En 2024, le marché de l’automobile a connu une croissance de 9% par rapport à l’année précédente, après deux années de stagnation. Le secteur a également été résilient face à un marché économique mondial incertain, ce que le président de l’Aivam, Adil Bennani, explique par le fait que « le Maroc, étant un petit marché, n’obéit pas aux grandes tendances mondiales. Quand l’économie du pays fonctionne, la consommation suit ».

L’offre sur le marché est revenue à la normale, induisant ainsi une baisse de l’inflation dans le secteur.

Le marché de l’automobile a aussi connu l’arrivée de nouveaux entrants et l’introduction de nouvelles technologies. « Vu que nous sommes aux normes Euro 6, cela permet aux constructeurs de nous fournir toute la palette de leurs produits », et donc d’avoir un marché étoffé.

La citadine a par ailleurs repris le lead en 2024, aux côtés du SUV, poussée par la location courte durée qui représente à elle seule le tiers du marché de l’automobile.

Enfin, sur le secteur de l’énergie, les opérateurs poursuivent leur combat pour faire de la croissance et disposer d’un écosystème plus intéressant à même d’encourager le véhicule propre.

176.401 unités écoulées en 2024

Le marché automobile global, en cumul à fin décembre 2024, totalise 176.401 unités, en hausse de 9,22% comparativement à fin décembre 2023, où se sont écoulées 161.504 unités.

« Nous avons fait une bonne année », estime Adil Bennani. « Nous avons réalisé une croissance de 6% par rapport à l’année de référence 2019, et de 9% par rapport à l’année dernière », a-t-il déclaré, soulignant que « la majorité des ventes sont arrivées sur la seconde partie de l’année ».

« C’est donc une année qui nous a positivement surpris » admet-il, « notamment sur le second semestre ». Le record à battre reste toutefois celui réalisé en 2018 avec 177.357 unités écoulées. « Je pense qu’on n’aura pas de mal à le dépasser cette année [2025, ndlr] », estime le président de l’Aivam.

 

« Cette augmentation des ventes est principalement portée par les véhicules de tourisme, le secteur de la location représentant la grosse part du marché, mais aussi par l’utilitaire ».

Et Adil Bennani de poursuivre : « Le secteur de la location a atteint 52.500 unités en 2024, soit une croissance d’environ 13% par rapport à l’année passée, sur un marché dont la croissance est de 9%. C’est donc assez important ».

« Nous avons par ailleurs enregistré une baisse de la demande pour les véhicules taxis, à cause de la fin du programme de subvention qui était en vigueur, et que nous avons demandé aux autorités de relancer. Le renouvellement des taxis représente en 2024 à peine 80 véhicules, ce qui est très faible ».

Par ailleurs, « nous avons remarqué une croissance du véhicule d’occasion importé, avec une augmentation sur le segment des véhicules de 3 à 5 ans qui dépasse le niveau d’avant-Covid. On remarque que le véhicule de plus de 5 ans est également présent, même si théoriquement cela est interdit, mais il semblerait que des dérogations soient faites, notamment pour les Marocains résidant à l’étranger de retour définitivement dans le Royaume ».

« En termes de mutations, nous avons eu, en 2024, 28% de mutations supplémentaires par rapport à l’année dernière, pour un marché à 95% informel. Au sein de l’Aivam, nous militons pour la facilitation des procédures administratives, pour capter une partie de ce marché », laquelle s’élève actuellement à seulement 1%. « Nous n’avons jamais été aussi proches de le faire, puisque la NARSA va mettre en place une nouvelle plateforme à partir de fin janvier qui nous permettra de faire des reprises sans devoir faire des doubles mutations. Tout ceci s’accompagnera d’un dispositif réglementaire, ainsi que d’autres mesures qui nous faciliteront la tâche dans ce business ».

Une offre étoffée et une reprise du secteur de la location

La situation sur le marché s’explique, selon Adil Bennani, par plusieurs facteurs, avec à leur tête, les chaînes d’approvisionnement qui sont revenues à la normale. « Nous avons eu une offre plus étoffée, notamment sur les véhicules à énergie alternative ».

Le deuxième facteur est relatif au taux d’intérêt, lequel était en baisse en 2024, « à la suite du desserrement des politiques monétaires des différentes banques centrales, dont la nôtre. Cela a permis une légère baisse du coût du crédit. L’accès au crédit est aussi meilleur par rapport au post-Covid, les taux de refus ayant légèrement baissé, ce qui a aidé à la consommation ».

Le troisième facteur a trait au prix du carburant. « Nous avons eu une légère baisse des prix à la pompe et nous avons vu une dizaine de nouveaux entrants sur le marché, qui en ont progressivement pris une part ».

