C’est ce mardi 5 novembre que l’élection présidentielle américaine opposant le Parti démocrate, représenté par Kamala Harris, aux républicains, en la personne de Donald Trump, a lieu. Les électeurs et électrices américains départageront les deux candidats qui viennent de conclure une campagne électorale intense.

À quoi faut-il s’attendre, au Maroc, en cas d’élection de l’un ou de l’autre ?

Pour Mohammed Zakaria Aboudahab, professeur de droit public et de sciences politiques à l’Université Mohammed V de Rabat, la relation Maroc-USA, relation d’État à État au premier chef, se veut profonde quels que soient les couleurs ou les partis politiques. La tactique et le mode opératoire peuvent changer, mais les bases resteront les mêmes, estime le professeur de sciences politiques.

Maroc-USA, une relation d’État à État indépendamment du profil élu 

« Il faut d’abord commencer par dire que pour nous, la relation Maroc-États-Unis, demeure une relation d’État à État, donc indépendamment de qui va être élu. Si Trump revient au pouvoir, il aura plusieurs dossiers complexes à gérer (situation au Moyen-Orient, conflit russo-ukrainien, rapport à l’OTAN et l’Union européenne…). En ce qui concerne le Maroc, je suppose que Donald Trump veillera à ce que, d’abord, l’Iran soit neutralisé au niveau du Moyen-Orient et qu’il ne s’immisce plus dans les affaires mêlées à la question de la Palestine. En réalité, l’Iran a court-circuité les accords d’Abraham dont fait partie le Maroc ».

Avec le retour de Trump, nous pouvons aussi nous attendre à une consolidation et à une concrétisation de la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara, notamment à travers l’opérationnalisation du consulat américain à Dakhla déjà inauguré

« Je crois que ce sera un point essentiel dans la politique étrangère moyen-orientale et nord-africaine de Trump. On peut donc s’attendre à des tentatives, au moins après une année sinon plus, pour reprendre ces accords et inciter les pays déjà signataires dont le Maroc, mais aussi d’autres comme l’Arabie saoudite, à les intégrer ».

« Avec le retour de Trump, nous pouvons aussi nous attendre à une consolidation et à une concrétisation de la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara, notamment à travers l’opérationnalisation du consulat américain à Dakhla déjà inauguré. Une éventuelle rencontre entre sa Majesté le Roi et Trump pourrait ainsi être envisagée« .

« Le plus important aussi, c’est que les États-Unis vont œuvrer sous Donald Trump, au sein du Conseil de sécurité, à accélérer une solution dans le cadre de la souveraineté marocaine, appuyant le plan marocain d’autonomie. Trump est déjà rodé. Il connaît bien l’administration (la Maison Blanche, le Pentagone…). Maintenant, il faut aussi découvrir l’équipe (secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et autres) qui travaillera avec lui ».

Le Maroc entretient de bonnes relations avec les deux camps

« Pour le second scénario, en cas d’élection de Kamala Harris, nous savons que son prédécesseur, Joe Biden, n’a pas changé de position concernant le Sahara. Personnellement, je conçois la politique étrangère de Kamala Harris avec le Maroc dans la continuité de celle de Biden« .

« Que ce soit avec les républicains ou les démocrates, le Maroc a de très bonnes relations. Et ces relations sont dues à ses positions modérées et au partenariat historique avec les États-Unis. Nous pensons que Kamala Harris, elle aussi, aura besoin de l’appui du Maroc pour façonner sa politique moyen-orientale et contribuer à la pacification de cette région. Or, le Roi, président du Comité d’Al Qods, a son mot à dire et son influence au sein de la Ligue arabe », conclut Mohammed Zakaria Aboudahab.

Dans la même lignée, notre consultant et analyste diplomatique, Ahmed Faouzi, rappelle que le Maroc a toujours su trouver un équilibre subtil dans ses relations que ce soit avec les démocrates ou avec les républicains. Il dépendra du Royaume, indépendamment de qui va être élu, de faire valoir ses atouts et de les mettre en relief, estime Ahmed Faouzi.

Que ce soit avec Kamala ou Trump, ce qui comptera pour la prochaine équipe américaine est ce que nous allons mettre dans le panier

« Concernant la politique étrangère à l’égard du Maroc, tout semble indiquer que les démocrates, qui n’ont pas changé la position américaine sur le Sahara durant ce mandat, ne le feront pas si Kamala est élue présidente. Durant ces quatre années au pouvoir, les démocrates ont sauvegardé l’essentiel avec le Royaume, à savoir le maintien de la position prise par le républicain Trump à la fin de son mandat, où il reconnaissait l’intégrité territoriale du Maroc », souligne l’ancien ambassadeur.

« La récente décision du représentant américain au Conseil de sécurité, rejetant les amendements de l’Algérie, est une preuve supplémentaire que l’option de l’autonomie est la seule possible aux yeux des Américains comme aux yeux de la communauté internationale. L’Algérie en prendra à elle seule l’entière responsabilité en cas de blocage ».

« Le Maroc a toujours su trouver un équilibre subtil dans ses relations aussi bien avec les démocrates, comme avec les Kennedy et les Clinton, qu’avec les républicains. Que ce soit avec Kamala ou Trump, ce qui comptera pour la prochaine équipe américaine est ce que nous allons mettre dans le panier. Notre atout se résume dans la place géostratégique qu’occupe le Royaume comme force d’équilibre de paix et de sécurité en Méditerranée comme en Afrique. Il dépendra de nous de faire valoir nos atouts et de les mettre en relief, notamment nos grands projets pour l’Afrique atlantique, le désenclavement des pays du Sahel ou le gazoduc Maroc-Nigeria à titre d’exemple. C’est donc à notre niveau que se situe le challenge qui incitera les Américains à s’investir davantage dans le développement de notre pays et de toute la région », conclut notre analyste diplomatique.

Les deux candidats sont pratiquement au coude à coude

Les deux candidats étant au coude à coude, il est encore tôt pour faire une lecture immédiate des élections américaines et de leurs implications pour le Maroc, estime de son côté l’analyste politique Driss Aissaoui. Il faut attendre les élections des grands électeurs prévues en décembre pour voir comment la situation évoluera.

Nous avons un seul résultat concret. C’est celui wede Trump qui avait déjà reconnu la marocanité du Sahara

« Les élections américaines opposant Kamala Harris à Donald Trump ne donnent pas de visibilité très particulière. Les deux candidats sont pratiquement au coude à coude. Il est difficile de faire une lecture immédiate sur les éventuelles retombées des résultats sur le Maroc. Nous avons un seul résultat concret. C’est celui de Trump qui avait déjà reconnu la marocanité du Sahara et qui avait donné un coup de pouce à toute la communauté internationale. Après lui, beaucoup de pays se sont précipités pour ouvrir des consulats ou reconnaître la marocanité du Sahara. Reste à voir si Kamala Harris, qui est du parti opposé (démocrate), prendra les mêmes dispositions ».

« Actuellement, les Américains d’origine arabe sont des partisans de Trump. Ce dernier est moins nocif que l’actuel président des États-Unis qui a appuyé les sionistes dans leur guerre contre les Palestiniens, en mobilisant les armes et les moyens », conclut Driss Aissaoui.