Après avoir proposé plusieurs plans d’aménagement qui n’ont jamais été adoptés par le Secrétariat général du gouvernement (SGG), l’Agence urbaine a élaboré un nouveau projet ayant pour principal objectif de freiner le ralentissement urbanistique de Rabat dû à la cherté du foncier et du parc immobilier.

Selon le document consulté par Médias24, ce projet de plan vient avec un parti d’aménagement qui se décline comme suit :

  • optimiser l’étalement urbain par l’ouverture à l’urbanisation de 25% des réserves foncières mobilisables, soit 2% du périmètre d’aménagement du PA ;
  • opter pour le renouvellement urbain de 14% du tissu existant, soit 8% du périmètre d’aménagement du PAU, en vue de créer de nouvelles centralités et de stabiliser la population de la capitale ;
  • capter la classe moyenne qualifiée de la population ;
  • encadrer la territorialisation de la capitale pour permettre d’étendre cette dynamique aux autres villes de la conurbation Rabat-Salé-Témara ;
  • conforter le label vert de Rabat en augmentant le ratio des espaces verts par l’ajout à 274 ha.

Des logements hors de prix qui poussent de nombreux habitants à quitter Rabat

« Nous avons débattu jeudi 12 décembre au sein du Conseil municipal du projet de plan d’aménagement de la ville de Rabat dont le principal point saillant sera de déterminer la nature des futures constructions qui seront autorisées lors des 10 prochaines années», nous confie l’élu d’opposition FGD (Fédération de la gauche démocratique), Omar Hayani, en précisant que cette procédure qui va durer un an vient de commencer après le lancement d’une enquête publique où les citoyens et les élus ont été invités à émettre leurs remarques.

Et d’ajouter que ce nouveau plan d’aménagement pour Rabat est d’autant plus nécessaire que sa population est en train de décliner depuis une trentaine d’années depuis que les anciens habitants des bidonvilles ont été relogés en dehors de la ville, mais aussi et surtout à cause de la cherté des logements qui empêche la classe moyenne de se fixer à Rabat et l’oblige à s’installer dans des zones aux prix moins prohibitifs.

En effet, le document évoque le « ralentissement démographique à Rabat » qui s’explique par « des mouvements opposés ». La population de Rabat a baissé entre 2004 et 2014, est-il avancé dans le projet de plan d’aménagement. Une tendance qui se confirme par le dernier Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH 2024) dont les résultats ont été révélés récemment. La population de la capitale continue sa baisse:

  • 2004 : 627.932
  • 2014: 577.827
  • 2024 : 506.843

Cette évolution est le résultat « d’un processus complexe où se combinent plusieurs facteurs à effet démographique globalement répulsif ». Parmi ces facteurs, le document cite « le caractère de plus en plus prohibitif des prix du foncier et de l’immobilier qui ne favorise guère l’installation de nouveaux ménages ».

Autre facteur mentionné : « les départs volontaires ou organisés de très nombreux ménages des quartiers pauvres ou insalubres vers les centres de banlieue relativement plus accessibles, mais aussi vers les villes limitrophes.

Il est également question de « la cherté grandissante du coût de l’enfant (dépenses élevées pour la scolarisation et la santé) qui oblige à réduire la natalité. Un facteur social qui n’est pas propre à Rabat, mais à toutes les grandes villes.

« Un classement en zone villas qui ne fera pas revenir la classe moyenne »

C’est justement sur les moyens d’endiguer cette hausse croissante des coûts du foncier et des prix immobiliers à Rabat que l’élu de l’opposition estime que le contenu du nouveau plan d’aménagement proposé par l’Agence urbaine est totalement inadapté voire décalé par rapport aux besoins de ses habitants.

Mettant en cause les mesures proposées pour faire revenir « en théorie » la classe moyenne dans la capitale, Omar Hayani rappelle que contrairement à la version précédente du plan d’aménagement présenté au début de l’année qui proposait d’autoriser la construction d’immeubles R+4 dans la région éloignée de Akrech, la mouture actuelle préconise que cette zone ne doit plus comporter que des villas.

Une proposition qui aggravera, selon lui, l’exil des membres des classes moyennes dans l’incapacité de s’offrir un terrain onéreux pour construire et encore moins de s’acquitter d’un loyer dans une zone périphérique de la capitale qui nécessite des frais de transport importants pour se rendre à son travail.

« Un risque de faire flamber le prix du m2 au quartier de l’Agdal »

Et de dénoncer une autre disposition du plan d’aménagement qui obligera les promoteurs à acheter au moins 2 villas, voire 4 avant d’être autorisés à construire un immeuble R+3 dans la partie du quartier de l’Agdal toute proche de l’hôpital Avicenne où les dernières maisons particulières se vendent à prix d’or.

Tout en louant la démarche initiale de transformer cette zone réservée aux villas en un secteur à usage d’immeubles qui permettra d’offrir plus de choix de logements aux habitants, notre interlocuteur estime que cette obligation aura pour effet de faire flamber jusqu’à « 30.000 ou 40.000 dirhams le mètre carré ».

« Même décalage urbain au quartier Yacoub El Mansour où le plan prévoit de construire des immeubles R+6 sur les grandes avenues alors que les petites rues accueilleront au maximum des immeubles R+2 », estime Omar Hayani pour qui le projet ne modifie que la façade sans résoudre les problèmes et qu’il aurait été plus judicieux de généraliser des immeubles R+6 pour loger davantage de personnes.

« Le Conseil n’a pas de baguette magique pour faire baisser les prix à Rabat »

De son côté un élu de la majorité du RNI estime que la ville ne peut pas être étendue infiniment pour accueillir davantage d’habitants.« Il est faux de prétendre que ce projet de plan d’aménagement urbain ne prend pas en considération les préoccupations des habitants qui font face à une hausse des prix des logements aussi bien à l’achat qu’à la location car il prévoit de transformer plusieurs quartiers qui abritent des villas en zone exclusivement immeubles et d’autoriser la construction d’étages supplémentaires jusqu’à R+6 pour les petits immeubles ».

Arguant que les réserves foncières sont pratiquement épuisées, le conseiller nous déclare que le Conseil municipal n’a pas de baguette magique pour faire baisser les prix des logements à l’achat ou à la location « qui vont encore continuer à grimper durant les prochaines années ».

Et de reconnaitre, sous le sceau de l’anonymat, que ceux qui n’ont pas les moyens de se loger à Rabat intra-muros n’auront d’autre choix que de se loger dans la périphérie de la capitale, voire même dans d’autres régions du Maroc moins onéreuses …