Le climat est particulièrement capricieux pour le secteur agricole. Après les chaleurs extrêmes estivales, actuellement, c’est le froid hivernal qui met à rude épreuve certaines plantes et incite les éleveurs à augmenter l’alimentation de leur cheptel. En revanche, les arbres de la famille des rosacées s’en tirent à bon compte.
Selon la Direction régionale de la météorologie, une vague de froid s’est abattue sur plusieurs régions du Royaume, du mardi 12 au vendredi 17 janvier. Des conditions climatiques qui persistent dans plusieurs provinces, notamment dans la partie nord, où l’agriculture occupe une place importante.
Pour commencer sur une bonne note, la filière des rosacées (abricotiers, pêchers, amandiers, pruniers…) s’accommode assez bien des températures hivernales. Selon la Direction provinciale de l’agriculture de Sefrou, où des chutes de neige étaient attendues, « les rosacées entrent en dormance et plus elles sont exposées au froid, meilleure sera leur floraison. Une floraison optimale conduit à un meilleur rendement pour l’année suivante ».
A contrario, les vergers d’avocats ne tirent pas de bénéfices du froid et encore moins de la gelée. « La vague de froid implique bien évidemment des dégâts sur les vergers », regrette Abdellah Elyamlahi, président de la Morocco Avocado Association (MAVA). En effet, la majorité des 7.500 hectares d’avocats productifs du pays s’étalent de Larache jusqu’à Kénitra, en passant par Moulay Bousselham.
Des zones agricoles où l’hiver est souvent rude. « On peut apercevoir l’effet sur le fruit lorsqu’il est touché par le gel. Il s’endurcit et ne mûrit pas, même si sa couleur qui vire au noir en donne l’impression. Il devient donc impropre à la consommation. C’est particulièrement vrai pour les exploitants qui ne possèdent pas de dispositifs anti-gel (couvertures ou toiles antigel, ndlr) », poursuit notre interlocuteur.
Le froid peut aussi avoir des impacts significatifs sur les cultures sous serre, même si ces structures sont conçues pour protéger les plantes des conditions extérieures. Dans la région du Gharb, le froid n’est pas aussi intense que dans les zones agricoles plus au nord, mais ce n’est pas pour autant que les cultures sont épargnées, à l’image des fruits rouges.
Cette filière occupe une superficie de 12.500 hectares. La répartition géographique de cette surface se décline comme suit :
– 7.290 ha dans le Gharb ;
– 4.960 ha, répartis entre Souss Massa et Dakhla.
Un décalage du cycle de production
Les fruits rouges nécessitent des températures chaudes (généralement entre 20 et 25 °C) pour une croissance optimale. Des températures plus basses, même dans une serre, peuvent ralentir la photosynthèse, retardant ainsi le développement des fruits. Contacté par Médias24, Amine Bennani, président de l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges, affirme avoir constaté « un retard dans la maturation de tous les fruits rouges à cause du froid, sans exception ».
Et d’ajouter : « Cette situation perturbe le cycle et retarde la production ». Des solutions sont-elles envisageables pour réduire l’effet du froid ? « Il existe des solutions pour chauffer les serres. Mais elles sont trop coûteuses », déplore-t-il.
Même si les températures ne sont pas glaciales dans le Souss, le froid à cette période de l’année y est également problématique, pour la tomate aussi. « Il présente des risques de ralentissement du cycle de production de la tomate et donc de décaler la récolte », prévient Abdelaziz Maânaoui, président de l’Association des producteurs de Chtouka (ACPA).
S’agissant du cheptel national, il possède des prédispositions génétiques qui lui octroient une certaine immunité contre la chute des températures. « Le cheptel national est constitué de races locales qui ont développé une certaine adaptation aux conditions climatiques, sauf s’il s’agit de conditions de froid extrême », estime Jaouad Zemamou, ingénieur pastoral.
« Néanmoins, des difficultés d’approvisionnement en alimentation régulière sont rencontrées à cause des neiges ou du froid extrême, notamment en raison des fermetures des routes à cause de la neige, dans les zones de montagnes ». En conséquence, le renforcement du régime alimentaire est nécessaire.
« Il faut augmenter les rations pour le cheptel durant la période d’hiver, surtout au vu de l’état actuel dégradé des parcours à cause des sécheresses récurrentes. Nous sommes dans une période de disette où l’éleveur est amené à supporter des charges d’alimentation supplémentaires », conclut notre interlocuteur.