À l’occasion de la présentation du bilan 2024 du secteur de l’automobile, Adil Bennani, président de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (Aivam), a également fait le point sur l’évolution du segment des véhicules à énergie nouvelle.

À peine 0,6% de part de marché

Selon Adil Bennani, le véhicule électrique pur ne capte que 0,6% de part de marché, contre 81% pour le diesel, dont la part est en train de baisser sensiblement au fil des années, et un peu plus de 18% pour l’essence. M. Bennani estime d’ailleurs que cette répartition entre le diesel et l’essence est anormale par rapport à la tendance mondiale.

« L’une des raisons pour laquelle le diesel continue de capter la plus grande part de marché dans le secteur de l’automobile est relative à son prix« , explique-t-il. « Le prix de l’essence est plus cher au Maroc que celui du diesel. Cela est dû à un système de taxation mis en place il y a une dizaine d’années et qui n’a plus lieu d’exister ».

« Il s’agit d’une taxe intérieure à la consommation (TIC) qui s’élève à 3,3 DH pour l’essence et à 1,5 DH pour le diesel que le gouvernement a mise en place à l’époque pour protéger la Samir et faire en sorte de vendre du diesel ».

À présent, ce système n’a plus lieu d’exister. Nous avons, au nom de l’Aivam, demandé à plusieurs reprises au gouvernement de le revoir, sans pour autant impacter les recettes fiscales de l’État, et nous continuons de pousser dans ce sens en espérant obtenir une réponse ».

Une croissance conséquente de l’offre

En ce qui concerne le véhicule électrique, il existe trois principales catégories :

Le full hybride qui ne se recharge pas et qui a connu, en 2024, une croissance de 31%, drivée par les marques Toyota, Hyundai et Renault ;

Le plug-in hybride à double motorisation et qui se recharge, qui a connu une croissance de 204% en 2024, dominée par la marque BYD et d’autres marques dites prémium ;

Les véhicules électriques purs où il n’y a pas de moteur thermique. Cette catégorie a connu une croissance de 142%, drivée notamment par les marques Dacia, BYD et Volvo.

La croissance sur l’ensemble de ce marché est donc importante, avec une amélioration de l’offre. « Sur l’électrique pur, nous sommes passés de 13 marques et 27 modèles de voitures à 18 marques actuellement avec plus de 40 modèles. Par ailleurs, pour tout ce qui est autre que le thermique, nous sommes passés à 27 marques, avec environ 113 modèles de véhicules ».

Sur l’électrique pur, nous sommes passés de 13 marques et 27 modèles de voitures à 18 marques actuellement avec plus de 40 modèles.

Toutefois, « même s’il y a une prolifération de l’offre à des prix compétitifs, ce segment ne capte que 0,6% de part de marché ».

Ce qu’il faut pour développer le secteur

En réponse à une question sur le retard que prend ce segment, M. Bennani a expliqué que « les pouvoirs publics continuent de penser que l’électrique est du ressort des riches et refusent ainsi d’aider cette catégorie, alors que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous avons des véhicules électriques purs à petit prix, tels que la Citroën AMI et son équivalente chez Opel, aux alentours de 110.000 DH et 160.000 DH, ou encore d’autres modèles à venir, aux alentours de 200.000 DH. »

« Donc, en termes d’offre, il y a une possibilité de démocratiser ce segment, mais ce qui pose encore problème, ce sont plutôt les incentives, les infrastructures et les équipements. Est-ce qu’une TVA de 5% sur le véhicule électrique au lieu de 20% fera la différence ? Cela va sûrement créer l’intérêt, mais les ventes ne vont pas exploser avant d’attaquer la problématique de la recharge », ajoute le président de l’Aivam.

« Pour régler cette problématique, nous devons en premier lieu nous attaquer aux primo-accédants. Ces gens ne vivent pas dans des maisons individuelles. Ils vivent dans des immeubles, laissent leurs voitures dans la rue ou dans des parkings de 60 véhicules ou plus. Il faut alors trouver une prise, décider de la partie qui paiera l’électricité… Il y a donc des sujets qui vont se poser au fil de l’évolution du marché, qu’on va devoir régler, et ce n’est pas un problème, dans la mesure où plusieurs pays sont passés par là avant nous ».

Les pouvoirs publics continuent de penser que l’électrique est du ressort des riches et refusent ainsi d’aider cette catégorie.

En ce qui concerne les bornes de recharge, « nous parlons à présent de 800 plugs fast charge, avec un minimum de 100 kW, sur trois ans, qui seront principalement installés sur les axes autoroutiers. Cette mesure-là changera en revanche la donne et lèvera un frein ».

« On a aussi encore un long chemin à faire au niveau de la psychologie des consommateurs, des équipements et des infrastructures, mais si on règle ces points, on ne parlera plus d’une part de marché de 0,6%, mais plutôt de 6% par exemple, qui aura de l’intérêt pour l’État », a conclu M. Bennani.

« La prime verte pourrait booster le secteur »

Salma Moukbil, directrice générale de Toyota, qui est également membre de l’Aivam, estime pour sa part que la confiance vis-à-vis du véhicule électrique commence à s’installer au niveau d’un marché fortement diésélisé.

« On ne doit pas nier qu’il y a déjà des incentives mis en place par l’État sur la partie des droits de douane et au niveau de la vignette. Ce n’est certes pas grand-chose, mais on remercie l’État d’avoir mis en place ces mesures ».

« Pour passer à la deuxième phase et avoir une dynamique plus forte sur le marché de l’électrification, le consommateur qu’on reçoit est demandeur d’une prime verte, puisqu’il contribue à un achat écologique qui coûte plus cher ».

« Une taxation plus avantageuse sur la partie de la TVA permettra donc de booster le marché », a-t-elle conclu.