Les températures jouent un rôle clé dans la production des tomates rondes, influençant l’ensemble du cycle de production, de la croissance à la maturation des fruits. C’est précisément le cas en cette fin d’automne, où les températures sont anormalement élevées, en particulier à Chtouka-Ait Baha, la principale zone de production de tomates rondes du pays.

À l’inverse du froid, qui a un effet ralentissant, ces conditions climatiques favorisent le développement et la maturation des fruits. La récolte est donc continue et abondante. Une aubaine pour le consommateur, mais un véritable casse-tête pour les agriculteurs qui sont contraints de vendre à perte.

Ces dernières semaines, « Le Maroc a connu une hausse significative des températures, notamment dans les régions du sud et du centre. Les températures enregistrées ont dépassé les moyennes saisonnières de 5 à 12 degrés Celsius, en particulier dans la région du Souss », précise à la fin du mois de novembre, la Direction générale de la météorologie (DGM).  

Les tomates rondes sont vendues entre 50 centimes et 2 dirhams le kilo

« Bien que des températures plus élevées en cette période de l’année puissent survenir, cette augmentation n’est pas courante. Cela est dû à la répartition inhabituelle des hautes et basses pressions de l’air, comme c’est le cas avec l’altitude de l’air au-dessus de l’Afrique du Nord, qui a poussé les masses d’air chaud vers le pays », ajoute la même source.

Des conditions climatiques qui préoccupent autant les météorologues que les producteurs de tomates dans le Souss. Car, si elles sont idéales pour garantir une bonne récolte, elles ne correspondent pas à la meilleure période de l’année pour trouver preneur. En conséquence, le prix de la tomate ronde reste bas au marché de gros de fruits et légumes à Inezgane, l’un des plus importants du Royaume.

« Les tomates rondes sont vendues entre 50 centimes et 2 dirhams le kilo », assure à Médias24 Abdelaziz Maânaoui, président de l’Association des producteurs de Chtouka (ACPA). Cette basse fourchette des prix de la tomate se répercute sur le marché de gros de fruits et légumes à Casablanca, où le kilo est vendu entre 1,5 et 2,8 DH.

Augmentation de la superficie d’environ 300 hectares

D’autres facteurs ont joué un rôle clé dans ce recul des prix, comme l’augmentation de la superficie cultivée. « La superficie dédiée aux tomates rondes dans le Souss a atteint 4.300 hectares, soit une hausse d’environ 300 hectares par rapport à l’année dernière à la même époque », nous indique une source sûre.

En outre, « les producteurs ont commencé leur cycle de production en même temps, ce qui entraîne une récolte simultanée. De plus, d’autres zones agricoles du pays produisent également », précise Abdelaziz Maânaoui, en soulignant qu’à ce prix de vente, les producteurs ne couvrent même pas leurs frais.

« Le coût de production sous serre des tomates rondes à l’hectare dépend de plusieurs paramètres, notamment de la santé de la plante et de son exposition à des virus ou à des maladies. En moyenne, le prix de production à l’hectare dans une serre canarienne se situe entre 60.000 et 70.000 DH. »

« Pour assurer une rentabilité, il faut que l’agriculteur vende le kilo entre 4 et 4,5 DH en sortie de ferme », ajoute notre interlocuteur. Afin de réduire les pertes, certains agriculteurs « tentent de laisser les tomates sur les plants jusqu’à ce que les prix sur les marchés s’améliorent, ce qui décale la prochaine plantation », affirme Abdelaziz Maânaoui.

Pour assurer une rentabilité, il faut que l’agriculteur vende le kilo entre 4 et 4,5 DH en sortie de ferme

« Mais, par la suite, lorsque les agriculteurs vont replanter, le froid risque de ralentir le cycle de production de la plante et donc de décaler la récolte. En conséquence, une hausse des prix des tomates rondes n’est pas à exclure dans les prochains mois », prévient-il. Idéalement, conserver ou transformer le surplus de production aurait été la solution idéale dans ce genre de situations.

Cependant, cette activité est encore peu développée tant au niveau régional que national. En effet, la production nationale de tomates en conserve (concentré de tomate, purée de tomate, tomate en conserve) ne couvre que 60% du besoin national (21.000 tonnes/an).

Environ 1.750 ha sont mobilisés pour une production estimée à plus de 140.000 tonnes/an de tomates industrielles destinées à la fabrication de conserves. Pour améliorer le taux de transformation et d’entreposage frigorifique, qui concernent l’ensemble de la filière maraîchère, les espoirs reposent sur le Contrat-Programme 2020-2030.

Signé le 4 mai 2023 à Meknès, en marge du Salon international de l’Agriculture (SIAM), ce programme prévoit qu’à l’horizon 2030, le taux de conditionnement atteigne 35% contre 25% actuellement, que le taux de transformation passe à 10% (contre 5%) et que le taux d’entreposage frigorifique soit de 15% contre 10%.