Selon les chiffres des douanes françaises, principale porte d’entrée de la tomate nationale, entre janvier et septembre 2024, le Maroc a déjà exporté plus de 303.000 tonnes au mois de septembre. Un chiffre qui approche les 425.000 tonnes enregistrées à fin 2022.

Sachant que la saison d’exportation de la tomate vers l’Union européenne vient à peine de commencer, et que son pic se situe entre octobre et mars, tout laisse à croire que ce record historique sera atteint cette année encore.

Leader européen

Au niveau de la plateforme Agridata, dépendant de la Commission européenne, la tendance est confirmée. Les exportations de tomates du Maroc vers l’UE jouissent du privilège d’avoir une page propre avec la Turquie et la Grande-Bretagne. À 529.000 tonnes, ces exportations vers l’UE dépassent donc en septembre la moyenne quinquennale qui se situe à 494.000 tonnes.

Dans le détail, le Maroc est selon la douane française, le premier exportateur mondial de tomates vers le pays. Avec des parts de marché de 72% en volume et 78% en valeur (577 millions d’euros), entre janvier et septembre, le pays continue de renforcer sa position de leader incontesté en France, mais aussi en Europe.

La France via le marché Saint-Charles de Perpignan est la principale plateforme de distribution de la tomate marocaine en Europe. Selon les chiffres de la douane, en quinze ans, la part de marché du Maroc a évolué de 52% des volumes importés en France et 48% de leur valeur, à 75% des volumes et 78% de la valeur en 2023.

Le Maroc a récupéré les parts de marché de la tomate espagnole sur le marché européen

C’est d’ailleurs ce que nous explique un des principaux opérateurs nationaux pour qui « même si l’on est sur une tendance croissante par rapport à l’année dernière et que celle-ci s’inscrit sur le long terme, cette année n’a rien de révolutionnaire en termes de tonnage d’exportation. La saison vient à peine de démarrer, et on ne sait pas encore comment elle va évoluer, même si on est en bonne voie pour arriver au niveau des exportations records d’il y a deux ans ».

Pour notre interlocuteur, le Maroc, à travers ses exportations en France et d’autres pays comme les Pays-Bas ou la Belgique, a récupéré les parts de marché de la tomate espagnole sur le marché européen.

De la compétitivité, mais aussi une inflation des coûts

Cette tendance s’explique, selon lui, par plusieurs sources de compétitivité. Celles-ci proviennent essentiellement du coût de la main-d’œuvre et de sa disponibilité, ainsi que du non-recours au chauffage des serres (comme c’est le cas en Europe), ce qui diminue par ailleurs l’impact carbone.

Selon notre source, le coût carbone d’un kilogramme de tomates en Europe est de 7 kg de carbone issu non seulement du chauffage au gaz et de la consommation électrique de l’éclairage 24 h/24, mais aussi de l’injection directe de carbone dans les serres pour améliorer les rendements.

Au Maroc, ce coût carbone est de 1 kg de carbone pour un kilogramme de tomates produites. « Ecologiquement, il n’est plus pertinent de produire de la tomate en Europe, notamment dans le Nord », souligne ainsi notre opérateur.

À cela s’ajoute le recours à l’eau issue du dessalement, associée à l’eau de pompage dans la région d’Agadir (qui concentre 96% des exportations marocaines de tomates), qui permet à la tomate marocaine de rester compétitive, surtout, la tomate de segmentation (tomate cerise ou cocktail par exemple).

Ecologiquement, il n’est plus pertinent de produire de la tomate en Europe, notamment dans le Nord

Toutefois, bien que les prix aient sensiblement augmenté depuis 2021, passant en moyenne (toutes variétés confondues) de 1,34 €/kg à 1,9 €/kg sur les 9 premiers mois de 2024, notre interlocuteur ne cache pas son inquiétude quand au maintien de la rentabilité. « Ce ne sont pas seulement les prix qui augmentent, c’est aussi l’ensemble des coûts. Et ce n’est pas parce qu’on fait du volume que la rentabilité augmente aussi », affirme-t-il.

Quoi qu’il en soit, cette dynamique croissante des exportations marocaines de tomates suscite d’intenses débats au sein de l’UE, particulièrement en France et en Espagne, mettant les opérateurs nationaux sous pression. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs décliné nos demandes d’interview.