L’ombre d’une nouvelle année de sécheresse continue de planer sur le secteur agricole. Malgré un début de campagne prometteur en termes de pluviométrie, les dernières semaines sèches ont douché les espoirs des agriculteurs, notamment dans les zones Bour, où les plantes céréalières ne sont pas les seules à souffrir. 

Les pluies du mois de novembre ont certes lancé les travaux du sols et permis d’améliorer les performances de la filière oléicole dans la région de Fès-Meknès, augmentant ainsi le taux d’huile, mais depuis, les précipitations se sont raréfiées. Actuellement, les plantes subissent un stress hydrique « à des degrés divers, selon la date du semis », explique à Médias24 Mostapha Mrhari, chef de division des filières de production agricole à la Direction régionale de l’agriculture (DRA) de Fès-Meknès.

« À l’image des légumineuses, toutes les grandes cultures sont également stressées en raison de la sécheresse et de l’amplitude de température entre le jour et la nuit. Nous espérons des précipitations dans les prochains jours », ajoute-t-il. Selon M. Mrhari, « les plantes herbacées, comme les légumineuses, ont généralement une capacité de défense et une résilience face à la sécheresse inférieures à celles des plantes ligneuses ». Ce qui explique pourquoi les rosacées sont moins affectées par le climat sec actuel.

La plupart des fruits du Maroc proviennent de rosacées: pommes, abricots, poires, pêches, prunes, cerises, amandes, nèfles, coings, fraises, framboises….

À ce jour, la baisse des températures est particulièrement bénéfique pour la filière des rosacées. « Les rosacées entrent en dormance, et plus elles sont exposées au froid, meilleure sera leur floraison. Une floraison optimale conduit à un meilleur rendement pour l’année suivante », souligne M. Mrhari.

Globalement, les plantes ligneuses, telles que les arbres, grâce à leurs structures plus robustes et leurs systèmes racinaires profonds, tolèrent mieux des périodes prolongées de stress hydrique. Cependant, elles ne sont pas totalement à l’abri des conséquences de la pénurie d’eau, surtout dans la région de Marrakech-Safi. 

« Tandis que les cultures annuelles, comme les légumineuses, se portent assez bien, la situation est plus complexe pour les cultures pérennes, notamment les arbres fruitiers », confirme une source professionnelle. « Les zones de production qui bénéficient de l’eau souterraine parviennent à maintenir leur irrigation, mais dans d’autres zones, la sécheresse affecte gravement les cultures. Certains arbres sont stressés, tandis que d’autres sont totalement desséchés, notamment ceux qui ne bénéficient pas des eaux des barrages ou des pompages », ajoute notre interlocuteur.

De plus, « actuellement, les autorisations de pompage sont suspendues par l’Agence du bassin hydraulique de Tensift », précise-t-il. Une décision qui s’explique par la chute inexorable des réserves souterraines dans ce bassin. À titre d’exemple, le niveau piézométrique de la nappe phréatique Oulad Bou Sbâa a reculé d’environ six mètres au cours de l’année hydrologique 2023-2024, selon le ministère de l’Équipement et de l’Eau.

Source : Ministère de l’Equipement et de l’eau
Source : Agence du bassin hydraulique de Tensift

La situation est particulièrement complexe pour les producteurs d’agrumes, principalement implantés dans la province de Marrakech. « Contrairement à d’autres cultures, ils ne dépendent pas uniquement des eaux des barrages ou des précipitations. Pour assurer une irrigation mixte, ils puisent également dans les nappes phréatiques », explique notre interlocuteur.

En conséquence, les superficies cultivées diminuent d’année en année. « Les agriculteurs qui irriguaient autrefois 30 hectares se contentent désormais de 20 hectares, sacrifiant ainsi 10 hectares », regrette notre source.« Certains, pour préserver l’intégralité de leurs vergers, préfèrent répartir l’eau disponible sur tous leurs arbres, quitte à réduire le rendement, leur priorité étant avant tout de maintenir leurs arbres en vie », conclut-elle.