Le Maroc est devenu la première destination touristique d’Afrique, après avoir dépassé l’Égypte. Les chiffres officiels des arrivées de 2024 en attestent.
Les deux pays ont enregistré des records. L’Égypte a accueilli 15,7 millions de touristes, tandis que le Maroc en a accueilli 17,4 millions, avec une progression exceptionnelle de 2,9 millions de visiteurs supplémentaires par rapport à 2023.
« Ce succès marque un tournant historique, car, après avoir été au coude à coude avec l’Égypte en 2019, avec 12,9 millions de visiteurs, puis légèrement en dessous entre 2020 et 2023, notre pays affirme désormais sa domination sur le marché touristique continental”, commente pour Médias24 une source au ministère du Tourisme, qui se dit très fière de voir le Maroc reprendre sa place de leader du tourisme en Afrique.
Le Maroc est incontestablement le leader africain en termes d’arrivées. Qu’en est-il des autres indicateurs touristiques qui, pour de nombreux experts, sont plus importants, à savoir les nuitées et les recettes touristiques ?
Médias24 s’est donc livré à une comparaison des performances et des caractéristiques de chacun de ces marchés qui sont, faut-il le rappeler, différents. Leur unique point commun : ce sont les deux seules destinations de la région MENA qui soient des vecteurs de rêve grâce à leur histoire, leur culture, leur civilisation.
L’Égypte dépasse toujours le Maroc en termes de recettes et de nuitées
Disons-le d’emblée, si le Maroc est désormais classé 1ᵉʳ pays d’Afrique en nombre d’arrivées, il ne l’est pas en termes de nuitées et de recettes.
L’Égypte a toujours l’avantage, avec 14 milliards de dollars de recettes réalisées en 2024 contre seulement 11 milliards de dollars pour le Maroc (chiffres provisoires non définitifs). Le pays des pharaons a réalisé plus de 150 millions de nuitées, tandis que le Maroc a enregistré en 2024 entre 28 et 30 millions de nuitées.
Ces deux indicateurs interdépendants peuvent être impactés par plusieurs facteurs. Le spécialiste des flux touristiques, Zoubir Bouhoute, affirme que cette différence de recettes entre les deux pays peut s’expliquer par « la durée moyenne de séjour qui est de 9 nuitées en Égypte, et de seulement 3 nuitées dans la locomotive touristique du Maroc, à savoir Marrakech ».
« Cette différence de durée de séjour a pour origine la prédominance des destinations balnéaires égyptiennes, où les touristes résident plus longtemps par rapport aux visiteurs qui viennent surtout au Maroc pour des séjours plus courts », estime l’ancien directeur du conseil provincial du tourisme de Ouarzazate.
La hausse des recettes égyptiennes peut s’expliquer aussi par la nature des touristes étrangers qui visitent l’Égypte et dont une partie est composée de touristes du Moyen-Orient réputés pour dépenser plus.
La diaspora marocaine a un poids trop prépondérant dans le tourisme.
Autre facteur, la part importante des Marocains résidant à l’étranger (MRE) dans le chiffre des 17,4 millions d’arrivées, soit 49% contre 51% pour les touristes étrangers de séjour (TES). L’expert tient à rappeler que les MRE séjournent le plus souvent chez leurs familles ou dans leurs propriétés et pas à l’hôtel. En conséquence, le nombre de nuitées et les dépenses d’hébergement sont moins importants chez cette catégorie.
Le Maroc compte une diaspora dont le nombre tourne autour de plus de 5 millions de personnes. Ils étaient 8,6 millions de MRE à rentrer au pays. Ce qui veut dire que certains d’entre eux sont venus plusieurs fois par an, augmentant le nombre d’arrivées, sans avoir un impact aussi important sur le nombre de nuitées dans les établissements d’hébergement touristique classés (EHTC) et, in fine, le montant des recettes de voyages en devises.
Selon Zoubir Bouhoute, « l’Égypte reçoit beaucoup plus de touristes étrangers que de membres de sa diaspora plus éloignée géographiquement que celle du Maroc. Les MRE résident surtout en Europe et restent proches du pays ».
Si nous n’avons pas pu établir la part de la diaspora égyptienne dans les statistiques touristiques officielles et savoir si les 14 millions d’Égyptiens du monde [sur 100 millions d’habitants] ont un comportement de consommation comparable à celui des MRE, Zoubir Bouhoute estime que « l’Égypte capte un nombre plus élevé d’étrangers que d’Égyptiens non résidents ».
« D’autres facteurs doivent également être pris en compte, comme le tourisme culturel et historique qui génère de plus fortes recettes en Égypte, la durée moyenne des séjours plus longue (croisières sur le Nil…) et un niveau de dépense plus élevé par visiteur grâce aux services de luxe en Égypte », avance Zoubir Bouhoute, tout en soulignant que « les événements comme la CAN 2025 et le Mondial 2030 permettront de développer l’attractivité du Maroc grâce à sa proximité géographique avec l’Europe et avec d’autres marchés clés ».
D’ici là, il apparaît que si la progression des arrivées au Maroc sera essentiellement portée à l’avenir par le tourisme international, le poids prépondérant de la diaspora marocaine limite l’essor des nuitées et donc des recettes par rapport au concurrent égyptien qui réalise un meilleur chiffre d’affaires international avec moins d’arrivées.
Pour s’en convaincre, le spécialiste des flux touristiques cite l’exemple de la Turquie qui a réalisé 51 millions d’arrivées de touristes en 2019 comprenant moins de 6 millions de citoyens turcs résidents à l’étranger.
« Nous dépasserons bientôt le volume des recettes égyptiennes. »
Confronté à ce paradoxe des indicateurs qui profite à l’Égypte, un grand opérateur tient à préciser que United Nations Tourism (l’ex-organisation mondiale du tourisme) considère qu’un touriste est un non-résident qui effectue un séjour dans un pays d’au moins une nuitée, sans considération de nationalité.
« Le postulat de base qui s’applique à toutes les destinations du monde est en effet qu’un MRE est un touriste comme un autre », conclut cette source de premier plan qui se veut cependant optimiste pour l’avenir.
Reconnaissant le poids « trop élevé » des MRE dans le volume d’arrivées totales (49%), le président d’une grande fédération touristique prédit que l’horizon 2030 confirmera la première place africaine du Maroc aussi bien en termes d’arrivées que de recettes et de nuitées, grâce à la dynamique haussière actuelle, générée par le renforcement croissant des marchés européens et émergents (Chine …) qui bouleverse les prévisions de la feuille de route…
https://medias24.com/2025/01/12/nationalites-villes-transports-les-dynamiques-derriere-le-record-touristique-marocain-en-2024/