Une salinité élevée du sol peut considérablement nuire à la productivité agricole en affectant la santé des plantes et l’équilibre de l’écosystème environnant. C’est l’un des défis majeurs pour garantir la durabilité des systèmes agricoles et préserver les ressources en eau, puisque les nappes phréatiques sont souvent impactées par l’infiltration de sels.
En effet, la production intensive sous irrigation a permis une amélioration substantielle de la production agricole dans plusieurs régions. Mais en même temps, elle a induit une certaine dégradation de la qualité des eaux et des sols. En cause, l’utilisation excessive d’eau pour l’irrigation couplée à une maîtrise insuffisante du drainage.
Selon une récente étude, la superficie des sols affectée par la salinité est estimée à plus de 500.000 hectares, dont la moitié est localisée dans les périmètres irrigués. “Cependant, des études à grande échelle restent nécessaires pour affiner les estimations concernant l’étendue des sols salins au Maroc”, précisent les scientifiques du Centre régional de recherche agricole de Rabat.
Néanmoins, la caractérisation actuelle du phénomène en dit long sur ses conséquences pour l’agriculture, principalement dans les périmètres irrigués des provinces de Ouarzazate, Tafilalet, Al Haouz, Tadla, Souss-Massa et le Gharb. Dans le sud du Royaume, notamment à Laâyoune, la problématique est également d’actualité.
Cela dit, une agriculture durable et performante est envisageable malgré la salinité des sols. En témoigne des solutions proposées par l’Institut national de recherche agronomique (INRA) et un projet qui promeut l’agriculture dans les régions du Sud, initié par la Fondation Phosboucraa, l’Université Polytechnique Mohammed VI et l’Institut africain de recherche en agriculture durable.
Réduction de la capacité des plantes à absorber l’eau
Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les sols salins contiennent une quantité excessive de sels solubles qui réduit la capacité des plantes à absorber l’eau du sol. Seules des espèces spécialement adaptées peuvent bien se développer dans ces conditions, lesquelles réduisent considérablement la productivité agricole.
Les sols présentant naturellement des niveaux élevés de sel sont principalement dominants dans les zones côtières et dans les régions arides ou semi-arides avec un drainage limité. Cependant, des sols qui ne sont pas naturellement salins peuvent également accumuler une forte concentration de sels.
En cause, les pratiques de gestion non durables, telles que l’utilisation d’eau d’irrigation de faible qualité, des méthodes d’irrigation inadéquates et un mauvais drainage. Sans oublier “l’élimination de la végétation à racines profondes provoquant une remontée de la nappe phréatique, une mauvaise gestion des modifications des sols agricoles et des fertilisants, ou encore le pompage d’eau dans les plaines côtières”, déplore un rapport de la FAO.
D’après l’étude précitée, des données ont été collectées au niveau de 92 points dans le périmètre irrigué de Beni Amir, situé dans la plaine du Tadla. “Des zones de faible, moyenne et haute salinités ont été identifiées, avec une salinité élevée concentrée dans la moitié sud, une salinité modérée couvrant la majeure partie de la zone et une salinité faible située principalement au sud-ouest et sur les rives est et ouest de la région centrale”, précisent les auteurs de l’étude.
Plus au sud du pays, la salinité dans certaines régions affecte également le niveau de production des cultures traditionnelles (maïs fourrager, luzerne), occasionnant une production relativement faible. Mais selon Abdelaziz Hirich, professeur à l’Université Polytechnique Mohammed VI (UM6P), cette réalité n’est pas une fatalité. « Certes, la majorité des eaux souterraines de la région sont salines (plus de 4 g/l de salinité), et les terrains de parcours souffrent de dégradation souvent avancée », déplore-t-il.
Toutefois, dans ces régions où l’élevage constitue la vocation agricole la plus importante, « il existe un potentiel appréciable en ressources naturelles permettant le développement d’une agriculture biosaline », assure notre interlocuteur.
Agriculture biosaline et systèmes d’irrigation innovants
L’agriculture biosaline repose sur des cultures et variétés tolérantes à la salinité, des pratiques culturales adaptées, des ressources en eau saline ainsi que des sols salins et marginaux, en favorisant des cultures telles que le blue panicum, l’orge, l’avoine, ou encore le triticale.
Ces cultures alternatives ont été introduites dans la région de Laâyoune, en particulier dans le périmètre de Foum El Oued affecté par la salinité. Ce périmètre est fortement dépendant de la nappe côtière éponyme. Mais à cause de l’intrusion de l’eau de mer, de la sécheresse et de la surexploitation à des fins agricoles, la qualité des eaux de cette nappe s’est dégradée avec une hausse de la salinisation.
« Les nouvelles cultures alternatives introduites ont montré des performances agronomiques importantes, surtout les graminées au niveau de toutes les plateformes », se félicite Abdelaziz Hirich. « Les amendements organiques et la fertilisation NPK ont eu un impact très positif sur la production fourragère sous les conditions de salinité. En effet, le rendement a été doublé ou triplé dans la majorité des cas », ajoute-t-il.
En sus, la production de blue panicum en culture intercalaire avec la luzerne a permis de doubler le rendement fourrager. La récolte de blue panicum tous les 40 jours a permis de maximiser le rendement et d’obtenir un fourrage de meilleure qualité.
Du côté de l’INRA, des expérimentations ont été menées sur de nouvelles technologies d’irrigation dans la station expérimentale de Melk Zher (Souss-Massa). Elles ont permis de comparer l’efficacité des systèmes d’irrigation par nanotubes (tubes poreux perforés de milliers de trous nanométriques) et par goutte-à-goutte sous des conditions salines.
Les conclusions indiquent que dans les deux systèmes d’irrigation, la salinité du sol a augmenté après un an d’irrigation, en corrélation avec l’augmentation de la salinité de l’eau d’irrigation. Cependant, les niveaux de salinité sont plus élevés sous irrigation goutte-à-goutte par rapport à l’irrigation par nanotubes.