Le ministère de la Santé a présenté, le mardi 5 novembre au Parlement, son projet de budget au titre de l’année 2025. À cette occasion, Amine Tahraoui a exposé le plan de travail de son ministère pour la prochaine année, qui porte essentiellement sur la poursuite de la mise en œuvre de la réforme engagée, mais aussi sur l’amélioration de l’offre de soins et l’augmentation du nombre de professionnels de santé.
2.100 lits supplémentaires en 2024
Un budget total de 32,6 milliards de DH est ainsi programmé en 2025, contre 30,7 MMDH en 2024. Soit une augmentation de 6% (près de 2,58 MMDH) en une année. Ce budget contribuera notamment à améliorer l’offre de soins, sur laquelle le ministre a fait le point dans son exposé.
Selon ladite présentation, consultée par Médias24, le ministère de la Santé prévoit en 2025 de poursuivre la construction des Centres hospitaliers universitaires (CHU) actuellement en cours de réalisation à Laâyoune (500 lits), Guelmim (300 lits), Errachidia (500 lits) et Béni Mellal (520 lits), en plus de la reconstruction de l’hôpital Ibn Sina à Rabat, avec près de 1.044 lits. Soit, un total de 2.864 lits viendra ainsi renforcer, à terme, la capacité litière des CHU du Royaume.
En ce qui concerne les autres établissements de santé, le ministère prévoit de poursuivre la construction et la reconstruction de 78 structures déjà en cours de réalisation, composées de centres hospitaliers régionaux et provinciaux, ainsi que d’hôpitaux de proximité, qui augmenteront la capacité litière du pays de 7.607 lits supplémentaires.
Il s’agit, entre autres, du :
– Centre hospitalier régional de Béni Mellal (450 lits) ;
– Centre hospitalier provincial de Guercif (190 lits) ;
– Centre hospitalier provincial de Nador (250 lits) ;
– Centre hospitalier provincial d’Azilal (120 lits) ;
– Centre hospitalier provincial de Sidi Ifni (120 lits) ;
– 40 hôpitaux de proximité (1.835 lits)…
En 2024, au moins 20 établissements de santé ont été mis en service dans plusieurs régions du pays, d’après le ministère, avec une capacité litière totale de 2.100 lits.
Outre ces projets de construction et de reconstruction, le ministère a également poursuivi, durant l’année courante, son programme structurant de réhabilitation des CHU qui s’étale sur deux ans, en vue notamment de développer leurs équipements, avec une enveloppe budgétaire de 1,7 MMDH. Ce programme a bénéficié aux cinq CHU suivants : Hassan II de Fès, Ibn Rochd de Casablanca, Ibn Sina de Rabat, Mohammed VI de Marrakech et Mohammed VI d’Oujda.
6.500 nouveaux postes budgétaires ouverts en 2025
Sur le volet relatif aux ressources humaines, le ministère de la Santé prévoit d’ouvrir, en 2025, 6.500 nouveaux postes budgétaires, visant à renforcer le nombre de professionnels dans un secteur qui en manque cruellement.
Selon les données exposées par le ministre de la Santé au Parlement, l’on apprend que le nombre de professionnels de santé au Maroc, à fin août 2024, a atteint 73.359 personnes, dont 15.615 médecins, répartis entre les CHU (6.062 médecins) et l’administration centrale du ministère (9.094 médecins).
Le nombre d’infirmiers et de techniciens de santé est, quant à lui, estimé à 41.694 personnes, réparties également entre CHU (8.773 infirmiers et techniciens de santé) et administration centrale du ministère (32.921 infirmiers et techniciens de santé). Quant au nombre de cadres administratifs et techniques, il s’élève à 16.509 personnes, dont 2.195 travaillant au sein des CHU.
Ces chiffres sont en légère amélioration par rapport à 2023, grâce à plusieurs mesures mises en place par le ministère, à savoir :
– l’augmentation de la capacité des Instituts supérieurs des professions infirmières et techniques de santé (ISPITS), avec 4.000 nouveaux sièges durant l’année universitaire 2021.2022, et plus de 7.000 en 2023-2024 ;
– l’augmentation de la capacité des Centres de formation professionnelle dans le secteur de la santé, qui a atteint plus de 1.000 sièges en 2023-2024, contre 680 sièges en 2021-2022 ;
– la création et l’adoption de nouvelles spécialités au cycle de Master au niveau des ISPITS ;
– la création, l’adoption et l’ouverture de nouvelles filières des soins infirmiers au cycle de Licence au niveau des ISPITS ;
– la formation professionnelle au profit de 29.000 professionnels de santé au niveau de l’administration centrale du ministère, des directions régionales et des ISPITS en 2023.
Près de 30.700 médecins dans les secteurs public et privé à fin 2023 au Maroc
La présentation du ministère donne un aperçu du chiffre total des professionnels de santé dans le secteur public à fin août 2024. Elle ne renseigne pas sur tout le système de santé notamment l’évolution du nombre des lits et des ressources humaines incluant le secteur privé.
Médias24 apporte ici une analyse de l’évolution des indicateurs détaillés relatifs au nombre de médecins et d’infirmiers par spécialité, par préfecture et province et par région dans les secteurs privé et public, ou encore le détail des structures de santé et le nombre de lits dans les deux secteurs à fin 2023 par rapport à 2022.
La carte sanitaire du Royaume au titre de l’année 2023 affiche 30.643 médecins contre un peu plus de 28.000 en 2022.
Ce corps médical est distribué entre:
- 15.249 médecins dans le secteur public, dont 3.457 généralistes et 11.053 spécialistes,
- et 15.394 dans le secteur privé, dont 9.812 spécialistes et 5.582 généralistes.
