Le jeudi 10 octobre 2024, le gouvernement a annoncé une série de mesures visant à soutenir le secteur agricole particulièrement affecté par la sécheresse persistante. Parmi les mesures phares figure l’instauration d’une prime d’exportation pour les agrumes destinés à l’Union européenne, fixée à 1 dirham par kilo exporté. 

Cette aide sera appliquée au cours de la campagne d’exportation 2024-2025, avec pour objectif de renforcer la compétitivité des agrumes marocains sur le marché européen face à une concurrence internationale accrue. Une décision qui intervient en application du contrat-programme de la filière, signé en 2023 entre l’Etat et la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc-Citrus). 

La prime d’exportation pour les agrumes était très attendue par les exportateurs marocains. Ces derniers ont vu leurs ventes vers l’Europe reculer, non seulement en raison d’une baisse de la production, mais aussi d’une concurrence de plus en plus féroce. En effet, le Maroc a perdu d’importantes parts de marché en Russie, un marché crucial qui absorbait plus de 50% des exportations marocaines d’agrumes. 

La situation n’en est pas moins préoccupante en Europe, où des pays comme l’Égypte gagnent du terrain, non seulement sur le marché des oranges, mais aussi sur le segment des clémentines et des mandarines, où le Maroc occupe historiquement une position importante.  

L’Égypte réduit le gap sur les mandarines et les clémentines 

Selon les données de la Commission européenne, les exportations marocaines d’agrumes frais et transformés vers l’Europe ont diminué significativement au cours des dix dernières années, passant de 135.200 tonnes en 2013-2014 à 91.360 t en 2023-2024. La dynamique autrefois positive s’est inversée à partir de la saison 2016-2017, lorsqu’un pic de 230.560 t avait été atteint.

Les importations européennes d’agrumes frais et transformés provenant du Maroc.

Pendant cette période, d’autres pays ont consolidé leur présence sur le marché européen des agrumes, notamment l’Égypte. En 2023-2024, les importations européennes en provenance de ce pays ont atteint 635.350 t, contre seulement 124.910 t dix ans auparavant. L’Égypte se distingue surtout par ses exportations d’oranges fraîches qui représentent 78% de ses ventes d’agrumes en Europe.

Les importations européennes d’agrumes frais et transformés provenant d’Égypte.

En dix ans, les importations d’oranges fraîches des pays européens en provenance d’Égypte ont fortement augmenté, passant de 120.460 t à 492.220 t.

Les importations européennes d’oranges fraîches provenant d’Égypte.

En revanche, les exportations marocaines d’oranges vers l’Europe se sont effondrées, atteignant à peine 8.470 t en 2023-2024, contre 59.380 t durant la campagne 2013-2014.

Les importations européennes d’oranges fraîches provenant du Maroc.

Le Maroc reste, pour l’instant, un partenaire privilégié de l’Union européenne pour les clémentines et les mandarines. Lors de la dernière campagne, il a exporté 73.800 t vers l’Europe, un volume proche de celui d’il y a dix ans. Des exportations qui ont connu un pic notable de 127.430 t en 2021-2022.

Les importations européennes de clémentines et de mandarines provenant du Maroc.

Cependant, l’Égypte commence à concurrencer sérieusement le Maroc sur le marché des clémentines et des mandarines, réduisant progressivement l’écart entre les deux pays, surtout au cours des trois dernières années. Alors qu’en 2013-2014, les exportations égyptiennes de mandarines et de clémentines vers l’Europe étaient de 1.400 t seulement, elles ont atteint 33.110 t en 2023-2024, marquant une progression rapide dans ce segment, en particulier lors des trois dernières campagnes d’exportation. 

Les importations européennes de clémentines et de mandarines provenant d’Égypte.

Le Maroc place ses espoirs dans le contrat-programme

Plusieurs facteurs ont permis à l’Égypte de développer sa filière agrumicole de manière significative, notamment en termes d’investissement au niveau des infrastructures de production et de distribution. En outre, les terres fertiles dans la vallée et le delta du Nil offrent des conditions de sol et de climat idéales pour la culture des agrumes. La chaleur permet également d’allonger la saison de culture, assurant une production tout au long de l’année. 

Pour sa part, le Maroc mise sur le contrat-programme afin d’améliorer les indicateurs de la filière. Il s’agira notamment d’atteindre les objectifs suivants à l’horizon 2030 :

la stabilisation de la superficie agrumicole actuelle avec une limite de 130.000 ha ;

le renouvellement et/ou la reconversion de 22.500 ha ;

– l’amélioration de la production pour atteindre 3.340.000 t, notamment à travers l’augmentation des rendements ;

l’amélioration du taux de conditionnement pour atteindre 66% contre 33% en 2020 ;

l’amélioration du taux de transformation pour atteindre 10% contre 2% en 2020 ;

la promotion des exportations pour atteindre 1.000.000 t contre 630.000 t en 2020.

Toutefois, ces visées se heurtent à une problématique majeure, à savoir la pénurie d’eau, en particulier dans la région de Souss-Massa où les vergers d’agrumes occupent un peu plus de 39.000 ha dans le Souss, soit près de la moitié de la superficie nationale dédiée à cette filière. Cela dit, la production prévisionnelle augure d’une campagne d’exportation en amélioration par rapport à la saison précédente.