Marrakech, destination touristique emblématique du Maroc et l’une des plus attractives au monde, connaît une urbanisation croissante. Cette expansion s’étend au-delà de la ville pour inclure des communes rurales entourant la première couronne, marquant une transformation profonde de l’espace territorial.
Marrakech s’engage dans une nouvelle ère de planification urbaine, où durabilité et cohérence guideront le développement de la ville et de ses environs. Avec des échéances importantes à l’horizon 2025 puis 2030, cette transformation reflète les ambitions de la ville ocre pour se positionner comme un modèle de gestion urbaine intégrée et résiliente.
Médias24 s’est entretenu avec le directeur de l’Agence urbaine de Marrakech, Amine Idrissi Belkasmi. Cet article est le fruit de cet échange.
Une approche de durabilité
Le directeur de l’Agence urbaine de Marrakech estime que “les documents d’urbanisme doivent évoluer avec les temps et les défis actuels”, tout en adoptant une approche de “durabilité”, qui doit être au cœur des nouvelles politiques urbaines. Cela inclut la gestion de ressources critiques comme l’eau, essentielle pour garantir un développement harmonieux et responsable. Plusieurs nouveaux documents d’urbanisme nouvelle génération ont récemment vu le jour et d’autres sont en voie de l’être.
Amine Idrissi Belkasmi distingue plusieurs niveaux d’analyse entre le Grand Marrakech, la ville et des zones spécifiques (Est, Ouest), voire des quartiers particuliers. Selon lui, que ce soit au niveau de la ville ou du Grand Marrakech, toutes les prévisions sont dépassées, nécessitant une refonte des documents d’urbanisme pour mieux gérer cette croissance.

Source : Agence urbaine de Marrakech
Il indique que les communes entourant la première couronne de Marrakech, comme Tasoultant (route de l’Ourika) ou Sidi Brahim (proche du grand stade de la ville), qui sont dynamiques, ont déjà été dotées de leurs propres plans. Cependant, la gestion des zones irriguées demeure complexe, notamment en raison de la raréfaction des ressources en eau. Un dialogue approfondi avec le ministère de l’Agriculture est en cours pour aligner les besoins urbains sur ceux de l’agriculture. En effet, comment changer le zonage sur des terrains ayant juridiquement le statut de périmètres irrigués? Et ce, malgré la désormais rareté des ressources hydriques.
Autour de la première couronne, plusieurs communes, propriétaires ou investisseurs attendent impatiemment les nouveaux zonages: maintien de la vocation agricole si présence d’irrigation et d’eau; changement en zone touristique, résidentielle ou mixte. L’Agence urbaine et le ministère de l’Habitat sont conscients des échéances à venir, des défis posés par le dynamisme de la destination touristique et enfin de l’impact économique et en emplois des futurs possibles investissements dans ces zones actuellement maintenues dans une vocation agricole impactée fortement par le changement climatique.
A l’intérieur de la ville, le quartier de Guéliz, et plus particulièrement l’Hivernage, suscitent un grand intérêt de la part des décideurs. Si Guéliz est considéré comme le cœur de Marrakech, l’Hivernage en est le battement le plus profond. Ce quartier, en pleine mutation, est actuellement en phase d’examen par le Comité technique local (CTL). La suite dépendra des délibérations, notamment l’avis du wali et d’autres acteurs concernés.
Pour le quartier de l’Hivernage, une nouvelle vision est en cours de finalisation. L’enquête publique devrait être lancée début 2025. L’objectif est de préserver le caractère verdoyant et tranquille de ce quartier emblématique, tout en accompagnant sa dynamique économique et son besoin en animation.
Du côté des communes entourant la première couronne, telles que Tamaslouhat, route d’Amizmiz ou de l’Ourika, Route de Ouarzazate, il était devenu courant de voir des terrains de 1 à 2 hectares acquis et transformés en propriétés résidentielles. Cela nécessitait une attestation de vocation non agricole (AVNA) délivrée par le ministère de l’Agriculture, une formalité qui, selon des témoignages, était auparavant plus facilement accordée. Dans ces zones, des projets touristiques tels que des hôtels, des riads ou des maisons d’hôtes permettront d’attirer potentiellement et au total, des dizaines ou centaines de milliers de visiteurs chaque année et de créer des emplois.
Pour bénéficier des aides de l’État, ces projets doivent être situés dans des zones à vocation touristique. Des décisions dans ce sens sont attendues entre décembre 2024 et mars 2025.
XXe siècle : l’inventaire du patrimoine
Un appel d’offres, publié le 28 octobre 2024, concerne l’achèvement du schéma directeur d’aménagement urbain du Grand Marrakech. L’élaboration d’un nouveau schéma directeur avait déjà fait l’objet de plusieurs tentatives qui n’avaient pas abouti. Le délai pour obtenir le nouveau schéma directeur est de dix-huit mois, en dehors des délais de concertation.
Un autre appel d’offres a été lancé pour “faire l’inventaire patrimonial du XXe siècle”. Ce sera une première, car le patrimoine précédent était couvert, mais pas celui du XXe siècle.
Concernant le futur schéma directeur du Grand Marrakech, le directeur de l’Agence urbaine précise qu’il s’agit d’un “document de cohérence des politiques publiques sachant qu’il faut prendre en considération les échéances 2025 et 2030, ainsi que le schéma régional d’aménagement territorial SRAT qui a déjà été adopté, mais aussi la liaison LGV [ligne à grande vitesse, ndlr]”. L
Amine Idrissi Belkasmi indique que l’ouverture des plis est prévue pour le 20 novembre et, qu’entre-temps, un travail a été accompli depuis trois ans qui a abouti à des documents d’urbanisme de la ville. “Nous avons sorti cinq plans d’aménagement pour les communes Sidi Youssef Ben Ali, Mechouar Kasbah, Médina, l’ancien quartier industriel et Guéliz-Est”, indique-t-on de même source.
Le plan d’aménagement de la partie Marrakech-Ouest, qui concerne donc la Ménara, le quartier M’hamid, Targa etc., est en cours de démarrage.
Ces avancées majeures ne signifient pas que le chemin n’a pas été truffé d’embûches. Selon notre interlocuteur, plusieurs difficultés ont été relevées. Il s’agit notamment de la question évidente de la mobilité, qui concerne la future gare routière, l’extension de l’aéroport ou un nouvel aéroport, les zones touristiques, le stade, la gare LGV, la gare actuelle de chemin de fer, etc. Pour résoudre cette problématique, ont été prévus “des ouvrages de franchissement ou encore des parkings souterrains”. Pour 2025 et 2030, et même en dehors de ces échéances, la mobilité devient le grand défi de Marrakech.