En ce qui concerne les établissements de soins, le Royaume comptait en 2023, 159 hôpitaux publics, disposant de 26.031 lits, ainsi que 1.322 Centres de santé ruraux (CSR) et 877 Centres de santé urbains (CSU).
Le secteur privé comptait, quant à lui, 439 cliniques, avec une capacité litière de 16.591 lits.
La capacité litière totale du pays s’élevait, comme le montre la carte ci-dessous, à 42.622 lits en 2023, contre près de 42.000 en 2022.
Explorez grâce à la carte interactive ci-dessous, la répartition régionale du nombre de lits dans les secteurs privé et public :
Disparité de la répartition du corps médical
Malgré les nombreux postes budgétaires ouverts chaque année par le ministère de la Santé, le Maroc reste encore loin des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), fixant le ratio à 153 médecins par 100.000 habitants.
De plus, selon nos constats, le corps médical au Royaume était, en 2023, concentré au niveau de six régions principales, à leur tête celle de Casablanca-Settat, avec 3.255 médecins, suivie de près par la région de Rabat-Salé-Kénitra, avec 3.235 médecins.
Les régions occupant les quatre autres places sont :
- Fès-Meknès (2.039 médecins),
- Marrakech-Safi (1.961 médecins),
- Tanger-Tétouan-Al Hoceima (1.582 médecins)
- L’Oriental (1.422 médecins).
Les six autres régions du Royaume comptaient moins de 550 médecins, avec celle de Dakhla-Oued Eddahab en bas du classement (à peine 71 médecins).
La majorité de ces médecins étaient par ailleurs concentrés dans le milieu urbain. Seuls 961 médecins étaient en service dans le milieu rural, dont 771 généralistes, 26 oncologues et 21 médecins spécialisés en médecine communautaire.
En termes de provinces, Rabat (2.181 médecins), Casablanca Anfa (1.829 médecins) et Marrakech (1.368 médecins) restaient les mieux servies en nombre de médecins.
Dans le public, amélioration du nombre de médecins dans deux régions en 2023…
Nous avons par ailleurs constaté que le nombre de médecins a connu une amélioration significative en 2023, par rapport à 2022, dans les régions de Rabat-Salé-Kénitra et de l’Oriental.
À Rabat-Salé-Kénitra, où le corps médical dans le secteur public comptait plus de 3.000 médecins en 2023 contre près de 1.700 en 2022, une augmentation significative a été enregistrée dans les provinces et préfectures de :
– Rabat : de 810 médecins en 2022 à 2.181 en 2023 ;
– Kénitra : de 219 médecins en 2022 à 225 en 2023 ;
– Salé : de 219 médecins en 2022 à 305 en 2023 ;
– Skhirat-Témara : de 206 médecins en 2022 à 220 en 2023 ;
– Sidi Kacem : de 79 médecins en 2022 à 82 en 2023.
Une légère hausse du nombre de médecins du secteur privé a également été constatée dans la région, notamment à Kénitra.
En ce qui concerne la région de l‘Oriental, qui comptait plus de 1.400 médecins en 2023 contre un peu plus de 1.100 en 2022, l’amélioration du corps médical dans le secteur public est portée par les provinces et préfectures suivantes :
– Oujda-Angar : le nombre de médecins a quasiment triplé, passant de 358 en 2022 à 980 en 2023 ;
– Nador : de 199 médecins en 2022 à 235 en 2023 ;
– Berkane : de 92 médecins en 2022 à 148 en 2023.
Il en est de même pour le secteur privé, où l’augmentation du nombre de médecins dans la région a été portée par les trois mêmes provinces et préfectures.
… contre une baisse dans deux autres régions
Si le corps médical a connu une amélioration dans les deux régions précitées, son effectif s’est en revanche dégradé dans deux autres, à savoir les régions de Fès-Meknès et Marrakech-Safi.
La région de Fès-Meknès comptait plus de 2.039 médecins en 2023 contre plus de 2.200 en 2022, répartis sur plusieurs spécialités, à leur tête la médecine générale et la gynécologie-obstétrique. Les principales préfectures et provinces concernées par la baisse du nombre de médecins dans la région sont :
– Fès : environ 1.300 médecins en 2023 contre 1.540 en 2022 ;
– Boulmane : 47 médecins en 2023 dans le secteur public contre 72 en 2022 ;
– Sefrou : 36 médecins en 2023 contre 69 en 2022 ;
– Taza : 88 médecins en 2023 contre 92 en 2022.
Le nombre de médecins a toutefois augmenté dans la province de Moulay Yacoub, passant de 5 en 2022 à 25 en 2023.
La région de Marrakech-Safi comptait pour sa part 1.961 médecins dans le secteur public en 2023 contre plus de 2.000 en 2022. Cette baisse s’explique par la baisse du nombre de médecins dans les préfectures et provinces de :
– Marrakech : de 1.534 médecins en 2022 à 1.345 en 2023 ;
– Safi : de 175 médecins en 2022 à 165 en 2023 ;
– Chichaoua : de 61 médecins en 2022 à 47 en 2023 ;
– Essaouira : de 80 médecins en 2022 à 74 en 2023 ;
– Rehamna : de 59 médecins en 2022 à 53 en 2023.
Une hausse a toutefois été enregistrée dans le secteur privé, précisément à Chichaoua, à la suite de l’ouverture de nouvelles structures de soins privés.
Les espoirs se portent sur la réforme en cours, notamment avec l’implantation des groupements de santé territoriaux, afin de réduire les inégalités d’accès aux soins, particulièrement dans les zones rurales et les régions les moins dotées, et de bâtir un système de santé plus équitable et accessible à tous.