Enfin, « nous avons vécu une très belle année touristique, ce qui a directement impacté la location courte directe des véhicules, qui représente quasiment un véhicule sur trois que les concessionnaires vendent ». 

En décembre, record des ventes sur le VP et le VUL

Si l’on analyse les performances de l’année 2024 par trimestre, nous remarquons que le premier trimestre a démarré par une tendance baissière sur le véhicule personnel (VP), avec une baisse de 6% par rapport au dernier trimestre de 2023. « Nous avons toutefois pu rééquilibrer le marché en milieu d’année, mais le plus gros des ventes a été réalisé durant le deuxième semestre, avec 12% de croissance sur le T3 et 21% de croissance sur le T4″.

« Octobre, novembre et décembre ont ainsi été des mois de grande croissance, décembre ayant réalisé quasiment environ 30% de croissance à lui seul, enregistrant ainsi un record mensuel absolu ».

En effet, les statistiques des ventes globales du mois de décembre 2024 s’élèvent à 22.622 unités et indiquent une hausse de 29,14% comparativement à décembre 2023, où se sont écoulées 17.518 unités. Le VP a, lui, enregistré une hausse de 28,6%, avec 20.398 voitures vendues par rapport à décembre 2023, au cours duquel se sont vendus 15.861 véhicules.

Sur le véhicule utilitaire léger (VUL), « le secteur a réalisé une croissance continue sur toute l’année. Nous avons toutefois enregistré une baisse sur le T2, qui a vite été rattrapée au second semestre », a fait savoir Adil Bennani.

Un record mensuel a donc également été enregistré en décembre 2024 sur cette catégorie de véhicules, avec 2.224 unités vendues contre 1.657 en décembre 2023, soit une croissance de 34,22%.

La croissance drivée par les citadines et les SUV

Si l’on s’intéresse aux segments de véhicules, l’on peut constater que la croissance de la catégorie des VP en 2024 continue d’être drivée par le SUV qui plaît toujours, enregistrant une croissance de 12%, mais aussi la citadine, à laquelle s’intéressent particulièrement les loueurs.

Sur le VUL, l’ensemble des segments sont sur une tendance croissante, avec 21% pour le pick-up notamment. « Certes, l’agriculture ne se porte pas très bien mais, au cours des années, a émergé le secteur de l’entreprise qui a adopté ce modèle de véhicule qui réalise de bonnes ventes, permettant au pick-up de continuer à croître, même si ses prix ont structurellement augmenté sur les six à sept dernières années », explique Adil Bennani.

Agadir perd du terrain après l’arrêt du monospace Lodgy

En termes d’agglomérations, « toutes les villes sont au vert », souligne le président de l’Avaim, « avec Salé et Taza qui font exception. »

« Nous avons toutefois remarqué que la ville d’Agadir ne détient plus que 1% de part de marché. Cela s’explique par le fait que cette ville était très portée sur le Lodgy (Dacia). Son arrêt a ainsi impacté la croissance du marché à Agadir ».

Quelles perspectives pour 2025 ?

Adil Bennani estime que pour cette nouvelle année, « la croissance se poursuivra au niveau mondial, mais le terrain sera relativement miné. Au niveau macroéconomique, on attaque une année de croissance qui sera sensiblement la même que 2024, sauf secousses majeures ».

« L’Europe, qui est à nos portes, sera à environ 1% de croissance, ce qui nous impactera en partie. Le contexte géopolitique finira aussi par nous impacter, si les barrières douanières font que le marché américain est fermé au marché chinois. La Chine doit s’exporter et faire croître ses ventes, et si les États-Unis, qui sont un grand marché, ne s’ouvrent pas, la Chine fera ses ventes ailleurs ».

D’autre part, « le trend des prix continuera à la hausse en raison des innovations qui se poursuivront, et la croissance du véhicule électrique continuera au rythme des supports fournis par les États ».

« Au Maroc, le tourisme devrait continuer à croître, ce qui permettra de pousser plusieurs secteurs », ajoute le président de l’Aivam, notant que « le PIB sera aussi soutenu, puisque la demande publique est là. Nous avons des évènements mondiaux que nous sommes en train de préparer, et la mobilité en constitue un volet majeur ».

Le troisième facteur évoqué par Adil Bennani est l’amnistie. « Cet argent qui est entré dans les caisses des banques n’a aujourd’hui aucune raison d’être caché. Il doit sortir, ce qui donnera une bouffée d’oxygène énorme au secteur de l’automobile ».

Enfin, « l’électrification dépendra du courage politique en termes d’incentives et du réseau public. En attendant, l’hybride continuera à performer ».

« Tout cela aboutira à une croissance du marché qui devrait dépasser la barre des 5%, ou atteindre environ 185.000 unités vendues, ce qui devrait constituer un record au Maroc », a-t-il conclu.