« L’adoption en août 2022 de la loi 11-16 a renforcé la transparence dans l’octroi des licences d’agents de voyages, grâce à une plateforme digitale facilitant la procédure administrative, mais la suppression de certains garde-fous a ouvert notre secteur à une concurrence plus inquiétante », dénoncent plusieurs interlocuteurs, craignant d’être dépassés par l’arrivée croissante d’opérateurs étrangers en quête d’opportunités commerciales.
« Un assouplissement des conditions d’octroi qui élargit le champ des candidatures »
Ayant pour vocation de s’adapter à l’évolution des habitudes d’achat et de consommation des voyageurs, ainsi qu’au développement de l’e-tourisme par le biais d’une plateforme digitale, le nouveau cadre réglementaire instauré a non seulement permis de faciliter les conditions d’accès à l’activité d’agents de voyages, mais aussi de multiplier leur nombre et le type de profil accepté.
L’assouplissement des modalités d’octroi de la licence a en effet permis à toutes les personnes désireuses de se lancer dans ce secteur d’activité, naguère plus encadré, de le faire sans aucune contrainte, à partir du moment où elles disposent des capacités intellectuelles, morales et financières adaptées.
« Dispensés des obligations antérieures, les acteurs étrangers s’engouffrent dans la brèche »
En effet, les candidats au métier d’agent de voyages sont désormais non seulement dispensés de présenter des aptitudes particulières, un diplôme spécialisé ou des garanties financières, mais également de toute obligation d’exclusivité, ce qui leur permet d’opérer dans le même temps dans d’autres secteurs d’activité que le tourisme grâce à la création d’une nouvelle licence de « distributeur de voyages ».
Sollicité par Médias24, Fouzi Zemrani, ex-président de la FNAVM (Fédération nationale des agents de voyages du Maroc), a tenu à préciser que l’évolution récente de la loi 11-16 régissant la profession d’agent de voyages a attiré de nombreux opérateurs étrangers qui, jusqu’en 1996, n’avaient pas le droit d’exercer sur le territoire sans être dûment assistés du concours d’entités marocaines, physiques ou morales, titulaires d’une licence A ou B pour organiser des circuits, excursions et autres manifestations artistiques.
« Un nombre croissant de plateformes accaparent la clientèle étrangère »
Si depuis 1996, la loi 31-96 avait abandonné la gradation des licences A et B ainsi que la nécessaire marocanité du partenaire, elle avait imposé de créer au moins 5 emplois permanents et de réaliser 50% de son chiffre d’affaires en devises, obligations que la loi 11-16, adoptée en 2022, a abandonnées.
« Confrontés à un nombre croissant de plateformes étrangères qui accaparent la majorité des clients internationaux et coupent l’herbe sous le pied des opérateurs nationaux, avec une absence totale de garde-fous législatifs préjudiciable à leurs intérêts, la profession doit de surcroît gérer la concurrence déloyale de l’informel », rappelle Fouzi Zemrani qui regrette l’absence de levier public pour accompagner les agents de voyages dans leur marche inexorable vers la désintermédiation.
Et de conclure que lorsqu’on légifère pour actualiser une loi, l’objectif est d’améliorer le quotidien des acteurs de l’écosystème et non pas de valoriser les nouveaux venus au détriment des anciens qui avaient déjà dû survivre à la pire crise financière de leur histoire, à savoir la crise sanitaire du Covid-19.