Dans un contexte de montée en puissance de la Marine royale, plusieurs sources ont évoqué la volonté du Maroc d’acquérir des sous-marins, une option qui serait considérée comme une priorité stratégique. Toutefois, selon l’expert militaire Abdelhamid Harifi, contacté par Médias24, une telle option est prématurée et mal adaptée aux capacités actuelles de la Marine royale. Dans une analyse approfondie, Abdelhamid Harifi relève plusieurs obstacles majeurs à la création d’une flottille de sous-marins, en particulier l’absence d’une tradition sous-marine dans le pays, ainsi que les contraintes budgétaires et opérationnelles.

Entre ambitions et réalité

Le Maroc, selon les informations rapportées dans certains médias, « se penche sur plusieurs modèles de sous-marins, notamment l’Amur 1650 russe et le Scorpène français, pour lesquels des négociations seraient en cours ». Certaines sources ont même mentionné une prétendue préférence de la Marine royale pour le sous-marin nucléaire français Barracuda, bien que ce dernier ne soit pas destiné à l’exportation dans ses versions conventionnelle et nucléaire.

Cependant, selon Abdelhamid Harifi, il est « complètement illogique » que le Maroc envisage d’acheter un tel appareil, un sous-marin de haute technologie et très coûteux, alors que le pays ne possède pas de tradition dans ce domaine.

« Un pays comme le Maroc, qui n’a jamais opéré de sous-marins, ne peut pas se permettre de faire de tels investissements sans une réelle capacité d’exploitation », affirme note interlocuteur. Ce dernier fait référence à un projet avorté datant des années 2000, où le Maroc avait tenté d’instaurer une flottille de sous-marins en négociant avec des pays comme la Grèce ou l’Allemagne pour des sous-marins compacts de type 209. Ce projet n’a pas abouti, et il semble aujourd’hui que le Maroc ait d’autres priorités.

Un besoin urgent de renouveler la flotte de patrouille

L’expert militaire estime qu’à court et moyen terme, la Marine royale ne devrait pas se concentrer sur l’acquisition de sous-marins, mais plutôt sur le renouvellement de sa flotte de patrouille, vieillissante et en mauvais état. « Les flottes de patrouille ont un âge moyen de 25 à 30 ans, et elles arrivent en fin de vie opérationnelle », rappelle l’expert. Il mentionne également des images récentes de patrouilleurs en état de dégradation avancée, utilisés pour repêcher des migrants au large de la côte sud du Maroc. Ces navires doivent être remplacés, souligne-t-il, avant même de penser à la création d’une flottille de sous-marins.

La priorité absolue de la Marine royale, aujourd’hui, est de sécuriser les eaux marocaines, de lutter contre l’immigration clandestine et de préserver les ressources halieutiques

« La priorité absolue de la Marine royale, aujourd’hui, est de sécuriser les eaux marocaines, de lutter contre l’immigration clandestine et de préserver les ressources halieutiques. Nous avons besoin de renouveler les patrouilleurs pour garantir une surveillance efficace de notre littoral, et non de consacrer une partie de notre budget à des sous-marins qui nécessitent des investissements colossaux », précise-t-il.

Défis techniques et économiques : des investissements faramineux

Acquérir des sous-marins, qu’il s’agisse des modèles Scorpène ou des Lada 1550, demande des investissements énormes, non seulement pour leur achat, mais aussi pour la formation des équipages et l’aménagement des infrastructures nécessaires à leur entretien et à leur déploiement. Abdelhamid Harifi souligne également que le Scorpène, bien qu’étant un sous-marin de haute qualité, est un modèle complexe et coûteux qui dépasse largement les capacités actuelles de la Marine royale.

Les négociations autour de la copie espagnole du Scorpène, le S-80, n’ont pas non plus abouti, malgré des discussions passées. Le fabricant espagnol Navantia avait acquis les droits de construire des copies du Scorpène français, mais l’information concernant une possible commande marocaine a été catégoriquement démentie par des sources proches de l’entreprise.

Pour l’expert, l’achat de ces sous-marins « représente un investissement stratégique considérable, à la fois en termes de coûts d’achat, mais aussi en termes de formation et de maintenance, et cela semble déconnecté des priorités immédiates du pays ».

Renforcer les capacités côtières et aéronavales

Plutôt que de se concentrer sur des sous-marins, Abdelhamid Harifi pose comme priorité de renforcer la défense côtière du Maroc. Cela passe par l’implantation de batteries de défense maritime variées, l’installation d’une chaîne de sonars le long du littoral pour détecter toute présence sous-marine ennemie, et le développement d’une aéronavale capable de lutter contre les sous-marins. Cette dernière option semble plus réaliste et beaucoup moins coûteuse, tout en répondant efficacement aux besoins de surveillance et de défense.

« Le développement d’une aéronavale capable de mener des opérations contre des sous-marins serait moins coûteux en termes d’investissement et de formation, et permettrait d’assurer une couverture efficace du littoral », précise Abdelhamid Harifi. Il ajoute que les capacités humaines et financières limitées du Maroc, ainsi que la faiblesse de ses unités de combat, rendent l’achat d’une flottille de sous-marins totalement incompatible avec les priorités stratégiques actuelles.

La menace algérienne et les priorités géopolitiques

L’expert militaire reconnaît que, dans un contexte géopolitique marqué par la présence d’un voisin comme l’Algérie, qui possède des sous-marins, leur acquisition pourrait constituer un atout à long terme pour le Maroc. Cependant, il insiste sur le fait que cette acquisition ne doit pas être une priorité immédiate. Selon lui, la menace principale ne se trouve pas nécessairement en mer, mais plutôt dans les zones désertiques qui marquent les frontières entre les deux pays, où des conflits potentiels seraient plus concentrés.

« Les enjeux géopolitiques avec l’Algérie se joueront plus probablement dans le centre du pays, dans les zones désertiques, qu’au large des côtes marocaines. De plus, la position stratégique du détroit de Gibraltar, l’un des passages maritimes les plus fréquentés au monde, rend toute perturbation du trafic maritime dans cette région quasiment impossible », affirme-t-il.

Les enjeux géopolitiques avec l’Algérie se joueront plus probablement dans le centre du pays, dans les zones désertiques, qu’au large des côtes marocaines

D’ailleurs, la visite du général de corps d’armée, Mohammed Berrid, inspecteur général des FAR et commandant de la zone Sud, au porte-avions américain USS Harry Truman au large d’Al Hoceima témoigne de l’importance stratégique que les Etats-Unis accordent  à la sécurité de la zone.

Ainsi, si l’acquisition de sous-marins reste pertinente sur le long terme, il est essentiel que le Maroc prenne le temps de bâtir progressivement les bases nécessaires à une telle flotte, sans sacrifier ses priorités immédiates de défense et de surveillance maritime.