrouvailles ouvrent incontestablement de grands chantiers entre les deux pays, notamment au niveau des infrastructures et des projets structurants. Au-delà de se limiter au Maroc, c’est toute la coopération avec notre continent qui doit être notre point de mire : gazoduc Nigeria-Maroc-Europe, port de Dakhla, désenclavement des pays du Sahel, l’initiative Atlantique… un arsenal de chantiers pour rénover de fond en comble l’ensemble des rapports entre l’Afrique et l’Europe », conclut Ahmed Faouzi.
La visite d’Etat du président français aura lieu du lundi 28 au mercredi 30 octobre 2024. De nombreux poids lourds du gouvernement, de l’économie, de l’industrie et de la culture accompagneront Macron lors de cette visite à laquelle les deux pays accordent une grande importance.
Les deux dirigeants veulent donner un nouveau souffle aux relations bilatérales. La France vient d’apporter son soutien, fin juillet 2024, à la marocanité du Sahara, devenant ainsi le 2e membre permanent du Conseil de sécurité à franchir le pas, après les Etats-Unis.