Investir en bourse, sur le marché obligataire ou dans d’autres placements n’est jamais une décision anodine. Cela exige une bonne compréhension du marché, des analyses techniques et une approche réfléchie pour choisir la meilleure option.

Cependant, l’analyse du marché peut s’avérer complexe pour les investisseurs particuliers, tandis que les institutionnels s’appuient sur l’expertise d’analystes spécialisés et des outils avancés pour affiner leurs décisions.

Le début de l’année 2025 est le meilleur moment pour poser la question : où investir ?

Adil Douiri, fondateur de CFG Bank et Mutandis, partage son point de vue sur les opportunités d’investissement.

Rotation sectorielle : vers de nouveaux moteurs pour la Bourse en 2025

Pour guider les choix d’investissement en bourse en 2025, une question essentielle se pose : les sociétés qui ont vu leur valeur s’envoler en 2024 et ont été réajustées à la hausse ont-elles encore le potentiel de tirer la Bourse vers le haut ? Jusqu’où cette dynamique peut-elle aller et quelles valorisations peut-on encore espérer ?

Après une année 2024 marquée par la forte progression de certaines valeurs, le marché pourrait entrer dans une nouvelle phase. « Il y a des sociétés qui sont pleinement valorisées, c’est-à-dire que leur valeur en bourse reflète pleinement tout ce qu’on peut espérer et imaginer de l’avenir pour elles« , explique Adil Douiri.  Les investisseurs ont déjà intégré dans les cours les potentiels flux futurs, ce qui limite les marges de progression.

Une rotation sectorielle semble engagée

« Les grands mouvements haussiers, les grandes vagues haussières se font avec un certain groupe d’actions qui tirent d’abord, ensuite elles deviennent un peu chères« .  Une fois ce cycle atteint, le marché cherche des opportunités ailleurs, en se tournant vers des secteurs encore moins valorisés.

Pour Adil Douiri, deux secteurs apparaissent comme les grands bénéficiaires de cette réorientation des investissements. « Le secteur bancaire va être l’un des leaders de l’année 2025, je pense ». Ces valeurs ont enregistré une croissance plus modérée en 2024 et affichent encore des valorisations attractives. « Il a déjà commencé, il y a un ou deux mois, parce que le mouvement de rotation a commencé à la mi-décembre ».

Le tourisme pourrait également connaître un regain d’intérêt

« Le secteur marche très fort, je suis très confiant pour le tourisme et le développement de la capacité hôtelière et des vols », annonce Adil Douiri. En 2024, une seule entreprise représentait ce secteur en bourse, mais son évolution a été particulière.

« Elle a décalé en 2023, mais pour des raisons qui lui sont propres, parce que le groupe Accor est sorti de la société Risma« , a-t-il évoqué. Cette sortie lui a offert une nouvelle liberté stratégique. « Elle s’est trouvée libre pour développer aussi vite qu’elle voulait, avec les marques qu’elle voulait », ajoute-t-il.

Jusqu’ici, cette valeur n’a pas suivi la dynamique du marché, mais cela pourrait changer. « Peut-être qu’en 2025, les excellents résultats touristiques du Maroc vont se poursuivre« , estime Adil Douiri.

Bons du Trésor et obligations 

Au-delà du marché actions, le marché obligataire constitue également une alternative d’investissement. Récemment, le taux d’intérêt a baissé de 0,25 point. Dans ce contexte, les bons du Trésor restent-ils une option pertinente ?

Pour Adil Douiri, « il y a une corrélation mathématique directe et immédiate entre la valeur d’une action et la valeur des bons du Trésor« .

Cette relation est forte et sans ambiguïté : « Quand les taux d’intérêt baissent, les valeurs des actions montent. Et quand les taux d’intérêt montent, la valeur des actions baisse, comme tout le monde l’a vu en 2022″, ajoute-t-il.

« En 2022, la bourse a baissé de 20% et les taux d’intérêt ont dû décaler de près de 200 points de base sur toute la courbe des taux obligataires« . Cette interaction est « arithmétique et mathématique » et doit être rappelée aux investisseurs.

Adil Douiri estime que les taux d’intérêt ont atteint un plancher et qu’une nouvelle baisse est peu probable. Pour illustrer cette tendance, il évoque le rendement des bons du Trésor marocains : « Le bon du Trésor à 10 ans offre actuellement un rendement de 3,15% ». Cela signifie qu’un investisseur qui l’achète aujourd’hui gagnera 3,15% par an s’il le conserve jusqu’à l’échéance.

L’achat d’obligations aujourd’hui ne permet pas de générer des gains en capital significatifs

Le faible potentiel de baisse des taux limite l’attrait des obligations. « Le coupon est bas, 3,20% sur un 10 ans. Une nouvelle baisse des taux n’apporterait qu’un faible gain en capital, peut-être 1% ou 2% sur 20 points de base », précise-t-il. Face à cette situation, Adil Douiri considère que les actions demeurent une meilleure alternative.

Placements sécurisés

Les placements monétaires représentent une part essentielle de l’épargne des ménages. « Les placements monétaires, c’est énorme, c’est une partie prépondérante de l’épargne des ménages« , observe Adil Douiri.

« Après la poussée inflationniste de 2022, les taux sont revenus à un niveau plus stable, autour de 2,5% pour le taux du jour le jour« .

Dans ce contexte, le rendement des placements monétaires demeure faible. « Après déduction de la marge du gérant d’OPCVM, il atteint au mieux 2,3% ou 2,4%. C’est sécurisé, prévisible, sans surprise, mais avec une performance limitée », explique-t-il.

Qu’en est-il du private equity ?

Selon Adil Douiri, le private equity complète les actions et les obligations. Contrairement aux placements cotés, il s’agit d’un investissement de long terme. « C’est une classe d’actifs illiquide, dans laquelle il faut s’engager pour 7 à 9 ans, mais avec un potentiel de performance supérieur à la Bourse et au marché obligataire sur le long terme », explique-t-il.

Sur le long terme, le private equity affiche des rendements supérieurs aux autres classes d’actifs. « Sur 30 ans, les obligations rapportent en moyenne 4% par an, contre 9% pour les actions cotées. Le private equity, lui, peut offrir entre 11% et 13% sur de longues périodes », ajoute-t-il.

Ce type d’investissement a toute sa place dans les portefeuilles des institutionnels

« Pour les professionnels, c’est une bonne classe d’actifs. Il faut en avoir un peu dans les bilans des compagnies d’assurance, des caisses de retraite, etc. Et des family offices », précise Adil Douiri.

Au Maroc, les fonds de private equity jouent un rôle important dans la transformation des entreprises en vue de leur introduction en bourse. « Il y a de plus en plus de sociétés qui ouvrent leur capital à des fonds pour préparer leur introduction en bourse, pour devenir modernes, transparentes, avec un bon tableau de bord« .

Or et matières premières

Pour Adil Douiri, les métaux et les matières premières ne sont pas une classe d’actifs. Ils ne doivent pas être traités au même titre que les actions ou les obligations. « Je n’ai pas d’expertise dans ce domaine mais, pour moi, ce sont avant tout des intrants industriels. Si l’épargne y afflue massivement, les prix augmentent, obligeant les industriels à répercuter cette hausse sur les consommateurs », explique-t-il.

Il estime que l’épargne ne doit pas être dirigée vers ces ressources, car cela fausse leur rôle dans l’économie réelle.

Conseils aux investisseurs

Adil Douiri insiste sur l’importance de la diversification. « Il ne faut jamais tout parier sur un seul actif. Un portefeuille doit être équilibré« , souligne-t-il.

Selon lui, les valeurs ayant fortement progressé en 2024 devraient connaître un ajustement : « Le plus logique, c’est qu’elles corrigent. Le marché va tourner et être entraîné par les sociétés en retard ».

Il recommande toutefois de ne pas les exclure totalement : « Un portefeuille doit en contenir une part, peut-être pour profiter d’une dernière phase de progression avant la correction. Mais elles ne sont pas toutes dans la même situation ».

Pour lui, le meilleur choix repose sur un équilibre entre les leaders de l’an dernier et les titres encore sous-évalués. « Il faut prévoir d’alléger les positions au moment de la correction, tout en se positionnant sur les sociétés de qualité qui restent en retard, notamment dans le secteur bancaire ».

Rappel : les raisons de la hausse du  marché boursier en 2024 

L’un des moteurs de cette croissance du marché boursier en 2024 a été l’accélération des investissements dans les infrastructures. La Coupe du monde 2030 a joué un rôle de catalyseur, poussant à l’anticipation de plusieurs projets d’envergure comme le TGV, les autoroutes, les ports et les stations de dessalement d’eau. Ce phénomène n’est pas inédit : des pays comme l’Espagne avaient connu une transformation similaire avant des événements majeurs comme la Coupe du monde 1982 et les Jeux olympiques de Barcelone.

Cette dynamique a permis une révision à la hausse des carnets de commandes des grandes entreprises de travaux publics qui se concentrent sur les infrastructures stratégiques.

Le secteur de la santé a également été un levier important du marché grâce à l’extension de l’AMO qui a élargi le marché des patients solvables. Le groupe Akdital, en particulier, s’est distingué avec un modèle de croissance structuré et reproductible lui permettant d’ouvrir de nouvelles cliniques à un rythme soutenu. Avec une nouvelle levée de fonds d’un milliard de dirhams, l’entreprise poursuit son expansion, confirmant son positionnement sur un marché en pleine transformation.

D’autres valeurs ont suivi une trajectoire positive, par exemple Marsa Maroc, qui bénéficie du développement des infrastructures portuaires. Avec l’ouverture de nouveaux ports à Nador, Dakhla Atlantique et Safi 2, ainsi que des concessions en Afrique (Bénin, Liberia, Djibouti), l’entreprise se positionne sur un marché en pleine croissance. Son activité étant directement liée à la gestion portuaire, elle profite du renforcement du commerce maritime et des investissements logistiques du pays.